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›› Technologies - Energie

L’intelligence artificielle. Enjeu de compétition mondiale. Contraste des approches culturelles entre la Chine et les États-Unis

Accompagnant le spectaculaire engouement des Chinois pour les nouvelles technologies, la chine de Xi Jinping a placé sa modernisation et le développement général de la société à venir sous le signe de l’AI +. Les objectifs fixés prévoient l’ Intégration de l’IA à 70% en 2027 et à 90% en 2030. Six secteurs clés ont été définis : 1) Science et technologie - R&D - ; 2) Industrie - Fabrication automatisée - ; 3) Consommation - smartphones, ordinateurs, voitures intelligentes - ; 4) Éducation et bien-être - dont l’aide aux personnes âgées et la santé - ; 5) Gouvernance - Services publics, gestion urbaine, transports - ; 6) Coopération internationale - Aide au développement de l’IA dans le « Sud Global » et participation à la règlementation globale de l’IA avec l’ONU pour promouvoir la vison chinoise de la règlementation de l’IA.

En juillet 2026, 29 pays ont signé l’accord établissant la World Artificial Intelligence Coopération Organization (WAICO), dont le siège est à Shanghai. (Lire https://www.questionchine.net/xi-jinping-a-la-conference-mondiale-sur-l-ia-a-shanghai ) Photo Adobe stock


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A la mi-septembre, sur CNN, John Liu, Taïwanais de naissance, ancien du New-York Times, explorait le contraste entre les visions comparées de l’Intelligence Artificielle par les Chinois et les Américains.

D’emblée il posait la différence d’approche entre la défiance occidentale et l’enthousiasme serein des Chinois. « Contrairement aux États-Unis, personne en Chine ne semble s’inquiéter ouvertement de la perspective d’une destruction imminente de l’humanité par l’intelligence artificielle.  »

L’idée maîtresse de l’article renvoyait d’abord à un calcul pragmatique des bénéfices de l’IA, dépassant, selon les Chinois, largement les risques ; ensuite au rapport de soumission politique de la population au pouvoir.

Pour Lian Jye Su, originaire de Singapour, analyste en chef au sein du cabinet d’études technologiques Omdia, basé au Royaume Uni et lui-même formé à Melbourne et Singapour : « En Chine, le public a une très grande confiance dans le fait que, si la situation devait vraiment dégénérer, le gouvernement interviendrait. »

Traduisons : «  L’appareil rompu à l’étroite surveillance de sa population dispose aussi des outils technologiques pour tuer dans l’œuf une embardée incontrôlée de l’IA  ». Ce qui ne signifie pas que l’État chinois serait moins soucieux des risques posés par l’IA. Mais son angle d’approche pragmatique se préoccupe plus des intérêts du pays que de philosophie éthique individuelle.

L’enthousiasme des Chinois pour l’IA.

Les USA sont de loin le premier investisseur dans le secteur de l’IA, mais l’appétit du public américain pour les nouvelles technologies est très inferieur à celui des Chinois. Alors que 80% des Chinois disent utiliser l’IA au moins une fois par semaine, ils ne sont que 54 % aux États-Unis


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Le contexte spectaculaire est l’irrépressible engouement des Chinois pour les nouvelles technologies, avec plus d’un milliard d’internautes, la généralisation du paiement par téléphone portable, même pour les aumônes aux mendiants, la banalisation de la 5G, les achats en ligne et, depuis peu, l’explosion du nombre de terminaux « d’Internet des objets (signe anglo-saxon IoT - Internet of Things - ) » estimée à 2,8 milliards qui automatisent les tâches domestiques, surveillent et optimisent les équipements, régulent la consommation d’énergie, détectent les pannes etc.

Selon McKinsey World, en 2020, la Chine à elle seule, concentrait 31 à 32 % des appareils IoT installés dans le monde. La statistique recoupe celle - 30% - de la China Academy of Information and Communications Technology citée par le Centre de recherche allemand MERICS spécialisé sur la Chine.

Une enquête de Morgan Stanley publiée le 14 septembre révélait que 80 % des personnes interrogées en Chine utilisaient l’IA au moins une fois par semaine, un chiffre bien supérieur aux 54 % enregistrés aux États-Unis et aux 31 % en France.

Dans un sondage réalisé plus tôt cette année par le cabinet d’études Ipsos, 83 % des répondants chinois jugeaient enthousiasmants les produits ou services fondés sur l’IA, contre seulement 33 % aux États-Unis. Parallèlement, confirmant l’appréciation de Lian Jye Su, une autre enquête menée par le cabinet de conseil Edelman révélait que 86 % des personnes interrogées en Chine disaient faire confiance à leur gouvernement pour agir dans le bon sens, contre à peine 39 % aux États-Unis.

Tout en restant prudent face aux généralisations trop rapides, force est de constater qu’il existe probablement un concours de circonstances historiques et d’arrière-plans culturels favorisant l’enthousiasme des Chinois pour les nouvelles technologies.

