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Beidaihe. Le temps des ombres et des grenouilles

Mao Zedong en 1954 à Beidaihe, avec le PM Zhou Enlai et son épouse Deng Yingchao (source Getty Images).


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Comme chaque année, au moment du séminaire d’été de Beidaihe, les observateurs de la Chine se perdent en conjectures.

Condamnés comme toujours à des supputations de rivalités politiques d’un système resté opaque, ils analysent cette fois, mais toujours à l’aveugle, une possible fêlure entre Xi Jinping dont l’aura aurait été affaiblie par son choix de trop se rapprocher de Vladimit Poutine et Li Keqiang, le PM soudain revenu au premier plan sur le mode très spectaculaire d’un discours adressé en visio-conférence à 100 000 cadres pour relancer la croissance et lutter contre le chômage.

Information annexe, mais qui en dit long sur les affres du secret politique au milieu d’un monde submergé par la connexion planétaire des images indiscrètes, le 20 juin, une dépêche de Reuter nous apprenait que cette année, les Tesla ne pourront pas circuler à Beidaihe pendant au moins deux mois afin d’empêcher la propagation de vidéos intempestives de hauts dirigeants qui pourraient être filmés, à l’insu de leur plein gré, par les caméras embarqués sur ces véhicules.

La nouvelle qui aurait pu rester dans les rubriques burlesques et farfelues pose cependant d’autres questions au milieu de l’opacité. Pourquoi, par exemple, les hauts dirigeants continuent-ils à se réunir dans une atmosphère de secret de polichinelle, alors que Xi Jinping est censé diriger le pays d’une main de fer tenant sans faiblir, toutes les rênes du pouvoir ?

Serait-il possible que des réunions secrètes de proches collaborateurs discutent de « nuances politiques » dans le dos du n°1 sur les plages de Beidaihe ? Du coup surgit l’idée d’une controverse qui contredit l’image d’un pouvoir sans partage.

Mais alors si on admet qu’il pourrait y avoir « nuance », surgit la question du partage. Avec qui le despote partage-t-il les doutes ? Lui que nombre d’experts décrivent décidant seul de la politique sanitaire, du contrôle de la population, de la stratégie en Mer du Sud, de toutes les réformes économiques, financières culturelles et de tout ce qui se passe dans ce pays ?

Doit-on comprendre que Xi Jinping ne serait pas seul, mais à la tête d’un clan, au sommet d’une coalition d’oligarques, de technocrates et d’héritiers, fils de princes, ou adeptes des jeunesses communistes qui, s’observant les uns les autres, le porterait sur leurs épaules pour gouverner le pays ?

Logiquement deux questions surgissent emboîtées comme des poupées russes : Qui sont les membres de cette coalition ? et : Qui sont les concurrents ? La clique des Shanghaïens ? les adorateurs de Jiang Zemin ? L’armée secrète de Li Keqiang, prête à saper les fondations du pouvoir de l’intérieur ?

Avouons-le personne ne sait. Comme du temps de Mao, Zhou Enlai, Liu Shaoqi et Lin Biao, la Chine moderne cultive encore à l’extrême le sens du secret…

La Pékinologie en est encore au stade des grenouilles en matière de météorologie…Pendant des siècles, pour tenter de prédire les changements climatique, le monde paysan a scruté le comportement des grenouilles qui montaient ou descendaient de leur échelle, dans leur bocal.

La Pékinologie tient à la fois de ces grenouilles de bénitier et de l’allégorie de la Caverne de Platon ; elle est faite de jeux d’ombres et de supputations issues de suppositions tirées d’hypothèses …

Alors faute de comprendre les gesticulations des grenouilles, on préfère commenter les ombres qui se projettent sur les murs de la Caverne : Les Tesla ne pourront pas rouler cet été à Beidaihe et Xi Jinping est un dictateur tout puissant qui décide de tout… Mais dont le pouvoir pourrait chanceler si des forces obscures le faisaient vaciller…Tous les possibles sont sur la table. Leurs contraires aussi.

Tandis qu’en ces temps de transparence inquisitive et indiscrète, l’appareil reste fidèle à ses réflexes d’occultation calculant au trébuchet la rareté de sa parole, évitant comme la peste les micros tendus des médias, résonne au-dessus des plages de Beidaihe, la vieille devise des autocrates qui se protègent des curiosités de la plèbe : « Circulez ! Il n’y a rien à voir… ! ».


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Par Pier Luigi Zanatta Le 6/07/2022 à 08h47

Beidaihe. Le temps des ombres et des grenouilles.

En toute évidence il s’agit d’un photomontage. Zhou est plus loin mais sa taille est aussi grande que celle de Mao ! L’impression générale est d’un enfant fougueux entre ses parents sages et concernés...

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