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ChemChina se paye SYNGENTA. Objectifs : progrès technologiques et modernisation des campagnes

NOTE de CONTEXTE

ChemChina 中国 化工 et Ren Jianxin. 任建新

Ren Jianxin, le président de ChemChina, avec Michel Demaré, le président français du groupe agrochimique suisse Syngenta, le 3 février dernier à Bâle, lors de l’annonce de l’offre de 43 Mds de $ du Chinois acceptée par le Suisse.

ChemChina, devenue une multinationale de la chimie puis de l’agrochimie est la création d’un homme aujourd’hui âgé de 58 ans Ren Jianxin. 任 建新. Né à Lanzhou, diplômé d’économie, puis fonctionnaire chercheur à l’institut de recherche chimique du Gansu, Ren, dont la capacité d’entreprise fut reconnue et encouragée par le Parti a, comme ce fut le cas de nombreux entrepreneurs chinois, rencontré la volonté politique d’ouverture et de modernisation de Deng Xiaoping.

L’État chinois comme sponsor bienveillant

La bio officielle de Ren indique qu’en 1984, alors secrétaire de la jeunesse communiste de l’Institut qui l’employait, il emprunte 10 000 Yuan et crée « Blue Star », l’embryon du groupe qui à l’époque n’avait rien à voir avec l’agriculture et presque rien avec la chimie puisque ses employés nettoyaient les bouilloires à thé.

Mais à cette époque il rencontre Madame Gu Xiulian, (aujourd’hui 80 ans) Secrétaire du Parti du Jiangsu, puis gouverneur de la province, avant de devenir la n°2 du Comité Permanent de l’ANP et membre du Comité Central pendant 15 années. (1982 à 2007), pendant lesquelles elle fut à la tête du ministère de l’industrie chimique de 1989 à 1998.

ChemChina est née en 2004, en regroupant quelques actifs dont Bluestar, alors tous contrôlés par le ministère de l’industrie chimique. Peu à peu le groupe a étendu ses activités au raffinage du pétrole, à la fabrication de pneus et à la production d’équipements pour l’industrie chimique. Grâce à Gu Xiulian, l’appui de l’État n’a jamais faibli.

En même temps Ren qui connaît la faiblesse technologique des groupes chinois et les lacunes de leur gestion, s’est lancé dans une large politique d’acquisitions extérieures, dont les plus importantes sont citées dans la note n°1. Leur nombre total atteint au moins la centaine. Aujourd’hui, le conglomérat est le n°1 chinois de la chimie possédant 292 Mds de Yuan (40 Mds d’€) d’actifs répartis dans 140 pays. Ses produits vont du pétrole raffiné au drapeau chinois résistant aux radiations qui équipe le module lunaire chinois Yutu, en passant par les pesticides et la nourriture animale.

L’esprit d’entreprise de Ren appuyé par Pékin se lit aussi dans cette initiative très médiatisée en Chine et qui, en 2013 marqua les esprits des observateurs européens, quand, parti de Zhengzhou un train chinois chargé de 10 000 pneus fabriqués par ChemChina atteignait Hanbourg et le marché de l’UE où les pneus chinois réclament désormais leur part. La route Zhengzhou – Hambourg est aujourd’hui l’un des 3 axes ferroviaires reliant la Chine et l’Allemagne, les 2 autres étant Chongqing - Duisburg et Shenyang – Leipzig.

La durée moyenne du transit par ces routes terrestres est de moins de 20 jours, contre plus d’un mois par voie maritime. Ces nouvelles « routes de la soie » entre la Chine et l’Europe inaugurées en 2014 sont le résultat d’une coopération étroite entre la Deutsche Bahn et les chemins de fer chinois et russes. Elles s’inscrivent dans la grande stratégie Yi Dai Yi Lu lancée par Xi Jinping en 2013.

*

Ren dont le groupe figure à la 267e place du magazine Fortune, décoré de la Légion d’honneur en France, professe également une vision des grands groupes ayant toutes les chances de plaire au Parti puisqu’il prône une politique d’entreprise à double face, à la fois capitaliste et sociale « créatrice de richesse pour les actionnaires et d’emplois pour la société ».

Pour autant, l’homme n’est pas dupe de sa puissance et connaît les lacunes de gestion des entreprises d’État chinoises, y compris de la sienne, répétant que son objectif, encore une fois en phase avec la modernisation en cours, est de participer à l’amélioration de leur gouvernance et à leur modernisation.

Sur ce terrain ChemChina a encore du pain sur la planche. Le groupe ne publie pas ses états financiers et selon Bloomberg sa dette atteint 156,5 Mds de Yuan (22 Mds d’€). Il arrive assez souvent que ses bilans trimestriels soient dans le rouge. Ren le sait et c’est la raison pour laquelle, il répète aux Directeurs étrangers des groupes dont il a fait l’acquisition « hiérarchiquement je suis votre chef, mais dans les opérations et la gestion, je suis votre élève. » Le secret de Ren serait-il dans sa modestie et dans son désir d’apprendre des autres ?


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