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Politique « d’Une seule Chine » et crispation de Manille. En Indo-Pacifique cristallisation d’une défiance antichinoise
Du 26 au 29 mai, le Japon a réservé un accueil d’une hospitalité exceptionnelle au président philippin Ferdinand Marcos Jr. Ici avec L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako, au Palais impérial de Tokyo, lors d’une cérémonie d’accueil officielle, avec audience d’État et banquet. Photo Associated Press.
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Lorsque le 15 septembre dernier, 林佳龍, Lin Chia-lung le ministre taïwanais des AE a publiquement confirmé que les préparatifs étaient en cours pour ouvrir à Cebu - entre Mindanao et Luçon - un deuxième bureau de représentation de l’Île, Pékin a vivement réagi par la voix du porte-parole Guo Jiakun.
« Les Philippines doivent respecter le principe d’une seule Chine par des actions concrètes et s’abstenir de toute initiative susceptible de nuire aux relations avec la Chine. » La mise en garde recelait la menace de représailles commerciales exercées contre les relations d’import-export des Philippines avec la Chine.
En filigrane le message laissait percer la crainte que l’élargissement de l’empreinte taïwanaise hors de l’Île augmente sa capacité d’autonomie et son statut international échappant à celui de territoire chinois soumis à l’autorité de Pekin. .
L’inquiétude a justifié une mise au point explicite de Guo : « Peu importe la manière dont les autorités du Parti démocrate progressiste (PDP) s’acoquinent avec des forces extérieures ou la forme sous laquelle elles cherchent à obtenir de prétendues « percées diplomatiques », leurs efforts visant à servir l’objectif d’une « indépendance de Taïwan » sont voués à l’échec. »
Sur le fond surgissait aussi une nuance d’autonomie dans l’application par Manille de la « politique d’une seule Chine ». Après l’algarade chinoise à Taipei, le secrétaire à la Défense des Philippines, Gilberto Teodoro Jr. avait en effet tenu à préciser « C’est nous qui définissons la politique d’une seule Chine. Pas eux. »
En arrière-plan apparaissait une subtile corrélation avec la pensée du président taiwanais Lai Qing De.
Alors que, dans son discours du « Double Dix », Lai affirmait son attachement au statuquo - pas de déclaration d’indépendance, pas de réunification -, il n’en a pas moins plaidé pour la dignité souveraine de l’Île capable de prendre ses distances avec la rigide intransigeance de la « politique d’une seule Chine » que, contrairement au KMT, lui et le DPP ne reconnaissent pas.
Certes Manille ne réfute pas la « politique d’une seule Chine ».
Mais, notamment dans l’appareil de défense, l’exigence inflexible de Pékin et ses mises en garde sont d’autant plus sensibles et répulsives que le pays est au cœur de la controverse déclenchée par la revendication souveraine chinoise sur la plus grande partie de la mer de Chine du sud grande comme la Méditerranée, exprimée par sa « ligne en 11 traits » tracée par Tchang Kai-Chek en 1947, devenue « ligne en 9 traits » en 1953.
Les dates et les lieux des échauffements souverains entre Manille et Pékin sont connus.
Chronique des tensions entre Manille et Pékin.
Le 18 septembre 2026, un navire des garde-côtes chinois est entré en collision avec le Datu Magat Salamat, un bâtiment du Bureau des pêches et des ressources aquatiques (BFAR) des Philippines. Selon les garde-côtes philippins, l’incident s’est produit à environ 54 milles marins (100 km) au large de Palawan, dans la mer de Chine méridionale alors que le navire philippin acheminait du carburant destiné à des pêcheurs philippins. La collision a endommagé le flanc tribord du navire. Philippine News Agency
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Correspondant à la spectaculaire montée en puissance de la Chine en Asie Pacifique, ils se sont cristallisés autour de minuscules îlots, en réalité à peine plus que des haut-fond. Situés dans la zone économique exclusive de l’archipel, ils sont au fil du temps devenus pour les Philippins de très sensibles symboles nationalistes. Naturellement leurs émotions ont accompagné la bascule de Manille dans le camp des pays hostiles à la Chine.
En 1995, par une stratégie de présence continue qui tira profit de la faible implantation philippine, Pékin prenait le contrôle du récif des Mischiefs au cœur des Spratleys, également revendiqués par le Vietnam et situé à 130 nautiques des côtes de Palawan.
En juillet 2010, Yang Jiechi, 杨洁篪 ministre des Affaires étrangères de l’époque, aujourd’hui âgé de 76 ans, ancien membre du Comité Central et du Bureau Politique, avait, lors d’une réunion de l’ASEAN Régional Forum (ARF) à Hanoi, exprimé, en regardant dans les yeux le délégué de Singapour une pesante condescendance à l’égard des autres membres du forum. « La Chine est un grand pays et les autres sont de petits pays, c’est tout simplement un fait. » Manille n’a pas oublié cette arrogante désinvolture publique.
