Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Chronique

Chine – Europe. Aigreurs à Bruxelles, lors de l’accueil de députés chinois

Le 16 octobre à Bruxelles, en dépit de la levée des sanctions chinoises en avril dernier, la réunion tenue à huis-clos entre parlementaires chinois conduits par Fu Ziying, Directeur adjoint du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao, et européens conduits par l’eurodéputé allemand Erin Eroglu, a tourné à l’aigre.


*

Alors que la relation Chine-Europe avait commencé à s’aigrir dès 2008 (lire : Chine Europe. Le vent tourne), avec le point d’orgue des tensions en mars 2021 [1] et après la disgrâce du dernier dialogue Chine-Europe à Pékin (lire : La grande disgrâce du dialogue Chine – Europe), la réunion du 16 octobre à Bruxelles entre parlementaires chinois et européens, la première depuis 2018, devait à tout le moins sceller un dégel diplomatique entre Pékin et l’UE.

La séquence avait commencé sous les meilleurs auspices. A Bruxelles on se souvenait qu’à la fin avril, la partie chinoise, soucieuse de revenir de plain-pied sur le marché européen avait annoncé – c’était un rameau d’olivier déjà vieux de cinq mois - qu’elle levait les sanctions contre cinq parlementaires européens dont le Français Raphaël Glucksmann, très actif avocat de la cause des Ouïghours.

Le 2 mai, Pékin, exprimant un optimiste assurément prématuré, s’était félicité de la « normalisation » des relations avec l’UE, dont la réalité avait néanmoins été démentie moins de trois mois plus tard, du seul fait de l’ostensible mauvaise volonté de la partie chinoise, par l’échec du sommet Chine-Europe à Pékin, cité plus haut.

Le résultat fut que la réunion des parlementaires qui devait paver la voie aux prémices d’un apaisement, fut en réalité dominée par des incompréhensions et des aigreurs. « Ce n’était pas un dialogue », affirmait Miriam Lexmann, députée européenne slovaque de centre-droit, membre de la délégation. « Il n’y a eu aucune tentative de répondre à nos questions.  »

Elle oubliait cependant que toutes les questions posées par les parlementaires européens – sur le Tibet, le Xinjiang et Hong-Kong - touchaient à des points dont Pékin juge qu’ils ne sont pas négociables, liés à sa souveraineté stratégique et à sa sécurité.

Même étonnement de l’eurodéputée quand ses homologues parlementaires chinois, en réalité alignés sur le discours de Vladimir Poutine, évoquèrent à l’instar de Moscou la responsabilité de l’OTAN dans la destruction de l’Ukraine au lance-roquettes multiples et par des nuées de drones tueurs.

Ou encore quand les Chinois qui, au Moyen Orient, ont tourné le dos à Tel-Aviv (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident) reprochèrent à l’UE de prendre le parti de D. Trump dans la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza.

Le point qui semble le plus avoir offusqué les parlementaires européens est qu’en pleine agression russe à l’est de l’Europe, « du point de vue chinois, et puisque l’URSS avait cessé d’exister, l’OTAN n’aurait plus aucune raison d’être. »

Mais là aussi, aucune surprise.

La posture chinoise traduit l’alignement inconditionnel de Xi Jinping au discours de Vladimir Poutine, les deux avançant ensemble sur le même chemin de la contestation de l’ordre mondial dominé, depuis 1945, par les États-Unis et leurs alliés.

Déceptions et irritations.

La députée européenne Tchèque Markétka Gregorová, membre du « Parti pirate » fervent de la liberté de l’information et de la transparence, de la protection de la vie privée des libertés civiles et numériques a été une des plus critiques des positions exprimées par la délégation chinoise.


*

Au registre des aigreurs, signalons les critiques, en réalité sans conséquence dans ce bras de fer direct entre Washington et Pékin, des députés européens qui fustigèrent les contrôles à l’exportation des terres rares.

Alors que l’UE ne dispose pour l’instant dans ce domaine d’aucun levier d’action, Pékin instrumentalise son quasi-monopole sur l’extraction et le raffinage des terres rares essentielles à la modernisation technologique d’un vaste registre d’équipements.

L’éventail bien connu donne à Pékin un redoutable argument de négociations et de pressions.

Il va des éoliennes, des véhicules électriques, des batteries et des smartphones aux téléviseurs et aux ordinateurs portables, en passant par les systèmes de guidage missiles, l’imagerie médicale, les fibres optiques et les lasers, les catalyseurs industriels de la pétrochimie, ainsi qu’à la production de céramiques spéciales et à la métallurgie des alliages.

Autre source des irritations qui contrarièrent le climat de la réunion, le parlement européen a condamné la détention depuis dix ans de l’éditeur suédois Gui Minhai, qui avait publié à Hong Kong des ouvrages critiquant Pékin.

(Lire : A Hong-Kong, théâtre des luttes de clans, Pékin réduit la liberté d’expression (2016) qui, dans son § « Durcissement et reprise en mai politique », évoque, avec d’autres, le cas du libraire Gui Minhai de nationalité suédoise, purement et simplement kidnappé par l’appareil, puis forcé à la confession publique de ses erreurs.)

Logiquement, coté européens, l’état d’esprit des députés était marqué d’un fort pessimisme. Le 16 octobre, l’une des 14 vice-président(e)s du parlement, l’écologiste tchèque Markétka Gregorová, également membre du « Parti pirate » [2] tweetait sur son compte X « il n’y a plus aucun espoir qu’un dialogue soit possible  ».

Et : « Il est incroyable que le président chinois déclare officiellement qu’il est neutre dans le conflit [Ukrainien] et que l’intégrité territoriale des États doit être respectée, mais que les représentants de son Parlement viennent ici pour répéter la propagande russe ».

Note(s) :

[1Lire :
- Les vents contraires de la relation Chine – Europe (2018) ;
- Face à Pékin, la solidarité hésitante de l’Europe (2019) ;
- & Chine – Europe. Symbole d’un risque de dislocation globale, l’horizon de l’accord sur les investissements s’obscurcit (2021).

En mars 2021, en réaction aux sanctions occidentales visant des responsables chinois accusés de violations des droits humains contre la minorité ouïghours, Pékin avait sanctionné dix personnalités et quatre entités de l’UE, dont cinq députés européens et toute la sous-commission des droits de l’Homme (DROI) du Parlement. Les mesures comprenaient notamment une interdiction d’entrée sur le territoire chinois pour les eurodéputés visés.

[2Il n’est pas anodin de noter que les valeurs défendues par le « Parti pirate » (Défense de la liberté de l’information et de la culture, des libertés civiles et numériques, de la vie privée, de l’anonymat, de la transparence gouvernementale et de la justice sociale), percutent de plein fouet le système de gouvernance chinois articulé à l’inquisition, à la surveillance généralisée et à la répression des déviants politiques.

 

 

« Hong Kong ne répond plus. ». L’image oubliée des humiliations

[19 mai 2026] • François Danjou

Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient

[6 avril 2026] • Jean-Paul Yacine

Le Royaume khmer enjeu de la rivalité sino-américaine, ravagé par les jeux en ligne

[16 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Maduro. La Chine à contre-pied ?

[10 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Thaïlande – Cambodge. La paix de D. Trump et la Chine. Le dessous des cartes

[21 décembre 2025] • François Danjou