›› Taiwan
Sabordage d’un projet exemplaire, hors idéologie, à l’avantage de tous.
Il était envisagé que les combustibles nucléaires usés taïwanais soient retraités à LaHague, et le MOX correspondant utilisé à DaYa Bay et/ou LingAo (les quatre réacteurs chinois moxifiables, fournis par Framatome à la province du GuangDong et payés pour les deux premiers par Lord Kadoorie, le patron de l’électricité de HongKong).
Les ultimes déchets de ce retraitement à LaHague (les produits de fission vitrifiés, 4% de la masse totale) pouvaient être en échange logés - de manière définitive - à BeiShan, dans le Nord-Ouest chinois, en évitant ainsi leur retour à Taïwan. Les combustibles usés partaient en France, et rien ne revenait à Taïwan.
Taipei était même bienvenu - alors - de financer la construction au FuJian, en face de Taïwan, d’une centrale comparable à DaYaBay, à fournir également par Framatome (et Alstom pour la partie conventionnelle), dont l’un des deux réacteurs aurait alimenté Taiwan par un câble sous-marin en courant continu. A l’époque, le FuJian n’avait pas de réacteurs nucléaires (désormais la province en compte six) et la province était moins riche.
Le projet de Viénet était suivi avec une cordiale attention par le P-DG de Framatome Jean-Claude Leny et son adjoint Dominique Dégot, mais bien évidemment dénigré par divers Français hostiles à Taiwan, furieux de constater que Pékin faisait ce genre d’ouverture à Taipei, et que la France pouvait en tirer avantage.
C’est ainsi que quelques années plus tard, le Dr Chang ChungChien (Chairman de TaiPower) était venu à Paris proposer à Cogema (vocable précédent d’Orano) un acompte d’un milliard d’US$ pour un enlèvement de 3,000 tonnes de combustibles usés à la plus proche convenance de l’industriel français.
Mais cette intéressante proposition avait été, de manière aberrante, compromise par l’administrateur du CEA de l’époque (Ph. Rouvillois), puis sabordée par Anne Lauvergeon — lorsqu’elle avait succédé à Jean Syrota à la tête de Cogema.
Il faudra attendre 2015 (après l’élimination de Anne Lauvergeon) pour que reprenne le dialogue confirmé par Jean Syrota au cours de deux déplacements décisifs à Taipei — lorsqu’il présidait Cogema et soutenait Viénet dans ses initiatives :
Cette reprise du dialogue, en 2015, lorsque Areva fut brièvement dirigé par Luc Oursel, sera plus modeste, un « projet-pilote de 180 tonnes » (contre 3,000 tonnes précédemment), mais sera à son tour sabordé, cette fois-ci à l’extrémité taïwanaise : les députés du DPP (alors dans l’opposition) reprochant une certaine opacité au gouvernement KMT (au pouvoir à l’époque) dans l’accompagnement du projet.
Nota bene : tout ce qui touche à l’électronucléaire gagne à être précocement et loyalement expliqué au public, aux médias, aux élus — en prouvant qu’il n’y a aucun risque ni suspicion de combine et rétro-combine. L’électronucléaire se doit d’être, et ne peut être, qu’une industrie exemplaire.
Les leçons de ces deux précédents échecs étant maintenant décantées, et bien comprises, et reconnue la vertu du travail de Viénet entre 1980 et 1998, chacun ayant admis que Washington, et Pékin, ne souhaitent guère que Taiwan dispose de 30 tonnes de plutonium, on peut espérer qu’en 2022 le dialogue entre les deux industriels va enfin aboutir — après un quart de siècle.
Anti-comme pro-nucléaires taïwanais devraient trouver un consensus sur ce dossier.
Chacun a compris, désormais, à l’extrémité française, que l’argument insensé selon lequel « négocier et signer avec Taiwan est contraire aux intérêts et perspectives d’Orano en Chine » est faux et dérisoire. Cet argument était, et reste, galvaudé par ceux qui sont anxieux (de manière illégale, délictueuse) de susciter (suavement) des agents d’influence inutiles, mais grassement rémunérés.
Il faudrait graver dans le marbre le § suivant :
« Pékin est tacitement intéressé à ce que Taiwan recycle ses combustibles usés en France et ne conserve plus dans l’ile ses trente tonnes de plutonium. Et si Orano y contribue, c’est Pékin qui devrait lui offrir des bons-points, et alors dérouler le tapis pour les projets d’Orano en Chine ».
Mais bien évidemment, et fondamentalement, Taipei a tout avantage à se débarrasser ainsi de ses combustibles nucléaires usés. Le recyclage en France est pour Taiwan Power Company l’option optimale d’un point de vue économique. Elle est exhaustive et finale.