On citera la valorisation de l’apprentissage et de la réussite scolaire ; la longue culture de la modernisation de l’après-Mao, condition du progrès et de la prospérité ; l’esprit de compétition entrepreneuriale, terreau de l’exigence de rapidité, d’efficacité et d’inventivité, principaux atouts reconnus de l’IA qui croisent opportunément le pragmatisme des hommes d’affaires soucieux de performances, de productivité et de gain de temps.

Dans ce contexte, qui privilégie l’utile, l’efficacité et la puissance, les questions éthiques ou existentielles des Occidentaux liés au risque d’effacement des humains ne sont pas totalement absentes des réflexions chinoises, mais elles ont moins cours.

« Cette technologie a été créée pour servir l’humanité  », dit Xu Jingyuan, 22 ans, étudiant en commerce à Pékin. « Nous ne devrions pas la voir comme une source de crainte, mais comme un moyen d’améliorer notre quotidien. »

Shi Hongchao, 51 ans, originaire de la province du Liaoning, dans le nord-est de la Chine est sur la même ligne « Tous ceux que je connais disent que l’IA a déjà imprégné tous les aspects de notre vie (..) Tout le monde en parle ou a déjà commencé à l’utiliser. À ce stade, le mouvement semble presque inarrêtable.  »

Mais les enthousiasmes ne disent pas tout. Plutôt que de passer par des débats publics ou des lettres ouvertes sur les risques liés à la sécurité de l’IA, en Chine, une grande partie des réflexions sur le sujet a lieu en coulisse. Les consignes diffusées par l’appareil omniprésent imposent aux usagers - individus, structures officielles et entreprises - de se conformer aux normes techniques de sécurité et de contrôle.

Mise en garde politique chinoise.

En septembre 2026, Chen Yixin, ministre de la sécurité d’État depuis 2022,mettait en garde contre les risques posés par l’IA à la stabilité de la société chinoise. (Photo d’archives de Xinhua.)


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L’appel à la vigilance vient du sommet de l’État.

Dans le nº de septembre du magazine «  Cyberspace - 中国网信 - » Chen Yixin 陈一新, 67 ans, ministre de la sécurité d’État, publiait un article intitulé « Construire 全面筑牢 une barrière de sécurité sans faille 屏障 pour promouvoir un développement sain et ordonné 健康有序发展 de l’Intelligence Artificielle 人工智能. »

Il y examinait les risques de sécurité associés à l’IA, non pas du point de vue occidental de la place et du rôle des humains, mais de celui des responsables Chinois soucieux des fuites de données confidentielles, notamment militaires, des cyberattaques et de leurs effets sur la cohésion de la société chinoise.

Après avoir, parmi les sujets de préoccupation, évoqué les risques et les obstacles liés aux « pratiques monopolistiques de certains pays  » (1), allusion manifeste aux États-Unis et à leurs contrôles à l’exportation des microprocesseurs et des logiciels de pointe, le Ministre avertissait qu’en Chine même, l’IA, en plus de permettre comme ailleurs des intrusions malveillantes de cyber-attaques, pourrait, si elle était mal contrôlée, déstabiliser la société et menacer la sécurité politique du pays.

Le rappel du ministre vient une année après les règles d’encadrement de l’IA entrée en vigueur en septembre 2025, obligeant les services et les entreprises à signaler sous peine de sanctions par étiquetage visible tous les contenus (textes, vidéos, commentaires vocaux) générés par l’IA.

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Au total, l’article explore le domaine rarement évoqué du rapport du pouvoir politique chinois avec l’IA sous l’angle de ses relations avec la société et de contrôle politique qu’il n’a jamais eu l’intention d’abandonner.

Cette ancienne préoccupation de la sécurité d’État, toujours sous-jacente, tranche avec le discours officiel qui, prenant le contrepied des contrôles américains à l’export dont la Chine est victime, prône « l’Open source  » et l’accès ouvert aux modèles, aux codes et aux logiciels, autorisant - sous certaines conditions - leur modification et leur redistribution. (2)

A travers cette analyse explorant à la fois le dynamisme des Chinois et l’exigence de Pékin de maintenir un contrôle politique, on perçoit clairement que l’Intelligence Artificielle et ses modèles sont devenus des leviers d’influence stratégique que Washington et Pékin - avec un certain retard souligné par Liang Wenfeng, le fondateur de DeepSeek - mettent en œuvre pour rallier leurs partenaires et alliés.

Notes

1.- En juillet, lors d’une conférence téléphonique avec des investisseurs dont le contenu a fuité, Liang Wenfeng, fondateur de DeepSeek, a déclaré que le principal écart entre les laboratoires chinois et américains résidait dans l’accès aux processeurs d’IA les plus performants (indispensables à l’entraînement des modèles de l’IA générative ), entravé par les restrictions américaines, ainsi que par des investissements en capital nettement plus faibles en Chine qu’aux États-Unis.

2.- Le cas de Liang Wenfeng créateur de DeepSeek est intéressant (Lire : https://www.questionchine.net/la-bourrasque-mondiale-de-deepseek-la-version-chinoise-lowcost-de-chat-gpt ). Auteur d’une percée chinoise spectaculaire à moindre coût, il est avéré qu’il a bénéficié d’une accumulation de recherche ouverte avant d’améliorer son modèle par ses propres innovations.

 

 

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