Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Chronique

Xi Jinping face aux embardées de D. Trump

Coup sur coup, le 12 mai à Genève et le 11 juin à Londres, Pékin et Washington ont conclu une serie d’accords dont le but était d’apaiser les tensions en cours. Même si, lors de l’échange téléphonique avec lui du 5 juin, Xi Jinping a formellement invité D. Trump en Chine, le fond des rivalités stratégiques demeure.


*

Tout le monde aura noté que les déclarations de D. Trump concernant son bras de fer douanier avec la Chine sont des montagnes russes erratiques dont la réalité des pics de droits de douane antichinois affichés par la Maison Blanche est difficile à suivre.

Parfois contradictoires, ils obtiennent cependant des résultats comme le 12 mai dernier à Genève, quand Pékin avait accepté de ne taxer qu’à 10% les produits américains alors que les Chinois durent accepter des taxes à 30%.

Comme pour se rassurer de la réalité d’un apaisement durable au-delà des 90 jours de trêve acceptés à Genève, après les violents échanges verbaux et l’escalade hystérique des droits de douane des semaines précédentes, Washington et Pékin se sont retrouvés à Londres les 10 et 11 juin, où Pékin n’a cependant pas obtenu un allègement des droits imposés à ses exportations aux États-Unis [1].

En revanche la Maison Blanche est revenue sur les restrictions de visas infligés aux étudiants chinois qui heurtaient directement la classe dirigeante chinoise dont les enfants étudient dans les plus prestigieuses américaines [2].

En échange, les négociateurs chinois, He Lifeng Vice-premier ministre proche de Xi Jinping et Li Chenggang en charge du commerce international, ont accepté de relâcher le contrôle des terres rares. Mais, selon Kevin Hasset, principal conseiller économique de D. Trump, cité par CNBC et le journal Le Monde, le rythme des exportations reste très en-deçà de l’optimum souhaité par les entreprises fabriquant une vaste gamme de produits des plus courants aux plus stratégiques.

Ces derniers vont des téléphones portables aux systèmes de défense de première importance tels que les missiles et les radars, en passant par les véhicules électriques, les disques durs, les écrans, les turbines d’éoliennes, les satellites et les robots.

La rencontre de Londres, un apaisement de surface.

Le 11 juin à Londres, un mois après les négociations de Genève, Scott Bessent, Secrétaire d’État au Trésor et He Lifeng Vice-premier ministre chinois, proche de Xi Jinping (lire sa bio au 14e rang du Bureau Politique : Membres du 20e Bureau politique).

À la suite de l’accord préliminaire de Genève, la rencontre avait pour but de confirmer l’apaisement en cours. Washington y a obtenu l’allègement par la Chine des restrictions sur l’exportation des terres rares, alors que Trump renonçait au durcissement de la politique des visas accordée aux étudiants chinois dans les universités américaines fréquentées par les enfants de la nomenklatura du Parti.

Pour autant, alors que les droits de douane réciproques restent élevés, le fond des tensions demeure (contentieux systémiques - contrastes entre les philosophies politiques et les modes de gouvernement -), stratégiques (Taiwan, mer de Chine du sud), technologiques (transferts, captations) et commerciaux (déséquilibre des échanges, règles du marché, barrières non tarifaires).


*

Il est vrai que l’apaisement obtenu à Londres est une respiration de détente bienvenue au milieu de très féroces empoignades. De même le rameau d’olivier de l’invitation adressée par Xi Jinping, lors de leur échange téléphonique du 5 juin (le premier depuis le retour de D. Trump en janvier) au Président américain et à Melania de se rendre prochainement en visite officielle en Chine, assortie d’une promesse d’invitation en retour de Xi Jinping aux États-Unis, témoigne d’une volonté partagée de desserrer les crispations réciproques.

Mais le moins qu’on puisse dire est que les communiqués optimistes de Donald Trump, qu’il nuance lui-même par de prudentes réserves, sont surfaits.

