›› Editorial
Dissonances et ambiguïtés.
Le 14 mai, le président chinois Xi Jinping accueillait Donald Trump à son arrivée à Zhongnanhai, résidence privée et opaque des hauts dirigeants chinois depuis 1949. La porte d’entrée porte en lettres géantes la calligraphie de Mao 为 人民 服务 pour servir le Peuple. La résidence est située à 500 m a vol d’oiseau du mausolée où est toujours exposée sa dépouille embaumée. (Xinhua/Yan Yan)
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Le 14 mai, le jour même du départ de Trump dans un Pékin noyé dans la brume de Chine du nord et vidé de sa population, après un thé privé organisé par Xi en majesté dans la « nouvelle cité interdite » de Zhongnanhai, résidence opaque des dirigeants chinois depuis 1949 ,aux portes frappées de la calligraphie de Mao, « Wei Renmin Fuwu - 为人民服务- Pour servir le peuple » - à 500 m à l’ouest du Mausolée du Grand Dirigeant, eut lieu un exemple frappant des dissonances du voyage que Trump rêvait comme « l’occasion de retrouvailles entre deux vieux amis. »
L’appareil chinois est en effet resté muet après les déclarations de Trump à Fox News selon lesquelles Xi Jinping qui se serait engagé à ne pas fournir d’équipements militaires à l’Iran, aurait aussi proposé d’aider à dégager le détroit d’Ormuz.
En marge du dîner de gala, alors que Pékin et Washington étaient déjà tombés d’accord sur la nécessité de libérer détroit d’Ormuz, Wang Yi le ministre des Affaires étrangères assis à côté de son homologue Marco Rubio, avait au demeurant sèchement répété l’appréciation de l’appareil sur les responsabilités de l’Amérique.
Il l’a fait, sans cependant dire un mot ni de l’arrière-plan hautement déstabilisant pour la région et le monde du terrorisme de Téhéran, ni sur ses projets d’arme nucléaire et sur son ambition mortelle d’éradiquer Israël de la carte.
« Il faut instaurer un cessez-le-feu et mettre fin aux hostilités. La sagesse chinoise ancestrale nous enseigne que les armes sont des instruments redoutables et ne doivent pas être utilisées sans discernement. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est ravagé par les flammes ».
« Cette guerre n’aurait jamais dû avoir lieu ; elle ne profite à personne. L’histoire du Moyen-Orient a toujours démontré au monde que la force n’apporte aucune solution et que les conflits armés ne font qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises. Une fois encore, la Chine appelle à un arrêt immédiat des opérations militaires afin d’éviter une escalade incontrôlée de la situation et d’empêcher que le conflit ne s’étende. »
Une autre dissonance majeure est apparue dans le contraste des discours, au cours desquels Xi Jinping a, au passage, rappelé au président américain que son pays n’était indépendant que depuis 250 ans, quand l’histoire chinoise était vieille de 5000 ans.
Quand D. Trump ne tarissait pas d’éloges sur lui-même et sur son « ami Xi Jinping » qu’à la grande satisfaction du public chinois il qualifia, comme il le fit pour lui-même, de « Grand dirigeant », le President chinois rappela les tensions et les risques de conflit.
Opportunément, il retourna comme une chaussette à l’intention de D.Trump, les inquiétudes du politologue américain Graham Allison qui, en 2017, mettait déjà en garde ses compatriotes contre l’obsession américaine de la compétition pour le magistère mondial et les risques d’un emballement fatal du « piège de Thucydide » https://www.questionchine.net/du-devisement-du-monde-au-piege-de-thucydide
« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le « piège de Thucydide » “中美能不能跨越‘修昔底德陷阱et créer un nouveau paradigme pour les relations entre grandes puissances 开创大国关系新范式 ? »
« Peuvent-ils se concentrer sur le bien-être des peuples des deux pays et sur l’avenir de l’humanité, 能不能著眼两国人民福祉和人类前途命运 et bâtir ensemble un avenir prometteur 美好未来 pour leurs relations bilatérales ? »
Enfin, une sévère rupture des illusions d’harmonie diffusées à jets continus par D. Trump est survenue à propos de Taïwan, non pas lors des discours publics, mais au cours d’une des rencontres à huis clos.
Rapportée par un témoin, elle a été répétée à l’envie par les commentateurs, quand bien même elle n’indique aucun changement dans la position chinoise qui, depuis 1949 et malgré les évolutions politiques dans l’Île, considère qu’il n’existe « qu’une seule Chine » et que les deux devront être réunifiés sans faute d’ici 2049, centième anniversaire de la prise de contrôle de la Chine par le PCC.
« La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines. Si elle est bien traitée, 理得当 les relations entre les deux pays resteront globalement stables 能保持稳定. Si elle est mal traitée, les deux pays pourraient se heurter 碰撞 directement et même entrer en conflit 冲突 »
De très maigres résultats commerciaux et la persistance des tensions stratégiques.
Concrètement le bilan commercial du voyage est resté très en-dessous des espérances, malgré la présence des grandes figures industrielles et technologiques de Boeing, Apple, Tesla, N’Vidia, et Meta. Pas d’avancée sur la vente à la Chine de microprocesseurs de très grande finesse, malgré la présence de Jensen Huang, PDG du géant N.Vidia ; Et seulement 200 Boeing commandés contre 300 lors de la visite de Trump en 2017.
