Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Chronique

Echanges scientifiques France-Chine : une reprise encadrée

Le 4 novembre dernier a eu lieu à Pékin une journée d’exploration des possibilités de coopération scientifique franco-chinoise 中法 科学日 entre l’Académie chinoise des Sciences (CAS - 中国 科学院) et le CNRS.

La disponibilité de la nébuleuse chinoise des chercheurs pour une relance de la coopération tranchait avec l’ambiance des Commissions Mixtes de 2019 à Pékin et de 2024 à Paris où les Chinois avaient donné le sentiment que leur intérêt pour les échanges scientifiques franco-chinois était en berne.


*

En début d’année, on s’en souvient, nous évoquions la situation des relations scientifiques franco-chinois avec un certaine pessimisme.

Il était question de l’inertie des parties prenantes scientifiques toutes réticentes à relancer les échanges et de la faible appétence de nos autorités publiques pour la Chine.

Aujourd’hui l’état d’esprit n’a pas beaucoup évolué et, à des degrés peu différents, tous les pays européens et de l’OCDE sont dans les mêmes dispositions surtout que, depuis la crise COVID, les préoccupations vont croissantes en raison des multiples conflits commerciaux sur fond d’enjeux technologiques avec la Chine.

Pour autant, malgré ce contexte défavorable sinon dégradé, les relations scientifiques France-Chine semblent reprendre. A petit train et dans un cadre visiblement revu et corrigé. On trouve un bon indice de ce mouvement dans la communication des opérateurs de recherche français, désormais plus affirmée et prolixe.

Un autre indicateur de ce rétablissement est la poursuite de grands projets bilatéraux scientifiques et technologiques, assortis d’une médiatisation à bas bruit. Après avoir expliqué ce paradoxe entre la montée des tensions avec la Chine et le redémarrage de la relation scientifique, nous tenterons également comprendre ce qu’il en est du côté chinois, sans oublier notre Ambassade à Pékin.

*

L’INRAE à la manœuvre.

Dans le registre de l’affichage promotionnel, l’INRAE (Institut National de recherche pour agriculture, l’alimentation et l’environnement) est en bonne place. A l’occasion du déplacement en Chine de son PDG Philippe Mauguin, le 15 octobre dernier, Il a annoncé 7 accords sectoriels (neutralité carbone, agroécologie, biodiversité, génétique végétale, nutrition…), le renforcement de ses liens historiques avec la CAAS (Académie agricole de Chine), la CAS (Académie des sciences de Chine) et des universités agricoles chinoises CAU & NAU ainsi que le lancement de deux nouveaux laboratoires internationaux associés (génétique du blé et physiologie des plantes).

Ce n’est pas tout, on apprend aussi que c’est l’INRAE qui avai donné le signal de départ des activités du CNC (Centre de Neutralité Carbone) lors de l’organisation à Paris en juillet 2025 d’une réunion scientifique mobilisant une vingtaine de personnes, essentiellement des chercheurs juniors sans lien avec le GIEC ou les grands laboratoires comme le LSCE (lab. des sciences du climat, CNRS/CEA).

Lancé en grande pompe en avril 2023 par la ministre Catherine Colonna (MAE), le CNC continue pourtant de revendiquer sur son site l’implication de 340 chercheurs et de 80 laboratoires pour ses travaux « virtuels » présentés comme la « priorité scientifique » par les deux pays.

Interrogé, un proche du dossier à Pékin explique qu’en fait le centre n’est en rien un programme mais plutôt une boîte à projets en environnement, capables d’obtenir le label « CNC » s’ils sont retenus pour un financement.

Cependant, comme souvent dans les initiatives « scientifiques » de l’Ambassade ou autre « priorité franco-chinoise », on ne connaît ni les contours de cette labellisation, ni ses critères (s’il y en a), ni les montants des moyens accordés. Le flou derrière la promotion diplomatique a naturellement pour effet d’éloigner les meilleurs porteurs de projets qui peuvent émarger ailleurs pour des projets plus sérieux.

