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›› Chine - monde

A Pékin, la bascule du monde. Après D. Trump, voici Poutine

  • Le 19 mai, moins d’une semaine après le départ de Trump, Vladimir Poutine arrivait à Pékin où il était accueilli par ministre des Affaires étrangers Wang Yi.


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Pour Xi Jinping qui, depuis l’après Covid avait nettement réduit ses visites aux pays occidentaux, membres de l’OTAN et de l’UE (7 entre 2013 et 2019 dont les États-Unis et le Royaume-Uni en 2015, la France (2 fois en 2014 et 2019 - ) et seulement 2 entre 2022 et 2026, dont la France et la Hongrie, en 2024 (1), la venue à quatre jours d’intervalle des dirigeants des deux anciens hégémons de la guerre froide l’un et l’autre impliqués dans deux conflits meurtriers en Europe et au Moyen Orient, est une aubaine politique d’une vaste portée symbolique.

Xi Jinping au Centre.

En se plaçant au centre entre Vladimir Poutine et D.Trump, Xi Jinping réveille l’imaginaire d’une Chine impériale au centre du monde et conforte son statut de dirigeant d’une grande puissance arbitrant entre les deux anciens hégémons de la guerre froide. Montage de l’image Getty, AAP, EPA, SBS / Mikhail Tereshchenko / Pridannikov / Royyimzy / Maxim Shemetov Pool / Jim Lo Scalzo.


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Le fait que quatre jours après le départ de D.Trump, Vladimir Poutine ait été reçu au cœur de Pékin vidé de sa population à deux pas du mausolée de Mao, avec le même faste aligné au cordeau, une profusion de tapis rouges et les mêmes troupes de jeunes, garçons et filles agitant en cadence et en sautillant les drapeaux chinois et russes, confère à Xi Jinping aux yeux du public chinois exactement la stature revendiquée par sa propagande.

Celle d’un arbitre global dont le statut coïncide avec l’imaginaire immuable d’une Chine puissance centrale entourée de tributaires dont les Princes et les Rois défilent chez l’Empereur du Milieu. Les visites ne sont certes plus décrites comme des rituels d’allégeance et Xi Jinping prend bien soin de ne jamais exprimer la moindre condescendance, à l’égard de ses visiteurs.

Mais en Chine la force de la symbolique impériale n’a pas disparu. Elle croise le très classique « effet drapeau  » nationaliste.

Pour autant, compte-tenu de la censure, il est difficile de mesurer l’audience réelle du régime auprès de sa population dont la colère s’était ouvertement exprimée au moment du chaos de la sortie du confinement quand, en novembre 2022, incidence exceptionnelle, des manifestants réclamaient la démission de Xi Jinping.

Moins de quatre ans plus tard, il est cependant légitime de conjecturer qu’à la faveur du rôle international joué par Pékin, sa côte de popularité pourrait avoir sérieusement remonté.

A l‘international en tous cas, la stratégie a été relativement efficace. Bien que ni les États-Unis ni la Chine ne brillent par l’excellence de leur audience internationale, dans un sondage Gallup réalisé en 2025, avec 36 % d’opinions favorables, la côte internationale de la Chine dépassait largement celle des États-Unis tombée à 31%.

En 2026, selon le Pew Research Center, aux États-Unis même, où 71 % des Américains continuent à nourrir une mauvaise opinion de la Chine, sa côte remonte clairement. Ils sont aujourd’hui 27 % à la voir positivement, contre 21 % il y a un an et seulement 14 % en 2023. Mais dans la Chine autocrate, tendue vers le matérialisme de la performance, l’opinion publique est perçue comme un parasite et la démocratie comme une source d’anarchie.

Pour nombre d’intellectuels chinois, la démocratie est un ferment de divisions et de chaos.

