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›› Chine - monde

Mise en garde de Pékin. Perspectives du sommet Xi Jinping - D. Trump, le 24 septembre

Alliée de longue date de l’Iran, la Chine fustige le dernier train de sanctions infligées à Téhéran et s’offusque des menaces de représailles de Washington, condamnant sa proximité avec Téhéran. En cause les achats chinois de pétrole à l’Iran et l’aide satellitaire par BaiDu aux frappes iraniennes.


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Le 25 aout réagissant aux menaces de sanctions secondaires visant les relations entre Pékin et Téhéran exprimées par Scott Besent, Lin Jian, le porte-parole du Waijiabu a sèchement réagi par une mise en garde.

La Chine s’opposait fermement à ce qu’elle a qualifié de « sanctions 制裁 unilatérales 单边 illégales 非法, dépourvues de fondement international 没有国际法依据, non autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies 未经联合国安理会授权 et qu’elle prendrait « toutes les mesures nécessaires 必要措施 pour défendre ses droits.维护自身权益 »

Lin Jian a ajouté, en optimisant un peu la réalité [1], que « La coopération entre la Chine et l’Iran s’est toujours 始终 inscrite dans le cadre du droit international 在国际法的框架内进行 ». Plus généralement, « La guerre économique 经济战 et la politique de pressions maximales 极限施压 ne permettent pas de résoudre les problèmes 无助于解决问题.

Au contraire, elles ne font qu’exacerber les tensions et les conflits 只会进一步激化矛盾冲突, engendrer la contagion des risques, 造成风险外溢 perturber l’ordre économique et financier mondial 扰乱全球的经济金融秩序 et nuire aux droits et intérêts légitimes d’autres pays 损害他国正当权益. »

Bessent a qualifié les projets de sanctions de « plus vaste offensive financière jamais lancée contre l’Iran ». Sans citer personne, il a averti que les banques et les entreprises qui refuseraient de rompre leurs liens avec Téhéran seraient frappées du même isolement.

Le 24 août, il a cependant lui-même annoncé lors d’une conférence de presse, que Washington retiendrait d’abord ses coups pour laisser à tous le temps de s’ajuster à ses injonctions « Nous n’avons pas l’intention détruire le système financier international », laissant entendre qu’il n’attaquerait pas de plein fouet et d’emblée une grande banque publique chinoise.

Alors que le ministre britannique des Finances, John Healey, déclarait que son gouvernement « soutenait les efforts des États-Unis pour parvenir à une solution diplomatique et saluait les initiatives visant à accroître la pression sur l’Iran », Ali Madanizadeh, le ministre iranien de l’Économie, déclarait que Téhéran était « pleinement préparé » à l’élargissement des sanctions et affirmait qu’elles mèneraient à « une nouvelle défaite des États-Unis. »

« Nous disposons également de nos propres outils et savons comment jouer le jeu », a-t-il ajouté, précisant que Téhéran « s’attendait à ces mesures depuis longtemps ».

Des sanctions sans effets ?

Plus de 90% du pétrole iranien est toujours exporté vers la Chine, mais le volume acheté par la Chine a diminué de 30% par rapport à 2025. En cause, les dommages infligés par la guerre aux infrastructures pétrolières iraniennes, les ambarras du détroit d’Ormuz et la hausse du prix du brut iranien.


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Le fait est que nombre d’observateurs doutent de l’efficacité des sanctions contre la Chine.

Pour David Oxley, économiste en chef chargé du climat et des matières premières chez Capital Economics, cité par la BBC, le nouveau train de sanctions sera « un pétard mouillé », puisque, dit-il, 90% du pétrole iranien est destiné à la Chine qui n’applique pas les sanctions. « Cette fois encore Pékin ne se laissera pas intimider. »

L’analyse doit cependant être nuancée.

S’il est exact que 80 à 90% du pétrole iranien exporté est acheté par des petites raffineries chinoise indépendantes « de la taille d’une théière disent les chinois « -茶壶工厂 - », la vérité est qu’en dépit de ses déclarations affirmant une posture publique de résistance à Washington, Pékin a réduit ses achats à l’Iran.

Alors que tout au long de l’année 2025, la Chine a importé en moyenne 1,4 million de barils par jour (bpj) de brut iranien - soit en effet au moins 80% des exports de Téhéran -, les données du cabinet d’analyse Kpler indiquent que les achats chinois de pétrole iranien sont tombés à 785 000 bpj en juin, qu’elles ont connu une légère hausse en juillet, puis qu’elles ont à nouveau chuté pour atteindre environ 534 000 bpj en août. Soit une baisse de 32% en un an.