Plus concrète est l’inauguration d’une représentation de l’INRAE aux côtés des autres organismes scientifiques déjà installés à l’Ambassade de Pékin (CEA, CNRS et CNES).

Au passage, l’officialisation fut l’occasion pour le PDG Mauguin de dissiper l’ambiguïté de la présence à Pékin d’un bureau de l’INRAE piloté par LEE Zhang (nom fictif), qui a officié en toute autonomie loin de l’Ambassade pendant 25 ans (2001-2025) avant de faire valoir ses droits.

Davantage au service des intérêts chinois que dévoué au développement de l’INRAE en Chine, LEE Zhang n’a jamais eu le blanc-seing de l’Ambassade qui réclamait sa tête depuis des années. Surtout qu’en 2001 l’attaché scientifique de l’époque avait alors rendu un avis négatif sur le candidat, en réalité un transfuge du Ministère des Sciences & Techniques chinois chargé de la veille technologique.

L’INRAE l’avait pourtant maintenu. Le recadrage a tourné une page, mais à quel prix !

Le CNRS réduit la voilure…

Du côté du CNRS, la nouveauté réside dans la reprise de la publication d’un « livret des collaborations » après plusieurs années de silence.

Autrefois riche d’une centaine de pages, le livret ne comporte plus que quelques statistiques sur une douzaine de pages au format A5, indice d’une communication minimale. Le contenu est dans le même ton minimaliste. Seules deux informations sont à retenir.

La première sous forme de constat : la Chine n’est plus le pôle majeur de coopération pour le CNRS en Asie comme elle l’était en 2019, date où elle faisait jeu égal avec le Japon. En nombre de structures conjointes de collaboration avec le CNRS (laboratoires, réseaux…), Singapour, le Japon et surtout l’Inde ont en effet pris les devants, laissant la Chine loin derrière.

La deuxième concerne les missions de chercheurs vers la Chine. Alors qu’en 2019, nous en étions à 1 594 missions, pour 2024 le CNRS avance le chiffre de 573 après l’étiage de 387 en 2023. Autrement dit, en 2024 la Chine a attiré près de 3 fois moins de chercheurs qu’avant la parenthèse COVID !

Les raisons ne sont pas difficiles à imaginer. Échaudés par les restrictions administratives, les contrôles du Fonctionnaire de défense et le redéploiement des budgets vers des zones de coopération scientifique plus porteuses, les organismes publics français de recherche ont incité leurs communautés à se détourner de la Chine.

Ainsi en est-il de la collaboration entre le CNRS et l’Agence de moyens chinoise, la NSFC (Fondation Nationale des sciences). Alors qu’en 2020 les partenaires sélectionnaient annuellement entre 10 et 15 projets (pour environ 60-70 projets déposés), aujourd’hui, après la reprise de 2024, l’épure du CNRS est réduite à seulement 5 projets conjoints

…Mais se maintient discrètement dans les projets stratégiques.

A gauche, le 18 janvier 2018, Zhang Ke directeur de l’Agence spatiale chinoise avait offert une maquette du CFOS à Jean-Yves Le Gall, le président du Cnes, et à Emmanuel Macron.

A droite les équipes du premier satellite astronomique franco-chinois SVOM ou - Space Variable Objects Monitor.

Développé conjointement par la Chine et la France pour le suivi d’objets spatiaux, il a été lancé le 22 juin 2024 depuis le centre de lancement de satellites de Xichang, dans la province du Sichuan, au sud-ouest de la Chine. Cette mission s’inscrivait dans la coopération spatiale entre les deux pays que l’agence spatiale chinoise a qualifié « d’exemplaire ». Photo CGTN


*

Si le terrain de la coopération est aujourd’hui bien moins fréquenté par les chercheurs eux-mêmes, les relations de haut niveau se maintiennent, preuve d’une volonté de ne pas couper les ponts, surtout que le CNRS reste l’actionnaire majoritaire de la coopération scientifique avec 75% de copublications France-Chine et plus de 50% des projets bilatéraux.