Se présentant comme un antidote au choc des civilisations et une alternative aux échecs d’unification du monde par les religions, les idéologies, le commerce, la démocratie ou même la raison, le livre du philosophe Zhao Tingyan, explore le passé de la Dynastie Zhou pour proposer le concept inclusif d’une harmonie planétaire 天下为公 - mot à mot le « Tout ce qui est sous le Ciel appartient à chacun » -

Alors que l’utopie supprime les concepts « d’étrangers » ou « d’ennemis », Zhao qui semble délibérément ignorer la liberté des citoyens des pays démocratiques ayant d’eux-mêmes adhéré à un système certes imparfait, mais qui ne leur est pas imposé d’en haut, ne dit pas ce que le « Gouvernement sous le Ciel » ferait des idées contraires et des dissidents.


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Une autre constante de sa propagande que Xi Jinping ne cesse de répéter à chacun de ses discours pour marquer son opposition frontale au chaos déclenché par D.Trump. est la stabilité - 稳定 wending -.

La Chine et son système de gouvernement seraient un élément de stabilité dans le monde turbulent où les conflits sont portés par les rivalités compétitives générées par les systèmes démocratiques toujours tentés par l’ingérence prosélyte.

Telle est la thèse développée par Zhao Tingyang de l’Académie des Sciences sociales dans son essai publié en 2018, « Tout sous un même ciel - 天下 - » aux Ed du Cerf.

Pour lui qui explore les racines de ce concept d’harmonie universelle en plongeant jusqu’à la dynastie Zhou (1027 - 475 av- JC), seule la Chine a été capable d’imaginer un système de gouvernement inclusif, harmonieux et durable. Les Occidentaux n’y sont pas parvenus.

« L’Empire romain et l’universalisme chrétien en cherchant à unifier le monde par la force militaire ou l’emprise spirituelle, tous deux générateurs de conflits, ont échoué. (…) La paix perpétuelle d’Emmanuel Kant ne constituait pas un système d’intérêts communs dépassant les intérêts nationaux. »

En 2012, dans « La Vague chinoise : l’émergence d’un État civilisationnel  » Zhang Weiwei directeur de l’Institut Chine à l’Université Fudan à Shanghai explorait déjà le thème parallèle et utopique d’un apaisement global par l’emprise culturelle inclusive d’une civilisation, par contraste avec les États Nations.

Auparavant toujours dans la critique de la démocratie à l’Occidentale, mais plus réaliste et directement lié au cas chinois, Wang Zhixiang avait dans son essai : « La démocratie ou le chaos ? » traduit en 1998 aux Ed Bleu de Chine, exploré les défis de la modernisation politique face au risque d’instabilité qui, en 2026, continue toujours de hanter les dirigeants politiques chinois.

Pour eux qui gardent l’œil fixé sur la stabilité sociale et la prévalence politique du Parti, il reste impératif de contrôler étroitement la population.

Ces arrière-plans idéologiques, hostiles à la démocratie jugée en déshérence par le Kremlin, furent les moteurs du rapprochement spectaculaire sino-russe organisé par Xi Jinping lors des JO d’hiver de Pékin en février 2022. https://www.questionchine.net/mise-en-scene-strategique-sino-russe-dans-le-cadre-gandiose-des-jo. Contrairement à l’actuel discours de l’appareil qui se pose en garant de la stabilité globale, la manœuvre était révisionniste.

Tirant profit du désarroi de l’Amérique partagée entre les ruades nationalistes, iconoclastes et colériques de D.Trump et le flegme apparemment insensible du très légaliste Joe Biden, Pékin et Moscou se posaient clairement en défiance à l’Occident démocratique.

En même temps, ils s’appliquaient à rallier la nébuleuse décoloniale du «  Sud Global  », de plus en plus hostile à l’Occident dont les rancœurs s’expriment à des degrés variables au sein des vastes ralliements anti-occidentaux des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), toutes deux dominées par la puissance irrésistible de la Chine. (En 2026, au sein des BRICS, le PIB chinois (20 500 milliards de $) approchait le double de la somme cumulée des PIB des autres membres du groupe (11 000 milliards de $.)

Note.

