Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

Imprimer ou exporter en PDF

›› Lectures et opinions

Taiwan. Analyse des risques de crise

La photo d’archives qui date d’octobre 2025, montre un garde-côte taiwanais en patrouille en face de Xiamen dans les parages de l’ile taïwanaise de Jinmen (Quemoy), revendiquée par Pékin située à seulement une dizaine de km de Xiamen. Reuters/YONHAP


*

A Taïwan, après les rencontres entre Xi Jinping et D.Trump, les doutes sur la détermination de l’Amérique à soutenir l’Île n’ont pas disparu. Au cœur des angoisses de certains, l’idée que les réflexes de marchandage d’affaires du Président américain pourraient sacrifier la sécurité de l’Île en échange d’un « accommodement raisonnable  » avec Pékin pour construire une relation stratégique stable en dépit de leurs féroces rivalités de puissance.

Le dernier exemple en date est que du 23 au 25 septembre, à Washington, la partie américaine a, au moins ouvertement, accepté que Xi Jinping classe la question taïwanaise dans les « lignes rouges  » à ne pas mentionner dans les échanges.

En réalité, les ambiguïtés américaines remontent à la campagne électorale d’avant 2017. S’il est exact qu’elles ne sont pas le signe direct d’un abandon de l’Île par Washington, il n’en reste pas moins que leurs ambigüités créent une incertitude.

Parfois contradictoires, ménageant à la fois Taipei et Pékin comme par le marchandage d’un affairiste jaugeant ses compétiteurs pour sonder leurs limites, elles brouillent la vieille assurance des années 50 - affirmée par Truman pendant la guerre de Corée - et confirmées trente ans plus tard, d’une Amérique alignée sans réserve à l’ardente obligation de soutenir l’Île contre l’agressivité de Pékin.

Sur le fond, les déclarations traduisent les réticences de D. Trump à s’engager dans un conflit militaire direct avec la Chine. Rappelons au passage qu’au-delà de l’apparence des provocations militaires chinoises, tout indique que Xi Jinping est, pour l’instant, lui aussi aligné sur cette prudence stratégique, face au risque d’affrontement militaire.

Clairement Pékin, craignant l’escalade militaire privilégie la patience, l’influence par les cyber-intrusions et, au pire, l’asphyxie de l’Île, y compris par des blocus maritimes dans l’espoir de la soumettre sans combattre.

Les ambiguïtés de D.Trunp.

Quelques heures après avoir rencontré le président chinois Xi Jinping à Pékin à la mi-mai Donald Trump avait déclaré à Fox News « Je ne cherche pas à ce que quelqu’un devienne indépendant. Et, vous savez, nous serions censés parcourir 9 500 miles pour mener une guerre. Ce n’est pas ce que je recherche. Je veux qu’ils calment le jeu. Je veux que la Chine calme le jeu ».

Ces propos de Donald Trump ont immédiatement suscité une inquiétude dans l’Île dont la défense repose encore beaucoup sur l’Amérique. En même temps elle a provoqué une avalanche d’aigreurs chez les élites de l’Île estimant qu’il n’est pas nécessaire de proclamer formellement l’indépendance, puisque l’Île l’est déjà dans les faits. A Pékin en revanche, la réaction taiwanaise a été considérée comme une provocation.


*

En décembre 2016, à peine élu et en pleine transition de la présidence d’Obama, lors d’une interview à Fox News, dans la foulée d’un échange téléphonique avec Tsai Ing-wen, Trump avait commencé à brouiller les lignes convenues tracées en 1972 par Richard Nixon et en 1979 par Jimmy Carter :

« Je comprends parfaitement la politique d’une seule Chine, mais je ne vois pas pourquoi nous devrions y être liés, à moins de conclure un accord avec la Chine portant sur d’autres sujets, notamment le commerce. »

Le 13 janvier 2017, une semaine avant sa prise de pouvoir, il avait prolongé sa pensée iconoclaste, laissant entendre au Wall Street Journal qu’il était prêt à un marchandage avec Pékin « Tout est négociable, y compris la politique d’Une seule Chine  ».