Le PDG du CNRS, Antoine Petit, a été impliqué dans la COMIX de 2024 à Paris où il a également reçu le ministre chinois du MoST, avant de se rendre en Chine en juin de la même année pour y tenir un « dialogue stratégique » avec son homologue chinois et partenaire historique, la CAS.

Un nouveau déplacement de 3 jours (lire plus bas) a eu lieu en novembre 2025 dans le cadre des 30 ans de la représentation CNRS en Chine. Depuis 20 ans, la configuration de cette dernière n’a d’ailleurs jamais été affectée par les événements ou les politiques, preuve d’une certaine constance.

La motivation du CNRS à maintenir des liens avec la CAS est certainement liée à deux grands projets de nature stratégique pour les deux pays.

Le premier, initié en 2014 par les agences spatiales (CNES, CNSA auxquelles s’ajoute la CAS), est celui du satellite SVOM [1]. Une affaire de plusieurs centaines de millions d’euros.

Le projet SVOM mobilise toujours dix laboratoires du CNRS et du CEA, dont l’IRAP (inst. de recherche en astrophysique), non seulement pour la conception de sous-systèmes ou instruments (télescope, détecteurs…) mais aussi, ultérieurement, pour l’exploitation des données. Lancé le 22 juin 2024 par une fusée Longue Marche 2c depuis la base de Xichang (Sichuan), SVOM se révèle être un succès : les instruments sont fonctionnels et les données sont désormais relayées au niveau international par d’autres télescopes au sol.

Ces derniers ont permis d’estimer que la lumière en provenance d’une des explosions détectée par SVOM dans l’univers profond avait voyagé pendant presque 3 milliards d’années…

Toujours dans le registre spatial, une autre contribution majeure du CNRS prend la forme du projet « DORN » [2], un instrument de détection qui a été embarqué dans la mission lunaire chinoise Chang’E6 aux côtés d’autres appareils (Chine, Italie, Pakistan).

Conçu unitairement par l’IRAP/CNRS, avec un financement du CNES, DORN permet en contrepartie aux équipes françaises d’accéder à des connaissances sur l’origine de la Lune ainsi qu’à des échantillons lunaires depuis le retour de Chang’e 6 le 25 juin 2024. Les chercheurs du CNRS ont ainsi devant eux 5 années de travail avec leurs collègues chinois de la CAS. Évidemment, la communication chinoise n’évoque jamais les apports extérieurs à Chang’E6.

Ces coopérations sont d’autant plus remarquables qu’elles s’ajoutent à CFOSAT, un autre satellite scientifique lancé en 2018 qui place la France et la Chine en très bonne position pour analyser les évolutions du niveau des océans, vents et glaces sur la planète.

Pour le coup, la France est à l’avant-garde dans ce type de coopération avec la Chine même si le spatial chinois reste, comme l’aviation civile, dans les mains de l’APL. Avec cependant le risque que l’embargo américain bannissant tout échange avec la Chine dans le spatial, expose la France a des sanctions en cas d’utilisation de systèmes ou de composants américains.

Les fournisseurs sont donc particulièrement vigilants, tout comme les entités américaines concernées (le renseignement, le Commerce…) qui n’hésitent pas à imposer l’interruption des projets comme cela a été le cas pour CFOSAT en France autour de 2015, ce qui a entraîné des délais ainsi que la ré-ingénierie de plusieurs sous-systèmes français embarqués sur le satellite franco-chinois.

Un autre suspicion américaine a prêté à CFOSAT la capacité à produire des données bathymétriques à des fins militaires dans les environnements gelés des deux pôles. On comprend pourquoi, côté français, une assez grande discrétion entoure ces projets spatiaux dont par ailleurs l’ampleur se réduit.