Les principaux facteurs de ce recul sont les dommages causés par la guerre aux infrastructures (production, stockage, voies de navigation dans le golfe persique) ; la succession des blocus maritimes ; la chasse aux pétroliers de la flotte fantôme et la hausse des prix du brut iranien ayant poussé les raffineurs chinois à se tourner vers d’autres sources.

Dans ce contexte de durcissement antichinois d’une Amérique ayant cependant exprimé mesure et prudence par la bouche de Scott Besent, le raidissement exprimé par le Waijiaobu 24 août, tire profit, en amont des élections américaines de mi-mandat, d’une reprise des tensions entre Washington et Ottawa, de l’affaiblissement de D. Trump en interne, contesté notamment pour l’embourbement en Iran, l’inflation à +3,7% en juillet et l’envolée de la dette publique à 40 000 milliards de $ dont la charge annuelle dépasse 1000 milliards de $.

Alors que Xi Jinping et D. Trump ont l’œil fixé sur le sommet du 24 septembre aux États-Unis, au moins garant du maintien de la trêve commerciale à laquelle les deux ont intérêt, il est peu probable que la Chine cède aux pressions de Washington.

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Le vaste appui de l’OCS et des pays arabes.

Du 30 aout au 1er septembre la vingtaine de chefs d’États et de gouvernements de l’Organisation de Coopération de Shanghai sont à Bichkek au Kirghizistan. Parmi eux Sadyr Japarov, Président du Kirghizistan, pays hôte et président en exercice de l’événement), Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine (qui effectue également une visite officielle bilatérale à cette occasion, Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, Massoud Pezeshkian, Président de la République islamique d’Iran.


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Même si elle-même est en difficulté en interne avec la persistance de la crise immobilière, le freinage de la consommation et les effets délétères des surcapacités industrielles (baisse des prix, spirale déflationniste, tensions sur l’emploi non qualifié, baisse du pouvoir d’achat des ménages), la Chjne continuera à cultiver son image de puissance apaisante contrastant avec le chaos international déclenché par D. Trump.

Sur ce thème, Xi Jinping s’apprête à rallier une première fois ses appuis extérieurs, lors du sommet de l’OCS du 31 août au 1er septembre, à Bichkek au Kirghizistan durant lequel il s’entretiendra avec les dirigeant iraniens, avant de se rendre en Égypte. Enfin, d’ici la fin de l’année aura lieu le deuxième sommet Chine-États arabes dont la date n’est pas fixée.

Après le premier sommet organisé à Ryad en décembre 2022, la séquence confirme le choix stratégique de Pékin.

Alors que le Moyen Orient est actuellement déchiré par un très violent conflit existentiel entre, d’une part, Israël tourmenté par les appels à sa destruction clamés par Téhéran qui, en quête de nucléaire militaire, le harcèle militairement au moyen de ses « proxy » et, d’autre part, le régime iranien, lui-même visé dans sa survie par le projet de Tel Aviv et Washington de provoquer sa chute, Pékin, qui se dit porteur de paix, mais solidaire de la stratégie anti-occidentale de Moscou, Téhéran et Pyongyang, a clairement fait pencher sa stratégie vers « la rue arabe. » (lire : A la croisée des chemins, Pékin fait le choix de « la rue arabe » contre l’Occident).

Perspectives du sommet du 24 septembre.

Les drapeaux américain et taïwanais flottent devant l’Institut national des sciences et technologies Chung-Shan (NCSIST) à Taoyuan, le 30 mars. I-Hwa Cheng/AFP/Getty Images.

Certains commentaires ont avancé l’idée que Donald Trump pourrait-il instrumentaliser Taïwan pour obtenir un soutien de la Chine contre l’Iran. Mais, parmi les analystes. il existe un consensus, considérant que, sacrifier Taïwan en échange d’une coopération improbable de la Chine sur la question iranienne comporterait des risques stratégiques de grande ampleur.


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Dès lors, l’éloignement des positions retranchées difficilement conciliables est tel qu’il faut s’interroger sur les achèvements possibles du sommet Xi Jinping - D. Trump du 24 septembre, dont certains disent qu’il ne tient plus qu’à un fil.

Il aura lieu si Washington continue, comme l’a dit Scott Besent, à limiter ses sanctions aux entités financières chinoises périphériques. S’il s’attaquait ouvertement à une des grands banques publiques chinoises, Xi Jinping n’aurait pas d’autre choix que d’annuler son voyage.