Quand il « tweete » « Notre accord avec la Chine est conclu [de manière] très positive pour les deux pays. », il y rajoute la conscience qu’il est difficile de négocier avec le régime chinois : « J’aime le président XI (…) Mais il est extrêmement difficile de conclure un accord avec lui. »

En réalité, la trêve commerciale obtenue à Londres n’est qu’un retour à la situation déjà tendue d’avant le 2 avril.

Les droits de douane des deux pays restent historiquement élevés et d’importantes restrictions à l’exportation demeurent en vigueur. Les États-Unis qui maintiennent leur embargo sur leurs puces d’intelligence artificielle haut de gamme, n’ont pas non plus ouvert leurs portes aux véhicules électriques chinois.

Et, pour reprendre le langage de défiance de Trump, « Après cet accord, la Chine ne traite pas l’Amérique beaucoup plus équitablement qu’auparavant. »

Le fait est que le fond des rivalités demeure. Elles sont stratégiques à propos de la mer de Chine du sud et de Taiwan (au passage, selon des sources anonymes du Pentagone, la relation de Washington avec l’Île aurait fait l’objet de concessions, notamment à propos du niveau des visites officielles). Elles sont aussi idéologiques et politiques quand elles touchent aux contrastes entre les deux systèmes de gouvernement ; ou plus prosaïques, quand on fait l’inventaire des aides chinoises à l’export, des barrières non tarifaires ou du contrôle de la monnaie.

L’épée de Damoclès des terres rares, atout décisif de Xi Jinping.

Une mine d’extraction de terres rares dans la province du Yunnan en Chine (Les Échos / AFP). Aujourd’hui, la Chine contrôle plus ou moins 69% de la production mondiale des Terres rares et une part décisive de leur valorisation par la production d’oxydes et d’aimants permanents. Ces avantages sont sensibles dans l’aérospatiale, la défense et les technologies de pointe.

Certaines études suggèrent cependant que la part de la Chine pourrait diminuer d’ici 2035 à mesure que de nouvelles sources seront exploitées aux États-Unis, en Australie et au Vietnam qui développent leurs propres capacités d’extraction et de raffinage.

L’augmentation des prix des minerais et les préoccupations environnementales liées à leur extraction en Chine pourraient accélérer la diversification. Enfin, il n’est pas impossible que les avancées technologiques permettent de réduire la dépendance aux terres rares ou/et incitent à développer des alternatives.


*

Aujourd’hui cependant, au terme de cette séquence de bras de fer commercial imposé à la Chine, d’abord inflexible, ayant progressivement évolué vers des assouplissements tactiques, au fil desquels, il a sans cesse été « demandeur » d’une réponse de Xi Jinping, au point d’avoir d’abord menti sur un hypothétique échange téléphonique qui n’avait pas eu lieu, contredit par le porte-parole chinois le 28 avril, D. Trump mesure bien la puissance perturbatrice de l’incomparable atout des terres rares dans la main de Xi Jinping (lire l’annexe de notre article Face à la Chine, Trump perd la première manche).

Depuis l’échange téléphonique du 5 juin, Pékin a desserré son contrôle en délivrant des licences d’exportation, de terres rares, mais seulement temporaires et ciblées.

Pour autant, compte tenu des blocages et des redémarrages répétés des négociations commerciales depuis le premier mandat de Trump, il y a de bonnes raisons de penser que les négociations futures pourraient connaître des revers similaires, avec surtout la possibilité pour les négociateurs chinois de peser à la demande en jouant la carte maîtresse des terres rares.

Ce qui obligerait la Maison Blanche à de nouvelles concessions, permettant à Xi Jinping dont l’avenir politique ne dépend pas, comme celui de Trump d’élections de mi-mandat, de se présenter comme la figure la plus déterminée, la plus stable et la plus dominante de ce bras de fer stratégique.

Note(s) :

[1Alors que Pékin n’a pas communiqué le détail des accords de Londres, se contentant d’évoquer le succès d’un « cadre global de négociations » D.Trump a affiché des taxes de 55% infligés aux produits chinois (10% de droits imposés à tous ses partenaires commerciaux, augmentés des 20% pour sanctionner les trafics de Fentanyl imposés en mars 2025 et des 25% frappant la plupart des produits chinois depuis la première mandature de Trump).