Autrement dit, par ces deux déclarations à 15 jours d’intervalle, d’un échange aventuré loin à l’intérieur du périmètre de la stratégie taiwanaise de Pékin où Taipei n’a pas voix au chapitre, Trump suggérait qu’il ne s’engagerait pas à respecter plus avant la position chinoise, tant que Pékin ne ferait pas des concessions commerciales.

Le 25 juin 2024, cette fois sous la présidence Biden, en pleine campagne pour sa réélection, Trump était allé plus loin dans la provocation, dans une interview à Bloomberg. Après avoir semé le trouble Pékin, il alarmait sérieusement les Taïwanais.

« Je pense que Taïwan devrait nous payer pour sa défense. Pour l’Île, nous ne sommes pas différents d’une compagnie d’assurances (…) [Non seulement], les Taïwanais ne nous donnent rien, mais, en plus ils nous ont pris toute notre industrie des puces,  »

Lai Qing De n’eut pas d’autre choix que se couler dans le sillage de ce discours, en promettant d’augmenter ses dépenses de défense.

Le 15 août 2025, huit mois après le début de son 2e mandat, avouant lui-même qu’il contrevenait aux promesses antérieures de Washington des « six assurances » (1) faites après la reconnaissance de la Chine par Carter en 1979, accompagnant le « Taiwan Relation Act » :

« Xi Jinping m’a dit qu’il n’attaquerait pas l’Île tant que je serai en fonction - Après mes remerciements, il a ajouté que lui et les Chinois étaient très patients. »

On peut conjecturer que les Taïwanais n’ont pas vraiment apprécié cette confidence qui signifiait en substance « après moi le déluge  ».

Le 15 mai 2026, lors de sa visite à Pékin, contrevenant une nouvelle fois et cette fois plus clairement aux « Six assurances », à Fox News, il faisait des ventes d’armes à l’Île un enjeu de marchandage avec Pékin : « Franchement [les ventes d’armes à Taïwan] sont un excellent levier de négociation pour nous ; Je garde cela en attente, et tout dépend de la Chine ».

Puis pour rassurer Pékin « Je ne cherche pas à ce que quelqu’un prenne son indépendance… ». En même temps, incitant la Chine et l’Île à « se calmer  », il rappelait sa crainte d’une escalade militaire « Et, vous savez, on est censés parcourir 9 500 miles pour faire la guerre. Ce n’est pas ce que je cherche. »

Piqué au vif par l’échange qui concernait publiquement le destin de l’Île alors même, qu’ouvertement du moins, il n’avait pas été consulté, Lai Qing De rétorqua que « Taiwan ne serait ni piégée ni vendue comme un enjeu  ».

Cherchant à ramener D.Trump sur le sillon plus traditionnel de la relation de l’Île avec Washington, il a rappelé les fondamentaux de son pouvoir et de sa politique de rupture : « L’Île ne renoncera ni à sa souveraineté ni à son système démocratique sous la pression. » Au passage, il a réitéré un des fondamentaux de la relation avec Washington que les ventes d’armes américaines à Taïwan étaient une promesse du Taïwan Relations Act (1979), toujours en vigueur.

Il n’en reste pas moins que le flottement dans la relation entre Washington et l’Île, résultat du brouillage ambigu des déclarations de D.Trump partagées entre l’obligation statutaire du Taiwan Relations Act de rassurer l’Île et son évidente tendance à séduire Xi Jinping, lui-même fermé à la plus infime nuance concernant Taiwan, a fait surgir la nécessité d’une mise au point de David Perdue, Ambassadeur des États-Unis en Chine.

L’administration américaine corrige le tir.

