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›› Technologies - Energie

Au cœur des rivalités technologiques, Donald Trump attise l’ostracisme antichinois, tout en recherchant un apaisement avec Xi Jinping

Aux États-Unis domine toujours la crainte d’un déclassement de puissance sous la pression des progrès rapides de la Chine. Au cœur des perspectives de domination globale se trouve l’industrie logiciels et des microprocesseurs haut-de-gamme dont l’une des caractéristiques immatérielles est qu’elle est impossible à circonscrire dans le cadre étroit de frontières nationales.

Récemment, D. Trump a semblé se ranger à la perspective prudente et rationnelle d’un nécessaire apaisement des relations avec Pékin sous peine d’une escalade mortelle, portant un risque de conflit global dont les effets seraient catastrophiques non seulement pour les deux belligérants, mais également pour la région et le monde.

Parmi les gestes concrets exprimant un désir d’accalmie on notait un accommodement raisonnable articulé aux intérêts bien compris de l’industrie américaine. En échange d’une concession chinoise sur les Terres rares, la Maison Blanche a levé l’embargo d’exportation vers la Chine de puces américaines Nvidia, fabriquées par TSMC à Taïwan.

*

Pour autant, à l’arrière-plan des soucis d’apaisement demeure la hantise du rattrapage de puissance chinois.

Elle s’exprime depuis le début des années 2000 par l’insistant harcèlement contre Huawei, le fleuron chinois du secteur et emblématique symbole du nationalisme technologique de Pékin accusé d’espionnage https://www.questionchine.net/huawei-severement-touche-mais-pas-coule-la-guerre-sera-longue-et-difficile dont la résilience aux embargos américains avait révélé l’étonnant pragmatisme technologique et commercial. (1)

En mai 2025, abandonnant sa rhétorique du soupçon d’espionnage à la solde de Pékin, le département américain du Commerce mettait, cette fois, en garde le monde contre l’utilisation des puces d’IA Ascend de Huawei, en invoquant les potentielles violations des contrôles à l’exportation instaurées en représailles contre la Chine.

La manœuvre indiquait une nervosité de Washington face aux risques posés par les progrès chinois dans le secteur des technologiques du numérique, capables de concurrencer les géants américains mondiaux comme Nvidia ou Adavanced Micro Devices Inc.

C’est dans ce contexte que, le 7 août D.Trump a, à sa manière brutale et sans nuances, et en dépit de ses intentions d’apaisement avec la Chine, soudain remis une pièce dans la machine des soupçons d’ingérence chinoise au cœur de l’industrie américaine des microprocesseurs par une message sur son réseau social Truth.

« Le PDG d’INTEL est en grande difficulté et doit démissionner immédiatement. Il n’y a pas d’autre solution à ce problème. Merci de votre attention !  »

L’offensive qui confinait au bannissement pur et simple, décidée sous l’influence des républicains adeptes des embargos dans un secteur transnational où le confinement étatique est illusoire, visait Tan Lip-Bu, 陳立武 – Chen Li-wu - 66 ans, le nouveau PDG d’Intel d’origine sino-malaisienne, nommé à la tête du groupe en mars dernier.

Pour autant, il serait imprudent de croire que l’agressivité de D.Trump contre Tan ne reposerait sur aucun argument concret autre qu’une défiance systémique et réflexe à l’égard de l’appareil chinois.

Le 10 avril, une synthèse de Reuters révélait en effet que Tan, tout juste nommé à la tête d’Intel, contrôlait plus de 40 entreprises et fonds chinois et détenait, en partage avec des entités gouvernementales chinoises, des parts minoritaires dans plus de 600 entreprises chinoises par l’intermédiaire de sociétés d’investissement dont il est le propriétaire direct ou qu’il a la charge de gérer.

Andrew King, associé de la société de capital-risque Bastille Ventures, avait exprimé ses doutes. « Du fait de ses liens d’affaires, M. Tan n’est pas qualifié pour diriger une entreprise américaine concurrente de la Chine, comme Intel. D’autant qu’elle entretient des liens historiques considérables avec tous les secteurs du renseignement et avec l’écosystème de la défense américains ».

Tan ou l’image brouillée d’un chef d’entreprise exemplaire ayant accepté le défi de redresser Intel.

Naturalisé américain de longue date, Tan est l’une des personnalités les plus respectées aux États-Unis de l’industrie des technologies de pointe du secteur numérique dont les qualités de chef d’entreprise est unanimement reconnue.

Son expérience a notamment été remarquée à la tête de sociétés en perdition qu’il a relevées et /ou comme gestionnaire et animateur hors-pair, membre d’une longue série de conseils d’administration d’entreprises, d’institutions financières et de plusieurs établissements d’enseignement supérieur de réputation internationale.

Né en Malaisie, élevé à Singapour, Tan a reçu une formation scientifique supérieure en génie nucléaire au Massachusetts Institute of Technology avant de basculer en 1979, après l’accident de Three Mile island - il avait tout juste 20 ans – vers l’administration des affaires à l’Université de San Francisco, en Californie.

Avant de prendre les commandes du Groupe Intel, Tan est resté sans discontinuer de 2009 à 2023 à la tête de Cadence Design Systems – un des leaders mondiaux des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO).

Sous sa direction, la valeur boursière des actions du groupe étaient passées de 3,8 $ en janvier 2009 à 273,5 $ en décembre 2023. A la fin de mandat en 2023, sa capitalisation boursière, négligeable en 2009, dépassait 70 Milliards de $.

En prenant la direction d’Intel, Tan a accepté la difficile mission de redonner vigueur à un géant en difficultés, ayant jadis symbolisé la puissance d’innovation de l’Amérique dans le secteur des microprocesseurs dont il fut le créateur dès 1971 en mettant sur le marché la « puce Intel 4004  », premier microprocesseur programmable commercial au monde, doté de 2 300 transistors.