Il faut se rendre à l’évidence, les lancements de SVOM et CFOSAT fruits d’une décennie de collaboration pour chacun d’entre eux, a clôt un chapitre majeur de la coopération bilatérale. Certes, les échanges se poursuivent désormais avec le traitement partagé des données mais, depuis plus de 10 ans, aucun nouveau projet d’ampleur n’est sur le métier des agences. Un signe des temps !

Le second projet majeur impliquant cinq grands laboratoires de physique corpusculaire du CNRS est l’observatoire souterrain de neutrinos JUNO situé à Kaiping/Jiangmen (au sud de Canton dans le Guangdong).

Il s’agit d’un gigantesque détecteur de forme sphérique de 40 mètres de diamètre contenant 20 000 tonnes de liquides scintillants capables de capturer des neutrinos, du Soleil, de l’atmosphère ou de l’explosion d’une Supernova.

Une quinzaine d’autres pays sont impliqués avec la Chine dans la conception et la fourniture de systèmes pour cette installation unique au monde qui vient de démarrer sa mise en service. Le CNRS est néanmoins l’un des premiers membres de cette installation compte tenu de ses liens anciens avec l’Institut des hautes énergies de Pékin (IHEP/CAS) qui pilote JUNO.

C’est en effet lui qui a apporté près d’un quart des ressources nécessaires à JUNO à travers la fourniture d’un ancien détecteur situé dans une installation souterraine du CNRS à Modane, en Savoie.

Changement de tonalité ?

Siège à Pékin et Logo de l’Académie des Sciences. La CAS, correspondante du CNRS, dans la relation bilatérale est la plus grande organisation de recherche au monde, avec 106 instituts de recherche, 2 universités, 71 300 employés à temps plein et 79 000 étudiants. Sa puissance protéiforme lui a jusqu’à présent permis de résister à la tentation de fermeture du pouvoir.


*

Tous ces projets stratégiques mettent au centre du jeu un partenaire chinois de première importance : la CAS. C’est un État dans l’État, relevant directement du Premier Ministre qui, avec ses 60 000 employés dont 28 000 chercheurs, forme le cœur scientifique du pays [3].

Disposant de son propre système universitaire, la CAS est sans lien avec tous les autres établissements d’enseignement supérieur relevant du Ministère de l’éducation.

Dans le contexte actuel des relations avec les pays occidentaux, la CAS est face à un dilemme, coincée entre les injonctions du moment (techno-souverainisme, autonomie, restrictions de circulation…) et les exigences liées à sa position d’opérateur scientifique global visant son insertion dans la science mondiale par l’attractivité et le rayonnement de ses travaux.

A ce stade, la situation de ses projets multilatéraux en Chine et sa participation dans d’autres installations hors de Chine (ITER, télescopes…), aussi bien pour la conception que pour l’exploitation ultérieure de ces dernières, montrent que la CAS a réussi à échapper à la fermeture politique du régime.

Au niveau des laboratoires, la gouvernance de la CAS tend de nouveau à inciter ses chercheurs à s’exposer à l’international, malgré les obstacles du moment qui se combinent à une forme d’isolement de ses scientifiques.

Elle y voit un critère d’excellence dans l’évaluation des équipes même s’il est permis d’en douter quand on connaît les pressions qui s’exercent sur les chercheurs par le biais des financements sur projets visant à atteindre les objectifs politiques du moment.

Hasard, flagornerie opportuniste ou coïncidence, cette même gouvernance laisse entendre aujourd’hui que « (…) l’impact de la coopération avec la France serait l’une des plus significatives ». Cela vient adoucir la perception des parties françaises lors des COMIX 2019 à Pekin et 2024 à Paris qui allaient dans un sens complétement opposé, à savoir que la Chine n’avait plus besoin d’un pays comme la France pour son développement scientifique (lire : Coopération scientifique France-Chine : entre incohérences et contingences. Ou les vraies raisons d’une régression programmée & Commission mixte scientifique 2024 : et après ?).