S’exprimant sur CNBC, le 25 septembre, David Perdue, l’Ambassadeur américain en Chine a réaffirmé le soutien de Washington à Taipei. Au passage, il a aussi rappelé que les Etats-Unis considéraient comme inacceptable que Pékin aide l’Iran de « quelque manière que ce soit - militaire, renseignement ou autres - » dans le conflit au Moyen Orient. Il a aussi insisté pour que la question iranienne ne soit en aucun cas liée aux relations entre La Chine et Taiwan.


*

Le 25 septembre, David Perdue a pris la parole sur CNBC pour réaffirmer, après le Directeur de l’Institut Américain de Taiwan, ambassadeur officieux dans l’Île, Richard Greene, qui en mai 2026 avait déjà dit la même chose, que la stratégie de Washington restait inchangée après les deux sommets entre D. Trump et Xi Jinping de mai et septembre 2026.

Concrètement, les capacités d’auto-défense de l’Île seront maintenues par les ventes d’armes (2). Dans le cadre du statuquo (pas de déclaration d’indépendance, pas d’agression militaire de l’Île), Washington privilégie la dissuasion plutôt que le conflit direct ; Et l’option d’une intervention militaire automatique en soutien de l’Île reste une hypothèse que Washington maintient dans les limites de « l’incertitude stratégique »

Il n’en reste pas moins que depuis le printemps, la Maison Blanche est sous la pression des sénateurs républicains et Démocrates.

Les 8 et 12 mai 2026, plusieurs sénateurs des deux bords ont demandé à l’exécutif de clarifier sa position à l’égard de l’Île et le 30 septembre 26, le sénateur républicain Roger Wicker, président de la Commission des forces armées du Sénat a rappelé à D.Trump l’obligation de respecter les engagements de sécurité du Taiwan Relation Act.

Un analyste ayant pignon sur rue, ancien du système de sécurité s’en mêle.

Il le fait sur un mode alarmiste, mettant en garde contre la probabilité d’une agression chinoise, non pas en 2027, mais en 2028, si les élections aux États-Unis modifiaient la stratégie d’accommodements raisonnables de l’exécutif plutôt favorable à Xi Jinping et surtout si, à Taïwan, le scrutin présidentiel confirmait la mouvance de rupture de Lai Qing De à la tête de l’Île qui ne reconnait pas la « Politique d’une seule Chine  ».

Le 26 septembre, dans Foreign Policy, Jonathan A.Czin, aujourd’hui membre de la Brookings, expert de la politique étrangère de la Chine, co-animateur de la plateforme « China Brief  », ancien de CIA et ancien directeur pour la Chine au Conseil de sécurité nationale de 2021 à 2023, sous Biden, publiait un article à contrecourant de la bienveillance prochinoise de D.Trump.

Il était intitulé « La crise taiwanaise qui vient. Tirons profit de l’accalmie en cours pour nous préparer à la prochaine tempête. »

https://www.foreignaffairs.com/taiwan/coming-taiwan-crisis-china-jonathan-czin

Sa thèse suggère que l’actuelle accalmie des menaces militaires chinoises dans le Détroit venant après les violentes réactions de Pékin à la visite dans l’Île de Nancy Pelosi (Lire https://www.questionchine.net/la-4ieme-crise-de-taiwan-quels-risques-d-escalade ) reflète chez Xi Jinping le soulagement porté par la stratégie de D. Trump.

Mais il ajoute, anticipant le maintien à Taipei du DPP, que « selon toute vraisemblance, Xi sera frustré par le prochain scrutin taïwanais dont l’issue contribuera à crisper la situation plus qu’elle ne l’est actuellement. » (…)

Notes.

1.- Les « Six assurances » données à l’Île par D.Reagan (1982) : 1) Ne pas fixer de date pour la fin des ventes d’armes à Taïwan ; 2) Ne jamais modifier les dispositions du Taïwan Relations Act de 1979 (TRA) ; 3) Ne pas consulter la Chine sur les décisions de vendre des armes à Taïwan ;

4) Ne jamais jouer le rôle de médiateur entre Taipei et Pékin ; 5) Ne pas faire pression sur l’Île pour qu’elle entame des négociations avec la Chine ; 6) Ne pas modifier la position américaine sur la souveraineté de Taïwan, laissant la solution des tensions à la diligence des Taïwanais eux-mêmes.

