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Avis de tempête sociale, dommage collatéral des réformes

NOTE de CONTEXTE

La carte montre la répartition des mouvements de grève en 2015. En tête, les provinces de Canton - siège de l’usine du monde - (418), du nord-est Liaoning, Jilin, Heilongjiang – où sont concentrés les vieux centres industriels de l’acier et du charbon - (270), du Shandong (234) du Henan (219), du Hebei (196) du Jiangsu (181), du Sichuan (145) et de l’Anhui (116).

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Les informations ci-après proviennent en grande partie du « China Labor Bulletin (CLB) » cité plus haut qui constate la dégradation des relations entre la main d’œuvre et les pouvoirs locaux, dans le contexte général du ralentissement économique et des tensions créées à la fois par les réformes du secteur productif et quelques fausses manœuvres de cadres. Soit que ces derniers soient eux-mêmes réticents à la mise en œuvre des réformes soit qu’ils les conduisent sans discernement, avec parfois des phénomènes gravement régressifs.

Le dernier exemple en date est celui de l’épisode du 16 mars dernier à Langzhong, Sichuan où des ouvriers qui 8 huit mois plus tôt avaient protesté pour toucher leurs salaires impayés ont été humiliés lors d’une parade publique selon un mode politique qui renvoyait aux méthodes de la révolution culturelle.

Augmentation des mouvements de protestation.

Le bilan des mouvements de protestation au fil des années montre une accélération avec 600 mouvements annuels en moyenne durant la période 2011 – 2013, 1300 en 2014 et 2700 en 2015 avec plus d’un mouvement par jour dans la province de Canton, fief industriel de « l’usine du monde. » Les racines des tensions sont presque toujours les manquements des employeurs qui ne respectent pas les droits fondamentaux de la main d’œuvre (paiement des salaires et attribution de primes prévues dans les contrats) à quoi s’ajoute l’incapacité des autorités locales à faire respecter le droit du travail par les entreprises.

Selon les observateurs du CLB, la perspective de licenciement de 1,8 millions d’ouvriers des aciéries et des mines de charbon est probable, laissant présager une aggravation des tensions en dépit des 13,6 Mds d’€ de subventions promises par Li Keqiang lors de l’ANP. Globalement le pouvoir politique chinois jette un voile d’omerta sur la plupart des mouvements de grèves, à l’exception de ceux qui frappent les entreprises étrangères où les troubles font l’objet de nombreux reportages. Il arrive que les protestations soient ponctuées de violences extrêmes comme celles de Yinchuan signalée dans le texte de l’article.

Une attention particulière doit être accordée aux migrants dont les mouvements s’amplifient depuis 2010, date à laquelle Tan Guocheng, un ouvrier migrant de 23 ans de l’usine Honda à Nanhai (100 km au nord de Macao) avait réussi à rallier tous les ouvriers de l’usine et à stopper les chaînes de production en actionnant la commande d’arrêt d’urgence au cri de « n’acceptez plus de travailler pour d’aussi bas salaires. » (Voir l’étude d’Eli Friedman citée par CLB « Insurgency Trap : Labor Politics in post-socialist Chine – Le piège insurrectionnel : les politiques de l’emploi dans la Chine post-socialiste » publiée par l’Université Cornell en 2014).

L’initiative avait déclenché une grève de 19 jours dans un contexte général où le syndicat officiel (All-China Federation of Trade Unions (AFCTU) 中华 全国总工会 créé en 1925 est souvent plus un obstacle qu’une aide aux droits des travailleurs, tandis que les tentatives des ouvriers pour s’organiser en dehors de lui sont réprimées comme des atteintes à la stabilité sociale et à la prévalence du Parti. Toutefois, récemment un travailleur migrant a été nommé vice-président du syndicat national

Perspectives. Difficultés du reclassement. Craintes politiques.

La réforme en cours qui envisage de mettre à pied 1,8 millions travailleurs avec des mesures d’accompagnement diverses n’a certes pas la même ampleur que celle conduite par Zhu Rongji dans les années 90 qui avaient licencié 28 millions de travailleurs et conduit l’État à débourser l’équivalent de 11,2 Mds de $ en indemnités. Pour autant, 20 ans plus tard, la manœuvre s’avère plus complexe, dans un contexte où le reclassement des ouvriers de l’industrie lourde vers celles des nouvelles technologies ou des services créatrices d’emploi sera plus difficile.

Dans le même temps Lou Jiwei, le ministre des finances s’est plaint – dans une formulation homothétique de l’actuel débat français sur la loi du travail -, que les patrons qui considèrent que les lois du travail sont trop protectrices de la main d’œuvre hésiteront à créer des emplois et à investir dans des formations. Plus encore, preuve que la Chine est entrée dans le cercle des économies développées, en février dernier, Yin Weimin, ministre du travail et de la sécurité sociale faisait le commentaire que les lois du travail avaient créé un manque de flexibilité et des coûts de la main d’œuvre prohibitifs.

Enfin, depuis 2012 le pouvoir harcèle les ONG de défense des travailleurs par l’incarcération des activistes accusés d’être à l’origine des troubles. La tendance tranche avec celle à l’œuvre dans les années 2000 où parfois des syndicats officiels acceptaient pour leur formation juridique de coopérer avec des ONG. Aujourd’hui la vigilance du pouvoir s’exerce d’abord pour empêcher que les mouvements de protestation s’unissent en une force politique cohérence capable de contester le pouvoir du Parti.


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