Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Editorial

Le durcissement anti-occidental et les risques du Cheval de Feu

Cette année, la polarité enflammée du Cheval de Feu pourrait symboliser à la fois, d’une part, la liberté, l’élan, le dynamisme et, d’autre part, le défi et le risque des choix stratégiques de Xi Jinping dont les postures résolument anti-occidentales, le rapprochent des Ayatollahs terroristes iraniens, de la paranoïa nord-coréenne et des nostalgies rigides de Vladimir Poutine dont la vision stratégique destructrice de l’Ukraine est restée bloquée à la « Guerre froide ».


*

Depuis le 17 février, partout dans le monde, sur le Continent, en Chine Populaire jusqu’au 23 février, fin des congés administratifs officiels et la fête traditionnelle des lanternes du 3 mars, en République de Chine à Taïwan, en Asie du Sud-est en Europe, aux Amériques, en Russie où, depuis que la Russie et la Chine se sont rapprochées, le métro est de plus en plus décoré de la couleur rouge des fêtes chinoises, en Afrique, en Océanie, dans l’océan Indien et au Moyen Orient, les Chinois fêtent le nouvel an lunaire, placé cette année sous le signe du Cheval de Feu.

En Chine post-maoïste, Xi Jinping, deuxième dirigeant ayant jusqu’à présent connu la plus longue durée ininterrompue au pouvoir après Deng Xiaoping, avait, il y a déjà douze ans, célébré l’année du Cheval de Bois, le 31 janvier 2014.

C’était tout juste trois mois après le lancement au Kazakhstan de la spectaculaire « chevauchée » chinoise de vaste connectivité internationale par les projets d’infrastructure et la force du commerce des « Nouvelles routes de la soie » (lire notre point de situation du printemps 2019 : « Nouvelles routes de la soie ». Point de situation).

En scrutant comme le font les astrologues chinois les arcanes de leur zodiaque, la comparaison entre les deux signes du Cheval à douze ans d’intervalle, pourrait donner quelques clés de compréhension.

Le fait est que la croyance, véritable système de pensée dépassant la simple superstition, héritière des rituels agraires de la dynastie Shang (env. 1570-1045 av. J.-C.) est une réalité culturelle que même la modernité ne réussit pas à effacer.

C’est pourquoi il serait présomptueux de ne pas l’intégrer dans une analyse, tant il est vrai qu’elle est présente non seulement dans la vie quotidienne des Chinois, mais aussi dans l’évaluation des risques stratégiques et de l’incertitude que la pensée chinoise tente par la standardisation normative de domestiquer depuis la nuit des temps (lire : De Shang Yang à Xi Jinping, l’illusion de la rationalité « Légiste » par Romain Graziani).

Alors que le Cheval de bois est réputé sociable et coopératif, en quête de stabilité, de pragmatisme concret et d’équilibre, le Cheval de feu, agressif, imprévisible et audacieux annonce de grands bouleversements. Xi Jinping le répète à son ami « sans limites 无限 » Vladimir Poutine à chaque fois qu’ils se rencontrent « Nos pays traversent des changements jamais vus depuis un siècle. 百年未见的变革 »

Dans ces contrastes cosmologiques à douze années de distance, les astrologues chinois pourraient voir la trace de l’évolution de Xi Jinping.

En contraste avec les postures de 2014, année du Cheval de bois, quand ripostant à la bascule américaine vers le Pacifique occidental initiée fin 2011 par Barack Obama, le Président chinois est, en douze ans, passé du pragmatisme appliqué des « Nouvelles routes de la soie » dont les traces se sont récemment élargies comme une marque déposée à l’Arctique, au très vaste et intrépide défi du Cheval de Fer, posé à la prévalence globale de l’Amérique et de l’Occident.

Le contraste avec ses prédécesseurs Jiang Zemin et Hu Jintao qui courtisaient l’Amérique, en cultivant les apparences démocratiques est saisissant.

Du Cheval de Bois au Cheval de Feu.