2.- Situation des ventes d’armes américaines à Taiwan en septembre 2026.

Alors que les livraisons du contrat déjà conclu et approuvé par Trump de 11 Md$ progressent lentement, handicapées notamment par la guerre contre l’Iran et les retards de fabrication - le cas du système anti-aérien Patriot est le plus symptomatique des deux causes de retard -, la dernière fournée de 14 Mds $ est toujours en suspens depuis mai 2026, date du sommet avec Xi, en attente d’un accord de la Maison Blanche.

Vue de Taiwan, s’il est exact que le blocage de D.Trump constitue une nouvelle incertitude augmentant la conscience de l’Île d’avoir à consolider son esprit de défense et élargir son degré d’autonomie, les ventes d’armes ont toujours souffert d’importants retards de livraison.

Selon le Taiwan Security Monitor de George Mason University, en août 2026, environ 29,72 Md$ de ventes américaines déjà notifiées au Congrès n’avaient toujours pas été entièrement livrées. Les retards les plus connus portent à des degrés divers, sur les F-16, les missiles HIMARS, les VTT M 109 A 7, les missiles et torpilles antinavires Harpoon et Mk-48.

En revanche selon les Taïwanais, 109 intercepteurs Patriot PAC-3 MSE de dernière génération sont en cours de livraison, tandis qu’une nouvelle fournée, partie de l’accord de 14 Md$ non approuvé par Trump, est en attente.

++++

2028, année de tous les dangers.

Dans son analyse Jonathan A.Czin imagine qu’au cours de son 4e mandat Xi Jinping pourrait, au soir de sa vie politique être saisi par l’orgueil de rester dans l’histoire comme celui qui aura ramené l’Île dans le giron nationalchinois. Illustration Stephen P. Kelly / Photo Getty Images / AP.


*

Se souvenant de ses responsabilités à la sécurité nationale, Czin met en garde que « les deux années à venir constitueront une période cruciale pour que Washington collabore avec Taipei en vue de se préparer à 2028 qui sera probablement une séquence bien plus agitée dans le détroit de Taïwan.  »

C’est pourquoi, dit-il, « plutôt que de laisser s’accentuer les doutes sur son soutien à Taipei, Washington devrait renforcer ses liens avec l’île, d’autant qu’elle a confirmé ses intentions de partenaire modèle en réorientant son économie vers les États-Unis au détriment de la Chine et en augmentant les investissements dans sa propre défense. »

« Le minimum serait d’approuver le programme de vente d’armes de 14 milliards de dollars en suspens, quitte à fractionner la vente en tranches plus modestes pour éviter d’exacerber les tensions avec Pékin. »

La suite de l’article est une analyse détaillée des options stratégiques s’offrant à Washington et Pékin au milieu des purges infligées par Xi à l’armée chinoise, un des arguments de l’auteur expliquant l’accalmie probable en 2027.

Jonathan A.Czin tient aussi compte des incertitudes de la politique taïwanaise dont la soif de liberté et d’autonomie nationale a récemment été perturbée par l’opportuniste Cheng Li-wun. https://www.questionchine.net/les-enthousiasmes-opportunistes-de-cheng-li-wun-en-question

Homme de l’art, rompu aux analyses de la situation taïwanaise, Czin note que la faconde politique de la rencontre de Cheng avec Xi Jinping en avril dernier ne correspondait pas à son audience réelle dans le pays. Il doute même que Cheng pourrait recevoir l’investiture du KMT en 2028.