Sur le fond, le sommet du 24 septembre risque bien d’être une rencontre Potemkine. Sans effet réel, elle répondra à la vanité de D. Trump d’apparaître en faiseur de paix ayant, par ses efforts constants, replacé la relation sino-américaine sur des rails moins conflictuels ; Pékin aussi, s’en trouvera conforté à sa place de rival des États-Unis à une hauteur de puissance comparable.

En revanche, les principaux points de discorde entre Washington et Pékin ne seront pas traités. Maîtrisant le secteur des terres rares, Xi Jinping, saisissant l’opportunité de l’affaiblissement de D. Trump, s’estime en position de force en dépit de sa dépendance aux technologies et au marché et américains. Il ne cèdera pas aux pressions. Au contraire, il exigera des concessions, notamment sur Taïwan.

Pour ménager Xi Jinping, dont il attend plus de neutralité à propos de l’Iran, D. Trump a déjà mis en suspens un contrat de ventes de 14 milliards de dollars autorisé par le Congrès à destination de l’Île.

Ses opposants au Congrès - Républicains et Démocrates confondus -, appuyés par une opinion majoritairement hostile à la guerre en Iran se demandent jusqu’où il pourrait aller sur le dossier taiwanais pour relever son premier défi stratégique qui est d’empêcher Téhéran vu par les soutiens de Tel Aviv et nombre de ses alliés occidentaux comme un « État terroriste, qui massacre son peuple et élimine ses opposants par pendaison publique » de maîtriser le nucléaire militaire.

A très court terme subsiste l’enjeu stratégique majeur de la gouvernance et de la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz, au moment où le Sultanat d’Oman et l’Iran ont, le 26 août, annoncé la mise en place d’un « couloir de navigation temporaire et de déminage ».

Alors que les pétroliers et les cargos chinois, favorisés par l’Iran continuent à transiter librement, Téhéran et les Gardiens de la révolution en quête de ressources financières, laissent flotter l’hypothèse d’un péage lié à des services de navigation et à un droit de passage dont l’objet est clairement aussi, pour l’Iran, de contraindre Washington à lever les sanctions et le blocus sur ses ports.

Comme dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine du sud, à Ormuz Pékin proche de l’Iran, est désormais en opposition directe avec la puissance navale américaine à propos du droit de la mer et de la liberté de navigation. Objets de larges consensus dans tous les pays occidentaux, la Convention de Montego Bay y est toujours vue comme un des piliers fondamentaux du commerce international et de la stabilité géopolitique globale [2].

Note(s) :

[1] Dans le cadre d’un accord-cadre signé en 1990, pour une coopération nucléaire civile, la Chine avait jusqu’en 1997 aidé Téhéran à concevoir l’usine de conversion d’uranium d’Ispahan, permettant la production l’hexafluorure d’uranium naturel (UF6), carburant indispensable alimentant les cascades de centrifugeuses de Natanz et de Fordo.

S’il est exact que les ingénieurs chinois n’ont pas directement conçu et encore moins construit les usines d’enrichissement d’Uranium de Natanz et de Fordo, basés sur des plans pakistanais, il n’en n’est pas moins vrai que Pékin a, entre 1980 et 1997, joué un rôle indirect dans le développement du programme nucléaire qui a rendu ces sites possibles, notamment par la formation en Chine d’ingénieurs iraniens à la manipulation et aux processus de traitement des matériaux nucléaires.

Après l’arrêt en 1997, sous pression de Washington, de sa coopération nucléaire civile avec Téhéran, Pékin a cependant continué par des intermédiaires chinois discrets, d’approvisionner l’Iran en matériaux à double usage utilisés dans la fabrication des centrifugeuses (aimants puissants, aciers spéciaux à très haute résistance mécanique sans carbone, alliés au nickel, au cobalt, au molybdène, et au titane).

Aujourd’hui toutes les sources de renseignement et les centres de recherches occidentaux confirment que les frappes iraniennes contre les pays du Golfe s’appuient sur le système de navigation chinois BeiDou-3 crypté - comme le Galileo européen et le GPS américain - pour les services militaires, qui fournit à l’Iran l’imagerie pour l’évaluation des cibles et permet le guidage des missiles et des drones.

[2] Le sénat des États-Unis n’a pas ratifié le traité de Montego Bay signé en 1982, essentiellement parce que l’Article 298 autorise un signataire à exclure un sujet de son choix des procédures obligatoires de règlement des différends. La chine a notamment utilisé cette liberté dans sa querelle territoriale avec les Philippines. Faisant valoir qu’elle fut historiquement la première à découvrir, nommer et exploiter les îles et récifs contestés, Pékin a estimé que ce primat historique lui confèrait des droits de souveraineté inaliénables sur ces territoires terrestres et les eaux adjacentes.

 

 

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