[2Selon Reuters, Le nombre d’étudiants chinois aux États-Unis a chuté à environ 277 000 en 2024, contre un pic de 370 000 en 2019. Cette baisse est en partie due aux tensions croissantes entre Washington et Pékin et à la surveillance accrue exercée par le gouvernement américain sur les étudiants chinois, par ailleurs victimes de harcèlement discriminatoires.

En 2024, les ressortissants chinois représentaient un cinquième des étudiants étrangers admis à Harvard. Aujourd’hui D. Trump les accuse d’être une « cinquième colonne » agissant au profit du Parti communiste chinois. La réalité est plus complexe.

Dans une publication mise en ligne le 21 mai, sur le réseau social chinois « Red Note », ou « Xiaohongshu », vite supprimée par la censure, une étudiante chinoise de la Harvard Kennedy School (la plus prisée par les enfants de la nomenklatura) avait déclaré que ses professeurs avaient envoyé un courriel aux étudiants chinois indiquant que l’établissement travaillait activement à la rédaction d’une réponse dans les 72 heures et envisageait de négocier avec le gouvernement américain.

Dans la publication intitulée « Réfugié de Harvard », l’étudiante qui affirmait ainsi son opposition à la Chine de Xi Jinping, s’était identifiée par son prénom.

Rappelons que de nombreux cadres de haut-rang ont étudié à Harvard, notamment au sein du programme d’administration publique et de gestions des crises.

Parmi eux, citons quelques-uns des plus célèbres.

Liu He, (Harvard 1995) 73 ans cette année, à la retraite, économiste, ancien membre du bureau politique et vice-premier Ministre nommé par Xi Jinping. Il fut nº2 de Commission pour la réforme et développement et proche de républicain Robert Zoellick, président de la Banque Mondiale de 2007 à 2012.

Li Yuanchao, (Harvard 2001), 75 ans cette année, membre des jeunesses communistes de Shanghai. Ancien vice-président de la République (2013-2018), membre du secrétariat du parti (2007-2012) et du bureau politique (2007-2012), il a joué un rôle important dans la phase d’ouverture politique du pays sous Deng Xiaoping et Chen Yun.

Mais alors qu’il était considéré comme l’un des hommes politiques favorables à l’ouverture les plus en vue, son étoile a pâli dès l’entrée de Xi Jinping au Comité permanent en 2007. Sa nomination en 2013 à la vice-présidence, à la suite de Xi Jinping, au moment même où ce dernier s’arrogeait tous les pouvoirs, signait sa disgrâce.

Alvin Jiang, (Harvard 2010), 39 ans cette année. Petit-fils de Jiang Zemin, nº1 chinois de 1989 à 2003, il est connu pour son habileté commerciale et financière, - mais les connexions de son grand-père l’y ont aidé - à identifier des investissements lucratifs sur les marchés boursiers privés. Il a notamment cofondé la société d’investissements privés Boyu Capital à Hong Kong, ayant attiré des investisseurs ayant pignon sur rue comme Li Ka-shing et le fond souverain de Singapour Temasek Holdings.

Xi Mingze, fille de Xi jinping, (Harvard 2010), sous un nom d’emprunt, diplômée en arts et psychologie) 33 ans cette année.

Bo Guagua, (Harvard 2012), 38 ans cette année. Devenu avocat et homme d’affaires, il est le fils de Bo Xilai purgé en 2012 par l’Appareil et condamné à la prison à vie en 2013 (lire : Le Parti purge Bo Xilai et BO Xilai. Coup de grâce, batailles politiques et chausses trappes).

 

 

Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient

[6 avril 2026] • Jean-Paul Yacine

Le Royaume khmer enjeu de la rivalité sino-américaine, ravagé par les jeux en ligne

[16 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Maduro. La Chine à contre-pied ?

[10 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Thaïlande – Cambodge. La paix de D. Trump et la Chine. Le dessous des cartes

[21 décembre 2025] • François Danjou

Echanges scientifiques France-Chine : une reprise encadrée

[22 novembre 2025] • Henri Clairin