Enfin, après une revue des possibles stratégies de pressions mises en œuvre par Xi allant de la coercition commerciale à l’embargo total, en passant par la rupture de tous les canaux de dialogue et les gesticulations militaires, l’auteur aborde la question par la psychologie du nº1 chinois placé face à l’échec de ses choix de brutalité dont les résultats furent exactement inverses de ceux auxquels il s’attendait, après les conciliations de son prédécesseur Hu Jintao,

En dépit des pressions chinoises, au ieu de se rapprocher du Continent, l’Île s’en est éloignée.
Dans un § intitulé « Le moment idéal  » et anticipant que Xi obtiendrait un blanc-seing de l’appareil pour un quatrième mandat, il suggère qu’après 2028, le nº1 reconduit pourrait, à l’approche des 80 ans, devenir plus dangereux, envahi par l’orgueil de marquer à toutes forces l’histoire de l’appareil en étant celui qui aura ramené l’Île dans le giron national.

C’est bien à ce moment, dit Czin que « l’Île aura besoin de toutes ses ressources possibles pour faire face à un Xi vieillissant et potentiellement plus belliqueux.  »

Dans un contexte où Pékin tente de convaincre que le « statuquo est intenable » et que « l’annexion serait inévitable », l’heure n’est plus à l’ambiguïté. Elle est au contraire à la fin des faux semblants et à une coopération sans détours avec l’Île. Devenue un partenaire fiable, elle est dotée, grâce au secteur des microprocesseurs, d’importants atouts d’autonomie et de puissance internationale.

A l’appui de son analyse d’une Île sincèrement tournée vers Washington, Czin note qu’entre 2010 et 2026, la part des investissements taïwanais destinés à la Chine est passée de 80 % à moins de 10%.

Quant au nouveau statut international de l’Île, il rappelle qu’avec une croissance dopée par « son industrie des semi-conducteurs, de classe mondiale, ayant su tirer parti de l’essor de l’intelligence artificielle » elle s’est, « avec une population de seulement 23 millions d’habitants hissée au rang de quatrième partenaire commercial des États-Unis. » (…)

Mieux, « L’Île ne se contente pas d’y écouler ses produits. Ses principales entreprises se sont engagées à investir des centaines de milliards de dollars dans l’économie américaine. » (…) Il ajoute qu’en février 2026, « Taïwan est devenu l’un des premiers pays à conclure un accord commercial avec l’administration Trump et semble sincèrement satisfait de l’issue des négociations  »

Pas tout à fait.

Sur les joutes politiques internes à l’Île suscitées par l’accord commercial avec Washington, notre article https://www.questionchine.net/les-repliques-politiques-internes-de-l-accord-commercial-entre-taipei-et-washington revenait sur les critiques du KMT qui accusait d’avoir quasiment bradé TSMC, le géant taïwanais de la fabrication de semi-conducteurs haut de gamme, en échange de trop maigres contreparties américaines.

La diatribe était symptomatique du hiatus politique interne entre le DDP et le KMT cherchant, à contre-emploi historique, un apaisement avec le Parti communiste chinois alors même que ce dernier exerce sur l’Île un chantage à la guerre.

L’espoir de Xi Jinping, pour l’instant contredit par les faits, est de parvenir, par ses menaces de guerre, à subjuguer le désir de rupture des Taïwanais et à parvenir au retour de l’Ile dans le giron chinois en faisant l’économie d’un affrontement direct avec Washington.

Sortir de l’ambiguïté pour éviter un accident stratégique.

Alors qu’objectivement les atermoiements de D.Trump jouent la même partition que le Parti communiste chinois en diffusant dans l’Île un sentiment d’incertitude mêlé d’angoisse, Jonathan A.Czin, préconise de sortir rapidement des ambiguïtés sources de malentendus à Pékin.

Au pire, les quiproquos pourraient pousser Xi Jinping arrivé au bout de sa course politique, à franchir le pas d’une escalade militaire. Précisément ce qu’à Taipei les tenants d’un apaisement sans condition avec Pékin croient pouvoir éviter.

L’avenir proche validera ou non les analyses de Jonathan A.Czin. En particulier, les élections présidentielles de 2028 à Taïwan et aux États-Unis, avec l’entrée en fonction du nouveau locataire de la Maison Blanche le 20 janvier 2029 seront déterminantes.