Le 3 septembre 2025, lors d’une impressionnante parade militaire célébrant le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon, Xi Jinping s’est mis en scène à Pékin au centre de ses invités d’honneur dont Vladimir Poutine et Kim Jong Un. Le rassemblement public des trois avec ce niveau de faste était une première depuis plus de six décennies.


*

Le 11 mars 2018, cinq mois après sa désignation pour la 2e fois à la tête du parti en octobre 2017 lors du 19e Congrès, Xi Jinping faisait abolir par l’Assemblée Nationale Populaire la limitation à deux mandats, instaurée par Deng Xiaoping en 1982 pour tenir à distance les dérives du culte de la personnalité et favoriser la collégialité du pouvoir. Le retour autocrate fut une formalité, approuvée par 2958 délégués sur 2963 et un bulletin nul.

Aujourd’hui, les masques du Cheval de Feu sont tombés. Pour défier l’Occident, Xi Jinping s’est ostensiblement rapproché de la théocratie terroriste iranienne, de la paranoïa nord-coréenne et de la rigidité agressive de Vladimir Poutine.

Ce dernier, profondément traumatisé par l’effondrement du Pacte Varsovie et la défection vers l’Ouest de six anciens satellites de l’URSS (Pologne, RDA, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Albanie), déstabilise sans mesure la sécurité, l’économie et l’équilibre géopolitique de l’Europe en détruisant systématiquement sa « petite sœur slave ukrainienne », partie de son étranger proche, qu’il juge trop proche de l’OTAN et de l’UE.

Ce n’est pas tout.

Bien qu’il soit établi que malgré ses relations renforcées avec la Russie, Pékin ne fournit aucune aide militaire directe à l’agression de Vladimir Poutine contre l’Ukraine, les dernières données des échanges sino-russes d’une étude très fouillée de l’Institut allemand MERICS montrent que l’aide chinoise est un des facteurs du prolongement de la guerre, en dépit des sanctions occidentales qui frappent Moscou.

La vérité est en effet que la posture neutre revendiquée par Pékin est un leurre. La Chine qui reçoit aujourd’hui plus de 40% des exportations de pétrole russe est aussi le principal fournisseur de biens à double usage essentiels à l’effort de guerre de Vladimir Poutine.

Par ailleurs, chacun sait les arrangements financiers bilatéraux - en 2025, plus de 99% des échanges bilatéraux étaient libellés en yuans ou en roubles - permettent à Moscou d’échapper aux sanctions occidentales basées sur l’utilisation du Dollar.

Pour autant, la réalité est qu’en dépit de la proximité stratégique opportuniste qui défie l’Amérique et l’Occident, les deux anciens rivaux peinent à aligner leur vision du monde, où la Chine se voit de plus en plus en position centrale dont il est facile de comprendre qu’elle n’est pas du goût de Vladimir Poutine (lire : Chine-Russie : « Un seul lit pour deux rêves »).

L’évocation de ces hiatus pour l’instant passés sous les radars, renvoie aux incertitudes et aux dangers associés au Cheval de Feu, dont l’énergie, l’audace, la passion, et l’impulsivité portent aussi, selon les astrologues chinois, des risques de chaos. Les craintes s’expriment en miroir au sein du Comité Central, tandis que l’ampleur et l’insistance des purges visant la haute direction militaire témoignent des contestations de l’absolutisme de Xi Jinping et de ses choix stratégiques.

 

 

En Chine, Cheng Li-wun, accuse Lai Qing De de fomenter la guerre et célèbre la paix « d’Une seule Chine » prônée par Xi Jinping

[15 avril 2026] • François Danjou

La diplomatie de conciliation des contraires à l’épreuve de la guerre en Iran

[30 mars 2026] • François Danjou

Chine – Iran. Contre l’Occident, l’alliance de l’agnostique et du martyr

[5 mars 2026] • François Danjou

La longue saga du rapprochement révolutionnaire entre Caracas, Pékin et Téhéran

[19 janvier 2026] • François Danjou

Les vœux de Xi Jinping et l’obsession taiwanaise. Une menace insistante

[4 janvier 2026] • François Danjou