1.- Entre 2022 et 2026, Xi Jinping s’est en revanche rendu au Kazakhstan (deux fois en 2022 et 2024), en Ouzbékistan (2022), en Russie et au Vietnam (2023), en Serbie, au Tadjikistan, au Pérou et au Brésil en 2024 (pour le G20 et l’APEC).

Depuis le début de 2026, il n’a pas quitté la Chine. Mais, au cours du seul mois de janvier 2026, il a reçu à Pékin pour sa première visite d’État, le Président de la Corée du sud Lee Jae-myung, successeur de Yoon Suk-yeol, destitué et en prison.

Ce dernier fut suivi par les Premiers ministres du Royaume Uni, Keir Starmer, de Finlande, Peteri Orpo, d’Irlande, Michael Martin et du Canada, Mark Carney.

Un mois plus tard, du 25 au 26 février 2026, dans un paysage global secoué par la guerre des droits de douane déclenchée par D.Trump - toujours anormalement élevées à 30% contre la Chine -. Xi accueillait, le Chancelier allemand Friedrich Merz.

En recherche d’un apaisement,dans un paysage global secoué par la guerre des droits de douane déclenchée par D.Trump - toujours anormalement élevées à 30% contre la Chine -, Merz évita de désigner la Chine comme « un rival systémique » au milieu des controverses sur l’aide chinoise à la Russie dans la guerre en Ukraine et de l’amertume de Berlin nourrie par le déficit commercial allemand en hausse rapide. (87 milliards de $ en 2026)

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Xi Jinping et Poutine féroces critiques de l’Amérique de Trump.

Dans leur déclaration commune, oubliant leurs propres agressivités militaires dans le détroit de Taiwan ou contre l’Ukraine, Xi Jinping et V.Poutine ont vertement fustigé les politiques de force et les aventures militaires de D.Trump au Vénézuéla et en Iran.


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A l’occasion de ce qui fut sa 25e visite officielle à Pékin en un quart de siècle - et la première depuis le déclenchement de la guerre en Iran stratégiquement proche de la Chine -, Vladimir Poutine a signé avec Xi une déclaration commune réaffirmant la force « exceptionnellement élevée  » de leurs liens, leur aspiration commune à un « monde multipolaire » et la conviction que leur proximité stratégique constituait le principal facteur de « la stabilité globale ».

La longue déclaration commune ciblait directement la « politique de force  » et sans concertation de D.Trump, notamment à l’étage le plus élevé, son projet antimissiles du « Golden Globe », « menace manifeste à la stabilité stratégique  » basée, depuis la guerre froide, sur l’interdépendance des armements offensifs et défensifs.

La condamnation de l’Amérique a également stigmatisé - allusion directe à la guerre en Iran - « les frappes militaires contre d’autres pays pour assassiner des dirigeants d’États souverains  » et « le prétexte de négociations pour, en réalité, préparer de nouvelles frappes  ».

Sans surprise, évoquant la capture de Nicolas Maduro, Pékin et Moscou ont également stigmatisé « l’enlèvement et la comparution forcée d’un chef d’État devant un tribunal » constituant « une violation du droit international qui sape les fondements de l’ordre international  ».

La dénonciation qui disait « apporter un soutien sans réserve au statut de l’Amérique latine en tant que zone de paix  », manquait cependant la partie de l’image des contagions révolutionnaires, parrainées par Pékin, teintées de terrorisme et de narcotrafic aux portes de l’Amérique (Lire : la mise au point de QC eu 19 janvier : https://www.questionchine.net/la-longue-saga-du-rapprochement-revolutionnaire-entre-caracas-pekin-et-teheran)

Xi Jinping, a également abordé la guerre américano-israélienne contre Téhéran. Pragmatique, l’œil sur les intérêts directs de son pays, il a d’abord souligné l’importance de « réduire les perturbations des approvisionnements énergétiques, des chaînes d’approvisionnement et du commerce. ». Refusant toujours de considérer la menace existentielle du terrorisme iranien doté de l’arme nucléaire, il a affirmé, avec Poutine, l’importance de « la poursuite des négociations et de la cessation complète de la guerre qui, dit-il, ne souffrait aucun retard  »

Au cours de la visite éclair qui n’a duré que 24 heures marquée par des effusions amicales qui contrastaient avec la rigueur protocolaire de la visite de D.Trump, Xi Jinping et V, Poutine ont, selon Xinhua, en plus du long communiqué commun, signé une vingtaine d’accords de coopération, allant du commerce à l’énergie nucléaire en passant par la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire transfrontalière.