Le tournant dans l’histoire de l’industrie des semi-conducteurs avait jeté les bases du développement des processeurs. Contrairement aux puces précédentes qui n’étaient dédiés qu’à une certaine tâche, la « 4004 » avait ouvert la voie à l’informatique individuelle grâce à l’intégration des capacités de calcul de plus en plus puissantes dans des grilles de silicium de plus en plus petites.

Dix ans plus tard, le microprocesseur 8088 d’Intel, doté de 29 000 transistors, devint le cerveau de l’ordinateur IBM grand-public qui marqua le début de l’ère de l’informatique privée.

Le déclin de ce fleuron national a commencé il y a une vingtaine d’années, lorsque, par manque de vision, au lieu de poursuivre le sillon d’avenir des logiciels et de la miniaturisation des microprocesseurs, l’entreprise a procédé à de multiples acquisitions, pas toujours rentables dans les secteurs des télécommunications, des technologies sans fil et des téléphones portables.

Plaidoyer pour une loyauté sans faille à l’Amérique.

Sans attendre, Tan a, le 7 août, le jour même de la charge de D.Trump contre lui, riposté par une lettre ouverte aux personnels d’Intel. Publiée sur le site du Groupe, elle est intitulée « Mon engagement envers vous et envers notre entreprise » https://newsroom.intel.com/corporate/my-commitment-to-you-and-our-company

On pouvait y lire à la fois sa gratitude envers les bienfaits de l’Amérique pour lui-même au cours de ses quarante ans de résidence dans le pays et le privilège qu’il ressentait d’avoir pris les commandes d’un fleuron national comme Intel à un moment crucial de l’histoire du groupe.

Ripostant à la brutalité de D.Trump, il affirmait coopérer avec l’administration pour s’assurer que le Président serait bien en mesure de fournir les preuves factuelles des soupçons de trahison qu’il avance. En même temps, répétant ses exigences d’éthique et de loyauté articulées à la confiance, et assurant partager les mêmes soucis de sécurité nationale que le Président, il annonçait que le Groupe s’apprêtait à basculer cette année vers la production en série des semi-conducteurs les plus avancés.

Face aux accusations de collusion avec l’appareil chinois, les avocats et les émules de Tan le défendent.

Ils mettent en avant ses longues années d’expérience avec les startups en Chine qui lui confèreraient les meilleures compétences pour redresser l’icône américaine du numérique en déclin. « Il était en tête de ma liste et de celle de la plupart des investisseurs », dit Stacey Rasgon, analyste chez Bernstein. « C’est une légende, il est là depuis toujours. »

Par ailleurs, ses partisans soulignent qu’il n’est pas illégal pour les citoyens américains de détenir des participations dans des entreprises chinoises, même celles ayant des liens avec l’armée chinoise, à moins qu’elles figurent sur la liste d’interdiction établie par le Trésor qui désigne nommément certaines entreprises du complexe militaro-industriel chinois.

Les archives montrent que Tan s’est retiré destructure chinoise dès qu’elles ont été désignée par le Trésor. Ainsi, en janvier 2021, Walden International, la société d’investissement de Tan a quitté le Chinois SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation) où elle avait investi en 2001 et où Tan est resté au Conseil d’administration jusqu’en 2018.

Le dernier cas d’un retrait par Tan de ses capitaux d’une entité chinoise remonte à janvier 2025 quand Walden International a quitté Ningbo Lub All-semi Micro Electronics Equipment Co qui fournit des puces aux entreprises de défense et aux instituts de recherche chinois.

Notes

1.- A cet égard la puce 910 C lancée par Huawei en septembre 2023 est un modèle de riposte pragmatique. Pas tout à fait une révolution technologique, mais plutôt une «  évolution architecturale » elle combine deux processeurs 910 B dans un seul boîtier grâce à des techniques d’intégration sophistiquées, ce qui, dans ses campagnes de promotion commerciale lui permet d’affirmer que ses performances sont - ce qui stricto-sensu n’est pas exact - « comparables  » à celles de la puce H100 de Nvidia, l’une des plus puissantes du marché.

2.- De 2006 à 208, Tan a été administrateur de l’Université technologique de Nanyang à Singapour. Il a également siégé aux conseils d’administration du Regent College et du New College de Berkeley jusqu’en 2013. Il est également membre, entre autres, des conseils d’administration de Hewlett Packard Enterprise, de Schneider Electric ainsi que de la Holding financière japonaise Softbank et de United Overseas Bank, de Singapour très investie en Asie du Sud-est. Jusqu’en 2018, il état membre du Conseil d’administration du Chinois de Shanghai Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC)

Tan est également membre du Business Council association des PDG de grands groupes et du Comité des 100 dont fait également partie le sino-américain démocrate Garry Locke, 75 ans cette année qui fut gouverneur de l’État de Washington (1997-2005) secrétaire au commerce d’Obama (2009-2011) et Ambassadeur en Chine (2011-2014)

L’organisation dont l’objectif déclaré est « d’encourager des relations constructives entre les peuples des États-Unis et de la Grande Chine », regroupe des personnalités sino-américaines du monde des affaires, du gouvernement, du monde universitaire et des arts.

Elle est soupçonnée d’être sensible à la propagande chinoise du « Front Uni », vaste coalition ayant notamment enrôlé des Chinois d’Outre-mer dont le but est d’influencer les débats publics sur les questions sensibles allant de Taïwan à la répression des minorités ethniques au Tibet et au Xinjiang.

Elle tente également de façonner les récits sur la Chine dans les médias étrangers, de discréditer les critiques du gouvernement chinois par l’étranger et de coopter des personnalités chinoises d’outre-mer influentes.

 

 

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