Une des seules notes positives fut un succès par défaut. Les deux se sont mis d’accord pour continuer à respecter leur trêve commerciale conclue après l’avalanche des taxes douanières en 2025. A cet effet, ils ont mis sur pied un mécanisme dit « Board of Trade » destiné à gérer la réduction progressive des droits de douane et suivre les engagements d’achat de part et d’autre.
Dans le secteur agricole, que les deux voient comme un domaine non sensible moteur possible de relations apaisées, Pékin s’est engagée à importer 25 millions de tonnes de soja en plus des 12 millions de tonnes déjà prévues.
En même temps, Washington espère que les achats chinois de produits agricoles s’élargiront de manière significative vers le maïs, le blé et la viande de porc. Sur ces secteurs Pékin a accepté de faire un geste, accordant des prolongations aux licences d’importation des abattoirs et des groupes américains conditionnant la viande bovine.
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Sur les contentieux stratégiques majeurs de l’Iran et de Taiwan, le voyage qui a mis d’accord Washington et Pekin sur les urgences d’Ormuz et de la paix en Iran, a aussi fait surgir une ambiguïté à propos de la situation dans le détroit de Taiwan..
Confirmant publiquement depuis Pékin l’ancienne position de Washington bien connu des Taïwanais et acceptée par eux affirmant que l’Amérique ne viendrait pas au secours de l’Île « très éloignée des côtes américaines », si elle déclarait l’indépendance sans avoir été attaquée, D.Trump a aussi initié au moins un retard sinon un blocage de la validation des récents contrats de ventes d’armes destinés à l’Ile.
Le glissement supposé ou réel a touché un nerf sensible dans l’actuel gouvernement de l’Ile qui fait remarquer que l’abandon des ventes d’armes contreviendrait au Taiwan Relation Act, (1979). Disposition de droit interne validée par le Congrès en même temps que la reconnaissance de la Chine par Washington, le décret stipule que la Maison Blanche est tenue de fournir à Taipei les moyens de se défendre contre une agression chinoise.
La crainte d’un « Deal »
Donald Trump et Xi Jinping .Photo d’archive en marge du sommet du G-20 à en juin 2019 à, Osaka au Japon montrant un apparente connivence entre Xi Jinping et D.Trump. Aujourd’hui, à Taipei a surgi la crainte que D.Trump pourrait réduire ses ventes d’armes à l’Île en échange de la médiation de Pékin entre Washington et Téhéran.
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L’autre inquiétude taiwanaise qui monte, s’angoisse que D.Trump inquiet du prolongement de la guerre en Iran pourrait demander à Pékin de jouer les médiateurs auprès de Téhéran en échange d’un assouplissement en faveur de la position de Washington à propos de Taiwan.
Dans l’Ile, alors que secrétaire d’État Marco Rubio, prenait la parole pour affirmer que sur Taiwan la position de Washington restait inchangée, en substance « Tout ce qui obligerait ou imposerait par la force un changement à l’actuel statuquo serait problématique. », le Bureau des Affaires continentales, minimisait les conséquences de la rencontre, en rappelant que les déclarations de Pékin à propos de Taiwan n’étaient pas nouvelles.
En même temps, sur le même thème que la porte-parole du gouvernement Michelle Lee 李慧芝, le nº 2 du Bureau des Affaires continentales Liang Wen-chieh 梁文傑, soulignait que « le plus grand risque menaçant la paix dans le Détroit était l’intimidation militaire de la Chine par l’incessant déploiement d’avions et de navires militaires qui harcèlent Taïwan. » (…)
(…) Il ajoutait que « si Pékin voulait que Washington cesse de vendre des armes défensives à Taïwan, il devrait cesser d’intimider militairement l’Île »
Il reste qu’aujourd’hui le Président Lai Qing De pour qui la situation se complique, est aux prises avec une partie de l’opinion et un parlement hostile qui, sans être favorables à une réunification avec le Continent est de plus en plus en phase avec le discours de Pékin répétant que les ventes d’armes à l’Ile sont des provocations pouvant mettre le feu aux poudres.
C’est notamment le discours de Cheng Li-wun, la nouvelle présidente du KMT qui, à contrecourant de l’histoire des héritiers de Tchang Kai-chek, vient d’être reçue à Pékin par Xi Jinping. Ce dernier, heureux de l’aubaine surgie des querelles internes taïwanaises, a saisi la balle au bond, ouvrant selon lui, la perspective d’une réunification en douceur :
« Les dirigeants de nos deux partis se rencontrent aujourd’hui afin de préserver 维护 la paix et la stabilité 和平稳定 de notre patrie commune 共同家园 ; de promouvoir 促进 le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit 海峡两岸关系的和平发展 ; et de permettre aux générations futures de partager un avenir radieux et prometteur. 使子孙后代能够共享一个光明美好的未来. » (Lire notre article https://www.questionchine.net/en-chine-cheng-li-wun-accuse-lai-qing-de-de-fomenter-la-guerre-et-celebre-la-paix-d )
