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Dans l’APL, l’idéologie de la loyauté maoïste contre la quête d’efficacité opérationnelle.
Peinture de 1972 par He Kongde représentant le séminaire de Gutian, fim décembre 1929, aujourd’hui exposée au Musée de l’APL à Pékin. Elle montre Mao debout seul - d’autres versions existent avec Chen Yi et Zhu De assis derrière lui - lors de la Conférence de la 4e armée rouge révolutionnaire dite « des paysans et ouvriers ». Mao y avait fait la promotion d’une résolution qui établissait le contrôle absolu du parti sur l’Armée Rouge et mettait en garde contre les « excès de démocratie » dans ses rangs.
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Le 10 mai, dans une longue analyse publiée dans le New-York Times, l’Australien Chris Buckley, formé à l’Université du Peuple de Pékin et fut vingt ans correspondant en Chine, proposait un intéressant décryptage des récentes crispations entre Xi Jinping et l’APL.
Au cœur des tensions se trouve l’angoisse du nº1 chinois d’un contrefeu de l’APL, quand, après avoir fait modifier la constitution en 2018, suivie de sa réélection à la tête du Parti lors du Congrès de 2022, il s’est fait unanimement adouber pour un troisième mandat présidentiel en mars 2023.
La manœuvre avait été déployée contre la lettre de la constitution de 1982 - opportunément amandée sur ce sujet -,qui limitait à seulement deux les mandats présidentiels, et dont Deng Xiaoping qui craignait le retour du culte maoïste de la personnalité, n’avait cessé de rappeler le bien fondé à l’appareil, avant son décès le 19 février 1997, en pleine crise de Hong Kong avec Margareth Thatcher.
Pour consolider à son profit l’appui de l’APL, Xi Jinping, a choisi la stratégie de l’insistant rappel idéologique de l’obédience inconditionnelle des militaires au Parti prônée par Mao, lors de nombreux séminaires organisés à Yan’an 300 km au nord de Xi’an qui, portant le symbole mythique révolutionnaire, fut la destination finale de la Longue Marche et le cœur idéologique du pouvoir communiste de 1935 à 1949.
L’étude de l’idéologie révolutionnaire maoïste inflexible eut aussi lieu lors de séminaires à Gutian, 80 km au nord-ouest de Fuzhou dans le Fujian, province dont Xi Jinping avait été le gouverneur de 1999 à 2002.
La ville fut en 1929 le lieu d’une conférence politique au cours de laquelle Mao – à l’époque Commissaire politique au nom du Komintern – avait abordé le thème de la « correction des erreurs » dans l’APL. Parmi ces « erreurs » figurait une liste qui renvoyait aux soucis très actuels, du fonctionnement des armées tels que les « fautes disciplinaires », les « tendances claniques et putschistes » ou les « excès de démocratie ».
C’est à Gutian que Xi Jinping avait en 2014 dévoilé à l’intention des cadres et des chefs militaires sa vision des relations entre l’Armée et le Parti « La loyauté absolue au Parti repose sur le mot “absolu” » (…) « C’est une loyauté singulière, totale, inconditionnelle et exempte de toute impureté ou de toute hypocrisie. »
Pour Xi Jinping qui embrasse sans nuance la vision maoïste de soumission idéologique sans condition des armées au politique, il fallait rejeter sans réserve, à la fois l’idée selon laquelle la seule tâche de l’armée serait le combat, mais aussi le courant de pensée qui séparait les affaires militaires des questions politiques.
En juillet 2014, un long développement paru dans Qiushi 求事 journal de l’École centrale du Parti dont Xi Jinping avait été le Directeur de 2007 à 2012, concluait à la permanence du rôle révolutionnaire des armées et mettait en garde contre la contagion des idées occidentales qui prétendaient « occidentaliser » les armées chinoises pour les « dépolitiser » et les soustraire au contrôle du Parti.
Selon l’auteur, la tendance avait déjà brouillé l’adhésion de certains officiers au principe essentiel de la prévalence du Parti Communiste Chinois, « au point qu’ils admiraient aveuglément les systèmes militaires occidentaux ». Expliquant en partie les purges en cours et la persistance des tensions dans les rangs, l’article concluait, entre autres, à « l’exigence d’une sélection sans faille des cadres dont la loyauté devait être exemplaire. »
Chris Buckley note en effet que l’exigence inconditionnelle de loyauté idéologique sans nuance des militaires, insufflée de manière répétitive depuis dix ans est à l’origine d’une césure dans l’APL entre les officiers idéologues de la fidélité au Parti et ceux qui privilégient la compétence technique et les capacités opérationnelles des forces.
La fracture s’est récemment envenimée au moment de la promotion à la tête de la Commission Militaire Centrale, cœur du réacteur des forces dévasté par les purges, du General Zhang Shengmin (3) Commissaire politique sans arrière-plan militaire opérationnel, dont la mission ouvertement rendue publique est de contrôler la loyauté des cadres à Xi Jinping.
Pour Zhang Youxia, appuyé par son second, le général Liu Zhenli qui rua dans les brancards avec son chef, le fait de placer un Commissaire inquisiteur à un poste aussi important donnerait l’image d’une armée peu sérieuse et inapte au combat.
La mise en examen de Zhang Youxia et Liu Zhenli deux vétérans de la guerre contre le Vietnam écartés pour s’être opposés à Xi Jinping, fut la dernière purge en date au milieu de grands coups de balais visant à la fois la lutte contre la corruption et la riposte aux contrefeux allumés par des officiers généraux au moins autant préoccupés des capacités opérationnelles des forces que de leur rectitude idéologique d’obédience absolue à Xi Jinping dans la droite ligne de l’obsession d’allégeance maoïste.
Alors qu’à l’horizon se profile le prochain congrès du Parti en octobre 2027 et que la quête d’adhésion absolue de Xi Jinping de la part des armées ne cessera pas, il faut s’attendre à de nouvelles purges et à de nouvelles brutalités judiciaires.
Note.
3.- Zhang Shengmin 张升民, 68 ans, a passé la majeure partie de sa carrière dans des postes de Commissaire politique dans diverses unités et au commandement de la Deuxième Artillerie missiles (aujourd’hui la Force de fusées de l’Armée populaire de libération). Au cours des dix dernières années, promu par Xi Jinping, son ascension a été rapide.
En janvier 2017, il a été nommé secrétaire de la Commission de discipline de la Commission militaire centrale en remplacement du général Du Jincai, proche des anciens vice-présidents de la CMC, Guo Boxiong et Xu Caihou, tous deux lourdement ciblés pour corruption, le deuxième mort d’un cancer de la vessie en mars 2015, avant son jugement.
En octobre 2017, lors du 19e congrès du Parti, toujours en charge de la lutte anti-corruption dans l’APL, Zhang était promu au Comité Central et membre de plein droit de la CMC. En même temps, Xi Jinping lui attribuait sa troisième étoile de Général d’armée.
Le 23 octobre 2025, après la destitution de He Weidong, il était nommé au poste de premier vice-président de la CMC.