En 2012, la trace impérialiste chinoise élargie au récif en forme d’atoll de Scarborough, à 120 nautiques de Luçon, était allée jusqu’à limiter l’accès de la zone aux pécheurs philippins.
En juillet 2016, Pékin rejetait l’arbitrage du tribunal international de La Hayequi ne reconnaissait pas le fondement juridique de la « ligne en 9 traits », dont le tracé contrevient, disait l’arbitrage, à la Convention sur le droit de la mer de 1982.
La réfutation chinoise se réclame toujours d’un droit souverain historique datant à la fois de la présence dans la zone des marins et marchands depuis la dynastie Song (960-1279), et des déclarations du Caire et de Potsdam (1943 et 1945) qui avaient attribué à la Chine les possessions du Japon après sa défaite.
Enfin, face pragmatique et intéressée des revendications chinoises, la richesse en hydrocarbures du haut-fond de Reed (https://www.questionchine.net/mer-de-chine-du-sud-la-carte-sauvage-des-hydrocarbures-le-dilemme-de-duterte.) , au Nord-est des Spratly et à 85 Nautiques à l’Ouest des côtes de Palawan, dans une partie de la ZEE (1) des Philippines réclamée par Pékin, constitue une des motivations les plus concrètes des intimidations exercées par la Chine dans la zone.
Autrement dit, les harcèlements territoriaux chinois exercés à l’égard des Philippines nourrissent mécaniquement un subtil réajustement de la politique d’une seule Chine de Manille et un développement des liens avec Taiwan concrétisés par l’ouverture d’un deuxième bureau de représentation de l’Île. Vu de Manille l’initiative se justifie par le fait que plus de 190 000 Philippins expatriés travaillent à Taïwan.
Washington, Manille, Tokyo, Canberra. Cristallisation d’une défiance anti-chinoise
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La cession gratuite aux Philippines par le Japon de 5 destroyers de la classe Abukuma retirés du service est un geste inédit à forte portée symbolique. Expression d’un étroit rapprochement stratégique, le geste s’inscrit dans un contexte général de défiance à la Chine et témoigne de la volonté de Tokyo d’augmenter son poids stratégique dans la région au-delà des coopérations économiques.
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Pour Ray Powell, directeur du projet de transparence maritime « SeaLight » à l’université Stanford, « L’agressivité chinoise en mer des Philippines, est un élément essentiel du défi lancé à Pékin par Manille, moins enclin aux mêmes déférences à la Chine que d’autres pays asiatiques. »
[NDLR La Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Malaisie se sont en juillet et août 2026 successivement pliées aux exigences souveraines de Pékin à l’égard de Taiwan. La première en fermant son bureau de représentation de l’Île, la deuxième par la voix du Premier Ministre Ibrahim Anwar, qui, interrogé par Al Jazeera, a déclaré en substance que, pour lui, Taiwan appartenait sans discussion possible à la Chine.]
Powell ajoutait que la « tendance à la soumission à la Chine des petits pays a conduit Pékin à anticiper à ce que ses méthodes coercitives finiraient toujours par obtenir la docilité des contestataires. Pour l’instant, du moins, avec les Philippines, la stratégie de pression a échoué. »
Plus encore, les pressions de la Chine pour imposer sa souveraineté sur les ilots situés dans la ZEE des Philippines a transformé Manille en un des pôles asiatiques de résistance à la Chine avec les États-Unis, l’Australie et le Japon.
Depuis 2022, adoptant une attitude inverse de celle de Rodrigo Duterte, Ferdinand Marcos Jr a renforcé son alliance avec Washington et conforté la présence sur l’archipel de 9 bases militaires américaines.
Le 7 août 2026, les ministres de la Défense des Philippines et de l’Australie se sont rencontrés à Darwin pour explorer les perspectives d’un nouvel accord de défense destiné à faciliter les activités militaires conjointes.
Alors que les deux, l’œil fixé sur la menace chinoise, avaient déjà conclu un partenariat stratégique en 2023, les dispositions d’un accord renforcé restent à finaliser.
Mais c’est avec le Japon que Manille a celé un pacte inédit. Le 26 mai dernier 2026, lors de sa visite à Tokyo F.Marcos Jr, a conclu avec la Première ministre Sanae Takaichi un partenariat stratégique dont les termes dépassent de loin ceux des habituels partenariats dont la teneur est souvent plus diplomatique que stratégique.
D’une ampleur sans précèdent, il comprend le partage d’informations classifiées, un accord de soutien logistique naval réciproque, un calendrier d’exercices navals conjoints dont la participation de la marine philippine à l’exercice américano-japonais Keen Sword 27 en octobre 2026, et surtout le transfert gratuit d’ici trois ans de 5 destroyers d’escorte japonais de la classe Abukuma retirés du service.