Les deux parties ont également convenu de prolonger l’exemption de visa pour leurs citoyens respectifs jusqu’à fin 2027 et se sont engagées à renforcer leur coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Ressentant a l’évidence le besoin de rehausser son importance dans le rapprochement opportuniste anti-américain, Poutine n’a pas manqué d’insister sur le rôle de la Russie fournisseur clé d’énergie à la Chine, « Malgré la crise au Moyen-Orient, la Russie continue d’assurer un approvisionnement fiable en ressources, tandis que la Chine demeure un consommateur responsable de ces ressources. »

(A ce sujet, lire notre article du 26 avril 2023, qui faisait le point des contrats de gaz entre Moscou et Pékin, de la proximité sino-russe et de l’agilité chinoise pour contourner les sanctions :https://www.questionchine.net/ukraine-la-chine-n-aidera-pas-la-russie-a-vaincre-mais-elle-est-decidee-a-empecher?artpage=2-2

Pour autant, signe évident d’une défiance de Pékin, soucieux de diversifier ses sources d’énergie et exigeant sur le prix des livraisons ainsi que sur les retours sur investissements d’un projet dont le financement est entièrement assuré par des avances chinoises, le communiqué officiel ne mentionnait pas le projet « Power of Siberia II », qui, dans l’esprit de Moscou, devait compenser la fermeture du marché européen depuis l’invasion de l’Ukraine.

Sous la surface sino-russe, une insistante défiance.

La carte (Gazprom, Petroleum Economist, Financial Times, IISS) montre les 2600 km du gazoduc « Power of Sibera II qui devrait livrer chaque année 50 milliards de m3 de gaz à la Chine depuis la péninsule de Yamal. Un protocole d’accord a été signé entre CNPC et Gazprom, mais le prix du gaz, les modalités du financement et les échéances n’ont pas encore été arrêtées. La déclaration commune Xi - Poutine n’a pas fait mention du projet.


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Cette réalité abrupte qui n’aura pas manqué d’inquiéter Poutine met à jour le persistant effritement de l’influence russe au sein du couple stratégique Moscou - Pékin. Tandis qu’au sol, à l’Est de l’Ukraine, les troupes russes perdaient du terrain, l’ébranlement de la placidité du Kremlin est clairement apparu quand, peu avant la visite de Poutine, l’Ukraine a lancé une vaste attaque de plusieurs centaines de drones dans la profondeur aux abords immédiats de Moscou.

Concrètement et au-delà des affichages, les craquements restent possibles entre les deux voisins séparés par 4200 km de frontières communes, géants stratégiques de la guerre froide qui se sont toujours méfiés l’un de l’autre, mais dont les rapports de forces sont aujourd’hui inversés. Jadis mentor incontestable de la relation, la Russie est aujourd’hui devenue le partenaire junior d’une connivence opportuniste où la Chine prend toute la place.

Sur ce thème, en mai 2025, QC rendait compte de l’analyse d’Elizabeth Wishnick docteure en sciences politiques de l’Université Columbia, et titulaire d’une maîtrise en études russes et est-européennes de l’Université Yale. (Lire https://www.questionchine.net/chine-russie-un-seul-lit-pour-deux-reves)

En bref.en dépit de la richesse des affichages et de la profusion des actions communes directes ou indirectes, dont le but est d’étaler leur hostilité commune à la domination du monde par l’Occident et les États-Unis, la question se pose de la cohérence de leurs projets stratégiques, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’Arctique, de la Corée du Nord, du « Sud global » ou même du Pacifique occidental.

 

 

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