Un nouveau Président américain peu porté aux « accommodements avec la Chine  » ramènerait le Parti à Pékin à moins de patience sereine ;

De même à Taïwan, une confirmation au pouvoir du DPP en place depuis 2016, portant le refus de reconnaître la « Politique d’une seule Chine  » et dont le nouveau président entrera en fonction dans l’Île le 20 mai 2028, tuerait dans l’œuf l’optimisme de Xi Jinping animé par l’espoir d’annexer l’Île en douceur.

Au milieu des hypothèses de Czin, enveloppées dans l’incertitude, on se réfèrera aux réalités des nombreux sondages de l’opinion des Taïwanais.

L’opinion progresse vers la rupture avec le Continent et le renforcement de l’identité taïwanaise.

Depuis le milieu des années 90 la tendance constante des sondages montre une affirmation de l’identité taiwanaise et un affaiblissement de l’idée d’appartenance à la Chine.

Commentant les dernières évolutions sur le blocage par D.Trump des ventes d’armes à l’Île après sa visite à Pékin en mai, Francois Wu, ministre des Affaires étrangères taiwanais, a considéré que « maintenir la capacité de l’Île de se défendre afin d’éviter la tutelle chinoise pour que soit protégée son industrie des semi-conducteurs est dans l’intérêt direct des États-Unis. »


*

La dernière enquête effectuée du 31 août au 6 septembre dernier par le Centre d’enquête d’opinions de « United Daily News 聯合報系民意調查中心 révèle que 56 % des sondés constatent les tensions dans le Détroit et qu’une proportion semblable n’est pas satisfaite de la manière dont Lai Qing De les gère.

Plus de 60 % étaient en faveur de plus de relations avec la Chine, tandis que 47 % croyaient que l’Amérique interviendrait en cas de conflit quand 43 % n’y croyaient pas.

Un autre sondage effectué à la mi-août par le Centre d’études d’opinions de l’Université Nationale de Chengchi, révélait que 81,2 % des personnes interrogées s’opposaient à la proposition de la RPC d’instaurer le principe « un pays, deux systèmes  », tandis que 68,9 % étaient favorables au maintien du statu quo et au rejet de l’unification avec le PCC.

En mettant en perspective l’évolution de l’opinion au cours des dix à vingt dernières années, analysée par l’Université Nationale de Chengchi, coïncidant en partie avec la gouvernance de Xi Jinping, le constat n’est pas seulement un glissement vers une préférence pour la rupture.

Il révèle aussi une évolution vers un renforcement de l’identité taïwanaise, un net recul de l’identification á la Chine et, stable dans tous les sondages, même s’il s’agit d’un non-sens stratégique, une préférence persistante pour le maintien du statuquo supérieure à 55 %.

L’évolution la plus marquée concerne le sentiment d’identité taïwanaise. Entre 1992 et 2022, il est passé de 17,6 % à 63,7 %. Par contraste l’identification à la Chine s’est effondrée de 25,4% à 2,4 %.

Elle est cohérente avec le dernier sondage publié le 6 septembre où il apparait que seulement 4% des sondés étaient en faveur d’une « unification dès que possible. » et seulement 7% « à terme ». Globalement 32 % des sondés privilégient une indépendance à terme, contre seulement 11 % qui sont en faveur d’un rattachement à la Chine.

 

 

« L’Asie des mers » entre Fernand Braudel et les « Nouvelles routes de la soie. »

[11 août 2026] • François Danjou

Taiwan. Les risques d’une « stratégie oblique »

[5 mai 2026] • Jean-Paul Yacine

De Shang Yang à Xi Jinping, l’illusion de la rationalité « Légiste » par Romain Graziani

[12 novembre 2025] • François Danjou

Un parti sans état d’âme, d’abord préoccupé de sa survie

[20 septembre 2025] • François Danjou

Taïwan : Le nucléaire civil solution au talon d’Achille énergétique

[1er août 2025] • Jean-Paul Yacine