Le geste du Japon dont la signification symbolique n’a pas de précédents au milieu des tensions de souveraineté entre Pékin et Manille dans la ZEE des Philippines, transfèrera sans frais à la marine philippine cinq bâtiments de combat de 2550 tonnes à pleine charge.
Capables d’évoluer à 27 nœuds, ils sont dotés d’un armement important. Il comporte une artillerie classique (canons de 76 mm à tir rapide), des canons rotatifs Phalanx de 20 mm contre les missiles antinavires ; un dispositif de lutte antinavires (8 missiles Harpoon) et un dispositif complet de lutte anti-sous-marine comprenant un sonar de coque, un système ASROC doté de 8 tubes lance-missiles et de deux affuts triples lance-torpilles de 324 mm.
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Au total, alors que viennent de se croiser aux Philippines, d’une part la rigidité inflexible de la politique « d’une seule Chine » imposée par Pékin à propos de Taiwan dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle indispose Manille ;
Et d’autre part les incessants harcèlements des anciennes revendications chinoises de souveraineté en Mer de Chine du Sud, objets des différends récurrents avec Manille, le paysage stratégique de l’Indopacifique se cristallise autour d’un pôle de défiance stratégique à la Chine, regroupant Washington, Manille, Tokyo et Canberra.
La dynamique de cohésion du groupe se renforce en partie par le biais des Philippines en quête de solidarités face à la longue succession de harcèlements chinois dans sa ZEE.
En dehors du fond de tableau de la rivalité systémique entre les États-Unis et la Chine, dont le point focal explosif est Taiwan, la nouvelle évolution la plus notable est le rapprochement stratégique entre Manille et Tokyo dont les deux dirigeants F. Marcos Jr et Sanae Takaichi ont le point commun d’être très proches de Washington.
Profondément défiants à l’égard de l’influence chinoise, les deux construisent leur stratégie de sécurité autour du pilier militaire américain.
Face à ces évolutions en partie provoquées par l’élargissement de son influence articulée à des pressions contre Taiwan, en mer de Chine du sud et autour de l’océan indien et de ses accès (Port de Gwadar au Pakistan avec accès direct à la mer d’Arabie, Sri Lanka, Maldives, canal du Mozambique), Pékin dénonce une stratégie d’encerclement destinée à freiner sa montée en puissance.
Sa riposte consiste à rechercher des dialogues bilatéraux avec chacun des pôles des alliances antichinoises en s’insinuant dans les failles de leur cohésion dont les plus importantes, hormis l’absence de structures militaires intégrées et les inconnues de la stratégie américaine, sont les intérêts économiques et commerciaux de chacun d’entre eux avec la Chine.
Note.
1.- La règlementation des ZEE est longue, riche, technique et complexe. Pour aller dans le détail, La dernière règlementation date de la Convention des NU pour le droit de la mer de 1982 (UNCLOS III) dite de Montego Bay, effective depuis 1994, après 60 ratifications initiales devenues 172 en 2026.
L’essentiel est que les ZEE larges de 200 nautiques (depuis les lignes de base de la côte) ne sont pas, contrairement aux eaux territoriales larges de 12 nautiques, le prolongement du territoire national.
Les points clés sont les suivants :
1) L’État côtier y exerce des droits souverains prioritaires (recherche scientifique marine, exploration, exploitation, gestion des ressources, installations artificielles, autorisations de pêche et protection du milieu marin).
2) Mais les navires étrangers y possèdent sans autorisation préalable, des droits de « passage innocent ou inoffensif » la liberté de survol et sous réserve de prévenir l’État côtier, le droit de poser des câbles et des pipe-lines sous-marins. Ils ont aussi le droit d’exploiter des ressources, mais ne peuvent le faire sans autorisation formelle préalable de l’État côtier.
A noter un point qui fait débat. Le Sénat des États-Unis n’a pas ratifié la Convention mais Washington l’applique dans ses grandes lignes quand elle recoupe le droit international coutumier.
La Chine l’a ratifiée, mais, en 2006, elle a déposé auprès du SG des NU une déclaration de « dénonciation » fondée sur l’Art 298, section 2, partie XV qui lui permet de s’exonérer des rigueurs de la Convention pour les questions de frontières maritimes (notamment leurs origines historiques), de patrouilles de sa police maritime ou celles liées à ses activités militaires.
Au passage, cette libéralité de la Convention autorisant Pékin à se dégager en toute bonne foi des principales causes de frictions avec les riverains de la mer de Chine du Sud, est, selon nombre d’analystes, un des raisons justifiant les réticences du Sénat des États-Unis.
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