Mais, une telle bienveillance envers la France peut aussi laisser penser que la CAS ne ferait référence qu’aux grands projets cités plus haut.

Ou encore qu’elle ne parlerait que de la fraction de co-publications France-CAS qui représente en fait un gros sous-ensemble de celles entre la France et la Chine. Quoi qu’il en soit, son service des relations internationales s’est récemment doté de deux nouveaux cadres francophones, davantage à l’écoute des porteurs de projets bilatéraux.

Un autre événement vient en appui de l’hypothèse que les aimables propos de la CAS iraient au-delà des flatteries. C’est la rencontre scientifique (voir photos) que la CAS a mise sur pied pour le CNRS sur son campus de 100 km2 à Huairou au nord de Pékin le 4/11, « (…) conçu sur le modèle de Grenoble ».

La CAS s’y est livrée à une offensive de charme en mobilisant d’importantes ressources pour mettre en avant son souhait d’aller plus loin dans les échanges avec le CNRS. Ce coup médiatique a atteint sa cible, celle des décideurs de l’organisation française qui formaient une délégation de 50 personnes conduite par le PDG Antoine Petit.

S’y trouvaient également des académiciens, de nombreux directeurs et chefs de labo, soit un total d’environ 300 personnes. Les témoignages indiquent que les Français ont été favorablement impressionnés, notamment parce que la CAS a ouvert la porte de toutes ses installations de recherche, quasiment neuves, dont celles de l’HEPS (High Energy Photon Source), un gigantesque accélérateur de photons à haute énergie qui relève de l’Institut chinois des Hautes Énergies Physiques.

Les discussions ont aussi été particulièrement fluides entre pairs scientifiques des deux pays. Compte tenu de son ampleur et de son contenu, l’événement fera date. Faut-il y voir le démarrage d’une nouvelle ère ?!

Ne pas se tromper d’époque.

Le mot de la fin est pour notre Ambassade et ses représentants scientifiques.

Oublieux et probablement guidés par le nouvel activisme chinois, ils apparaissent comme portés par une vague d’optimisme et d’enthousiasme au sujet d’une relance des échanges scientifiques. Elle se traduit même par des tentatives de prosélytisme en direction des autres pays européens.

Cela suscite immanquablement des sarcasmes car les déboires récents de la diplomatie scientifique française, mondialement propagés, sont encore dans tous les esprits. Que l’on songe à Pasteur Shanghai où notre pays a été poussé vers la sortie après 20 ans d’investissement ou au Centre de confinement P4 de Wuhan conçu par la France. On le sait tous, ce dernier a été suspecté d’une fuite de laboratoire à l’origine du COVID 19 avant de se trouver aujourd’hui dans les mains de l’APL [4]. Dans ces deux grands dossiers protéiformes qui s’étalent sur deux décennies (2004-2023), notre service scientifique en Chine était directement à la manœuvre, budget et expertise à l’appui.

Ce n’est un mystère pour personne en Europe, toutes les puissances scientifiques redoublent d’efforts pour contenir les relations avec la Chine en matière de R&D, un domaine naguère ouvert, allant de pair avec la croissance des échanges économiques.

Le contexte et les politiques ont radicalement changé. Dès 2019, l’Union Européenne a par exemple introduit des restrictions et de nouvelles procédures pour ses programmes de R&D accessibles à la Chine dans le cadre de l’accord de fin 1999.

Quant aux pays européens, la plupart font de même tout en adoptant un profil bas : leurs représentants scientifiques à Pékin sont donc probablement davantage investis dans l’analyse des ambitions techno-souverainistes de la Chine que dans le lancement d’initiatives de diplomatie scientifique.

Car l’enjeu majeur d’aujourd’hui est bien de comprendre les visées chinoises afin d’en évaluer leur impact économico-technologique pour s’en prémunir le plus tôt possible. L’époque me paraît également imposer la retenue et la clairvoyance surtout quand on connaît les orientations chinoises depuis l’arrivée de XI Jinping. Il n’est donc pas certain que la promotion ou l’attractivité soient encore vraiment d’actualité. D’où la surprise des européens de constater que leurs collègues français de Pékin affichent des ambitions… à contre-courant.

