Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Technologies - Energie

Progrès de la CASC dans la réutilisation de l’étage moteur d’une Longue Marche 10B

la plateforme flottante «  Linghangzhe 领航者 - navigateur- » et sa structure métallique d’accueil avec filet en acier de l’étage moteur de la fusee Longue Marche 10B.


*

Après plusieurs essais infructueux China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) a, le 10 juillet dernier, par une publication sur les réseaux sociaux, fait état d’un essai réussi de récupération du premier étage d’une fusée Longue Marche 10 B, lanceur lourd conçu pour les missions lunaires, sur la plateforme flottante « Linghangzhe 领航者 - navigateur- », positionnée à 220 nautiques au large de Hainan.

Pour la CASC « La mission […] marque une avancée historique pour la technologie chinoise de fusées réutilisables et constitue une base solide pour accélérer l’amélioration des capacités d’accès à l’espace de la Chine ». A la différence du système avec pieds d’atterrissage utilisé par Space X pour des récupérations à terre, le procédé utilisé par la CASC comportait un cadre métallique flottant de 36 m de haut, enserrant un filet en acier.

Le succès a, rapproché la Chine des capacités des entreprises américaines maîtrisant la technique des fusées réutilisables considérée comme essentielle tant pour l’exploration et les voyages spatiaux que pour le déploiement d’infrastructures satellitaires critiques.

Selon les ingénieurs de la CASC, le système de récupération par un filet géant permet de réduire de 2 tonnes le poids de la fusée en l’allégeant de son système d’atterrissage par pieds rétractables ; Par sa souplesse qui agit comme un amortisseur, il réduit les secousses d’une récupération terrestre ; Notamment la brutalité du choc d’atterrissage qui, sur SPACE X , oblige à renforcer la structure du 1er étage abritant le réservoir.

La fusée Longue Marche 10B à deux étages, haute de 63 m pour une masse au décollage de 750 tonnes, dont 16 tonnes de charge, avait été lancée le 10 juillet depuis le site de Wenchang sur l’île de Hainan, pour la mise en orbite basse d’un satellite.

Environ six minutes après la séparation du premier étage, ce dernier a été récupéré par le filet de la plateforme flottante.

L’expérience réussie laisse entendre que la Chine pourrait être en mesure de contester la domination américaine dans le domaine des fusées réutilisables, après les atterrissages réussis réalisés par SpaceX (fondée par Elon Musk) et Blue Origin (propriété de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon).

La réutilisation des propulseurs — considérés comme la partie la plus précieuse d’une fusée — permet de réduire considérablement les coûts liés au lancement de satellites et à l’exploration spatiale.

L’épisode permet de revenir sur les différences politiques structurelles de l’organisation et du financement aux Etats-Unis et en Chine de leur rivalité spatiale dont il est aujourd’hui de plus en plus clair qu’elle recèle un important volet militaire.

(((Point sur la rivalité Chine-États-Unis et les différences structurelles.)))

Maquettes de lanceurs spatiaux et de moteurs à l’usine de LandSpace. Pour la première fois de leur histoire, des entreprises chinoises pourraient réussir à récupérer le premier étage d’une fusée, ouvrant ainsi un vaste champ de possibilités. LandSpace Technology est une entreprise aérospatiale de premier plan basée à Pékin et le principal concurrent chinois de SpaceX.

Fondée en 2015, elle a marqué l’histoire en juillet 2023 en lançant la Zhuque-2, la première fusée au monde propulsée par un mélange méthane-oxygène liquide et à réussir la mise en orbite d’une charge utile.

LandSpace développe actuellement la Zhuque-3, une fusée réutilisable de nouvelle génération, et vise une introduction en bourse d’un montant de 1,07 milliard de dollars sur le marché STAR de la Bourse de Shanghai.PHOTO REUTERS


*

Le volet commercial du consortium chinois de conquête de l’espace soutenu par l’État est une alliance regroupant 271 membres et couvrant les domaines du lancement, de la fabrication de satellites, des réseaux au sol et des services financiers.

Le groupement soutient les entreprises privées en les intégrant aux projets spatiaux nationaux, en leur donnant accès à des technologies et à des installations d’essai financées par l’État, et en leur ouvrant le chemin vers des chaînes d’approvisionnement à faible coût soutenues par l’État.

