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›› Société

Symptômes de troubles sociaux

Photo publiée par Radio Free Asia. Manifestation des ouvriers de l’usine Shangda Electronics à Suining, au Sichuan, réclamant leurs arriérés de salaires. (@YesterdayBigcat).


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Depuis la fin avril, des protestations ouvrières ont lieu au Hunan, dans le comté de Dao,150 km à l’ouest de Chengzhou, à Suining,150 km à l’Est de Chengdu au Sichuan, et en Mongolie intérieure à Tongliao 250 km à l’ouest de Changchun. Elles réclament des arriérés de salaires dont certains datent de janvier 2025.

Dans le contexte chinois du ralentissement de la croissance, elles sont un des premiers symptômes du contrecoup des taxes infligées par la Maison Blanche aux exportations chinoises aux États-Unis.

Même revues à la baisse par D. Trump le 22 avril (voir notre éditorial du 1er mai Face à la Chine, Trump perd la première manche), la hausse des droits de douane impacte les comptes des petites et moyennes entreprises, dont le marché aux États-Unis s’est soudain fermé, provoquant des licenciements et des fermetures d’usines.

Le 24 avril, des centaines d’employés d’une usine d’articles de sports du comté de Dao ont manifesté après le licenciement d’une centaine d’employés âgés de plus de 50 ans, mis à la retraite d’office sans versements d’indemnités ni prestations sociales.

Le 25 avril, à Tongliao en Mongolie intérieure, de nombreux ouvriers du bâtiment rassemblés sur le toit d’un immeuble ont menacé de sauter dans le vide s’ils n’étaient pas payés de leurs arriérés de salaires.

Le 4 mai, sur une vidéo publiée par “昨天”, réseau social spécialisé dans les manifestations sociales visible hors de Chine sur Youtube, on pouvait entendre les manifestants devant une usine d’équipements électroniques à Suining, crier « Grève – Grève 罢工 - 罢工. »

Avant la marche-arrière de Trump, Goldman Sachs estimait qu’au moins 16 millions d’emplois, tous secteurs confondus, étaient menacés en Chine par les 145% de droits de douane infligés par la Maison Blanche aux exportations chinoises. Il reste qu’aujourd’hui, même avec des taxes réduites, toutes les industries liées à l’export souffrent.

Les premières impactées sont celles des secteurs numérisés de la communication et de l’information. Suivent celles de l’habillement et de la chimie.

Les protestations ouvrières ne sont pas nouvelles. Mais tous les observateurs notent qu’elles se multiplient depuis la pandémie, les ratés de la reprise économique, la crise immobilière et le déclin de la confiance.

Aux protestations de groupes et aux appels à la grève s’ajoutent des initiatives spectaculaires individuelles.

Mei Shilin, militant démocrate auteur d’un nouveau coup d’éclat solitaire.

Aux premières heures du 15 avril dernier, date anniversaire de la mort de Hu Yaobang (lire notre article : L’obsédant héritage de Hu Yaobang), à Chengdu, près d’une gare routière, un manifestant solitaire a accroché aux grilles d’une passerelle piétonne trois longues banderoles blanches ornées de slogans politiques rouges peints à la main.

On y lisait « 没有政治体制改革就没有民族复兴. Sans réforme du système politique, il n’y aura pas de renouveau national. » (…) « 人民不需要 一个权利不受制约的政党- Le peuple n’a pas besoin d’un parti politique au pouvoir sans limites » (…) « .中国不需要 谁指明方向. - La Chine n’a besoin de personne pour lui montrer la voie. 民族才是方向- La direction c’est la démocratie. »

Sur les sites de plusieurs lanceurs d’alerte, à qui il a demandé de relayer son action pour déjouer la censure, l’auteur, Mei Shilin, 梅世林 27 ans, dont ses amis n’ont plus de nouvelles, a confié qu’il préparait son coup d’éclat depuis plus d’un an.

Les slogans font référence à l’objectif souvent affiché par le Parti d’un « renouveau national » et, bien que Xi Jinping ne soit pas nommément mentionné, le troisième slogan est une claire référence à la formulation standard du Parti selon laquelle c’est Xi Jinping qui « montre la voie à suivre ».

Le procédé militant utilisé par Mei Shilin rappelle celui de l’ingénieur Peng Lifa 彭 立法 qui, le 13 octobre 2022, avait accroché au pont autoroutier de Sitong du 3e périphérique Nord une banderole où on lisait « Nous ne voulons pas de président à vie, nous ne voulons plus de tests covid-19, nous ne voulons pas de dictature, nous voulons la démocratie ».

Alors que les médias chinois ont censuré l’événement, les amis de Mei craignent que comme Peng, il disparaisse, escamoté par l’appareil.

 

 

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