Note(s) :

[1SVOM (Space-based multi-band astronomical Variable Objects Monitor) étudie le ciel transitoire des hautes énergies, particulièrement le sursaut gamma qui résulte de la fusion d’objets compacts comme deux étoiles à neutrons dans le lointain univers. La puissance qui peut s’en dégager est équivalente à plus d’un milliard de milliards de soleils…

[2DORN (Detection of Outpassing RadoN), du nom du physicien allemand Friedrich Dorn qui a mis en évidence le radon-222 en 1900. L’appareil est un spectromètre détectant les particules alpha émises par le radon et le polonium lors de leur désintégration dans l’espace (source : Pierre-Yves Meslin (IRAP/CNRS), in le CNRS en Chine, hiver 2024, p. 25). L’objectif est d’étudier l’origine et la dynamique de la fine atmosphère qui enveloppe la Lune.

[3La CAS, est le couteau suisse de la science chinoise. Entre autres, elle est à la tête de toutes les grandes infrastructures scientifiques du pays (accélérateurs, navires océanographiques, télescopes, centres de confinement (comme le P4 de Wuhan)…), elle forme des milliers de docteurs en sciences (dans ses propres universités), elle est actionnaire (Lenovo, Sugon…) et elle est parmi les tout premiers producteurs de connaissances dans le monde grâce à ses 110 grands instituts.

En matière spatiale, elle tend à devenir une sorte d’agence civile intégrée capable de produire des systèmes et instruments en plus d’intervenir sur la conception des satellites. La CAS, c’est aussi une société savante, une société de capital-risque et un grand éditeur (monographies, journaux, bases de données…). Elle possède même un institut de consultance sur les politiques et la gestion de la Science !

[4Armée Populaire de Libération. Les deux dossiers (Pasteur Shanghai et P4) étaient entièrement pilotés par le service scientifique de l’Ambassade. Les suspicions de fuite sont sans doute infondées mais les silences chinois après la « fermeture » du P4 ont alimenté le doute. Le P4, au départ une installation civile dépendante de l’Institut de virologie de la CAS (IVW/CAS) et physiquement raccordée à lui, est désormais sous la tutelle de l’APL qui avait pour mission d’y remettre bon ordre et, au-delà, de faciliter ultérieurement ses travaux.

Quel que soit l’angle de vue, il s’agit d’un coup de canif dans l’accord intergouvernemental franco-chinois de 2004, supervisé par l’Ambassade. Sur ces sujets, lire nos précédents articles dans Question Chine.

Mai 2020 : P4 de Wuhan et accord France-Chine sur les maladies infectieuses. La France a-t-elle manqué de clairvoyance pendant plus de 15 ans ?

Juin 2023 : La guerre des données, l’autre enjeu très sensible du découplage ? Par Henri Clairin et Noël de Belfiffre

Septembre 2023 : Pasteur Shanghai. Comment notre gloire nationale a été poussée vers la sortie ;

Février 2024 : Chine - France : Commission mixte scientifique 2024, vers une partie de poker menteur ?.

 

 

Iran : Au milieu du brouillard de la guerre, Pékin s’efforce de modeler à son avantage le paysage du Moyen-Orient

[6 avril 2026] • Jean-Paul Yacine

Le Royaume khmer enjeu de la rivalité sino-américaine, ravagé par les jeux en ligne

[16 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Maduro. La Chine à contre-pied ?

[10 janvier 2026] • Jean-Paul Yacine

Thaïlande – Cambodge. La paix de D. Trump et la Chine. Le dessous des cartes

[21 décembre 2025] • François Danjou

A Kuala Lumpur, la fragile paix de Trump, Paris effacé, Pékin à contrepied

[6 novembre 2025] • François Danjou