Lancé par l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) 国家航天局 et étroitement supervisé la SASTIND, l’Administration d’État pour la Science, la Technologie et l’Industrie de la Défense nationale国家国防科技工业局 ce consortium a été créé pour accélérer le développement du secteur aérospatial commercial chinois et consolider les objectifs spatiaux nationaux plus larges du pays, y compris en matière de défense.

Dans plusieurs domaines clés, l’’État soutient les acteurs privés, dont la nature est hybride. Soutenues par la puissance publique, via des infrastructures, des transferts de technologie et des facilités financières, ces entreprises fonctionnent sur un modèle de marché commercial dont l’État utilise l’impitoyable compétitivité pour sélectionner ses champions.

A ce stade, la jungle de cette compétition recèle plus de 600 entreprises développant des lanceurs et des constellations de satellites.

Parmi les plus dynamiques et reconnues, on citera :

LandSpace (蓝箭航天) : Concepteur de lanceurs. C’est cette société qui a développé et mis en orbite pour la première fois au monde une fusée utilisant du méthane liquide et de l’oxygène liquide (le lanceur ZQ-2).

Galactic Energy (星河动力) : Se spécialise dans les lanceurs légers. Elle a connu plusieurs succès en orbite avec sa fusée à propergol solide CERES-1 et développe des lanceurs réutilisables.

Orienspace (东方空间) : Connue pour avoir développé le plus grand lanceur à propergol solide commercial chinois, Gravity-1, offrant des capacités de lancement importantes pour les petits et moyens satellites.

PIESAT (航天宏图) : Un acteur majeur du secteur aval, spécialisé dans le traitement des données géospatiales et le développement de constellations d’observation de la Terre.

Spacety (天仪研究院) : Pionnier dans la conception, la fabrication et le lancement de petits satellites pour l’imagerie et les données scientifiques.

A ce sujet lire notre article de septembre 2018 qui décrivait les premiers pas des entreprises dans l’espace. https://www.questionchine.net/premiers-pas-hesitants-des-compagnies-privees-dans-l-espace & celui de juin 2024, faisant le point des projets chinois sur la lune : https://www.questionchine.net/spectaculaire-dynamisme-spatial

Par cette structure concentrée autour de l’État central, le modèle chinois commence à rivaliser avec les avancées des projets américains appuyés par un secteur privé performant dont l’exemple est Space X.

Articulés à la coalition internationale ARTEMIS dont le but est de renvoyer des humains sur la lune sur un mode d’exploration et d’installation durable, les projets de la NASA prévoient une première mission humaine lunaire d’ici 2028.

Quant à la Chine qui dispose de la station spatiale indépendante Tiangong, (Lire https://www.questionchine.net/tian-gong-la-revanche-celeste-de-la-chine ) tout autant intéressée par le volet militaire de ses entreprises spatiales, elle prévoit d’installer une base pérenne sur la lune d’ici 2030.

La rivalité et l’importance que Washington et Pékin accordent au secteur s’expriment aussi par la dimension des budgets qu’ils y consacrent. Pour l’instant et sous réserve de vérification des chiffres officiels chinois, ce son les États-Unis qui tiennent la corde, avec 70 à 80 milliards de $, contre seulement 20 milliards de $ pour la Chine.

Le budget annuel américain se décompose en 24,4 milliards de $ pour la NASA et 36 à 40 milliards pour sa part militaire abondée par le Pentagone. Enfin, on notera que le seul budget de la NASA est près de 3 fois supérieur à celui de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), à seulement 7,7 milliards d’euros par an.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

La modernisation tous azimuts par « l’Intelligence Artificielle incarnée ». Le défi de rattrapage de puissance de Xi Jinping et la mise en garde de Léon XIV

Le défi chinois de l’énergie. Une stratégie à long terme. La rémanence du charbon et l’espoir de la fusion nucléaire

Au milieu des tensions, une irrésistible modernisation à marche forcée tous azimuts

Retour sur terre des astronautes de Shenzhou 20. Une preuve de maîtrise opérationnelle

L’innovation, les défis de l’IA et de la robotique