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Chine-Etats-Unis. Chronique d’un désastre

Le rapprochement sino-russe et les fausses notes de la relation avec l’Occident.

Au milieu des connivences sino-russes à l’œuvre depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, ponctuées par la création de l’Organisation de Coopération de Shanghai en 2001, élargie à l’Iran en 2021 puis au Belarus en 2024, suivie en 2009, par les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) augmentés en 2024 de l’Égypte, des Émirats, de l’Éthiopie et de l’Iran, puis en 2025 de l’Indonésie, Pékin a clairement déplacé l’épicentre de ses stratégies vers un positionnement anti-occidental, appuyé par les rancœurs anticoloniales du « Sud Global. »
Sur le fond des anciennes tensions stratégiques dans le Pacifique occidental et dans le Détroit de Taiwan, la crise pandémique de 2019-2020 fut un accélérateur de la défiance entre la Chine et ll’Occident.


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Au sein des BRICS, la Chine retrouvait la Russie qui, depuis le milieu des années 90, s’est elle aussi engagée sur une trajectoire de résistance à Washington, en Europe sur les marches orientales de l’ancienne URSS et en Asie Centrale où les influences chinoises et russes bien que concurrentes ont, en 2001, établi l’Organisation de Coopération de Shanghai (O.C.S), initialement composée de la Chine, de la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, rejoints par l’Ouzbékistan, puis élargie en 2017 à l’Inde et au Pakistan, puis en 2023 à l’Iran.

Ayant soldé leurs différends territoriaux en 2004, mais pas tout à fait leur défiance réciproque – notamment celle de la Russie toujours inquiète du poids démographique chinois le long du fleuve Amour et aux marches extrêmes de la Sibérie, limitrophes de la Mandchourie -, les deux, qui ne sont pas vraiment amis, se retrouvent autour d’intérêts communs.

Ils manifestèrent une connivence sans faille à l’ONU pour faire pièce aux initiatives de Washington par un veto de l’un ou de l’autre, souvent des deux, notamment sur la question syrienne ou en Libye. Ils se rapprochèrent aussi à propos de l’Iran, du Tibet, du Xinjiang, de la Tchétchénie ou du Kosovo. Un hiatus cependant : si en 2014, leurs positions sur l’Ukraine étaient alignées, en 2022, l’agression russe créa un malaise, Pékin restant hostile à la modification des frontières par la force.

En 2014, leur proximité stratégique a été renforcée par un accord signé entre Gazprom et CNPC pour une valeur de 400 Mds de $ étalés sur 30 ans pour la livraison annuelle, commencée à la fin 2019, de 38 Mds de m3 de gaz à l’Est de la Chine. Un autre projet est en cours, toujours à l’Est avec la construction de la 2e section de l’oléoduc reliant Skovorodino sur le fleuve Amour à Daqing, 1000 km au sud, cœur traditionnel de l’industrie chinoise du pétrole.

A l’achèvement du projet en 2030, les livraisons annuelles de gaz russe à la Chine dépasseront 50 Mds de m3 sur une consommation totale annuelle de près de 400 Mds de m3, en augmentation rapide.

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Mais sept années après le lancement des « Nouvelles routes de la soie », la tonitruante symphonie de la puissance chinoise orchestrée par Xi Jinping fut perturbée par quelques fausses notes coïncidant avec le premier mandat de D. Trump.

L’épisode de la Covid-19 révéla au monde à la fois les dysfonctionnements internes de l’appareil communiste ayant occulté la gravité de la pandémie pendant plusieurs semaines en janvier 2020 et les risques de délocaliser en Chine les productions stratégiques, notamment celles liées à la santé.

L’amère conscience d’avoir, au nom de l’utopie du partage planétaire de la production et du dogme libre-échangiste accepté le risque de déporter à l’autre bout du monde des productions essentielles, s’ajouta à la rancœur de la Maison Blanche et de ses alliés dénonçant depuis des lustres les distorsions aux règles du marché et les captations illégales de technologies ayant permis les progrès rapides de la Chine dans nombre de secteurs industriels de premier rang.

Les ratés politiques du parti furent suivis par une stratégie planétaire d’autopromotion articulée à une campagne de livraison de masques dont la propagande a caché qu’ils n’étaient pas toujours gratuits. Assortie d’une réécriture de l’histoire confinant à la désinformation, la campagne a fait voler en éclats le discours chinois sur sa « montée en puissance pacifique – 和平崛起 – heping jueqi » et attisé à un degré de violence verbale inédite les tensions sino-américaines.

Faisant suite à la guerre des taxes déclenchée dès 2017, les accusations de la Maison Blanche dénonçant à la fois les tromperies de l’appareil sur la nature de l’épidémie, la brutale normalisation de Hong Kong et les graves atteintes aux droits contre les Musulmans ouïghours au Xinjiang, ont été assorties de sanctions contre des officiels chinois et le groupe de télécoms Huawei dont les produits de plus d’une centaine de ses filiales ont été interdits sur le marché américain.

La riposte punitive de Washington mettait simultanément fin au statut commercial privilégié de Hong Kong, interdisait la vente de composants de haute technologie aux groupes chinois et durcissait les conditions de levée de fonds boursiers à New-York pour les entreprises chinoises.

Le 15 juillet 2021, un article de Foreign Policy signé de Mira Rapp-Hooper Docteur en Sciences politiques et spécialiste de l’Asie et Kurt Kampbell ancien responsable Asie du Département d’État sous B. Obama, exprimait une vision des États-Unis très critique de la stratégie chinoise depuis janvier 2020. Largement partagée par tout l’éventail politique américain, elle a investi la pensée stratégique de la plupart des pays occidentaux.

« (…). Depuis le déclenchement de la pandémie, le gouvernement chinois s’est engagé dans une offensive diplomatique sans précédent sur pratiquement tous les fronts. Il a resserré son emprise sur Hong Kong, fait monter les tensions en mer de Chine méridionale, déclenché une campagne de pression diplomatique contre l’Australie, brutalement agressé l’armée indienne à sa frontière nord et intensifié ses critiques des démocraties libérales occidentales. »

La crise pandémique de 2019-2020 mondiale fut en réalité le révélateur d’un phénomène que René Viénet, expert de la Chine et ancien du CNRS analyse à deux niveaux.

« Celui économique et industriel, d’une tendance ancienne croissante, inexorable qui vient de s’emballer et dont plusieurs signaux forts antérieurs avaient été sous-estimés par angélisme et négligés par les financiers qui organisent la mondialisation et contrôlent peu ou prou les gouvernements occidentaux, (…)

« Et un autre, bien plus préoccupant, lié au risque de conflit militaire, dicté par l’hubris chinois de puissance, que le financiers (et encore moins les gouvernements) n’ont appréhendé que très tardivement ».

En d’autres termes, en ces temps où la polémologie ne fait plus recette, les économistes n’ont pas vu venir la ”guerre économique“. Surtout, le long aveuglement d’une observation du monde par le seul viseur du profit et des flux a oblitéré la montée des risques d’un véritable conflit armé. »

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Soudain, l’image de la Chine changeait. Pendant longtemps, elle fut une référence culturelle et géopolitique démarquée de la pensée occidentale alimentant les rêves exotiques des voyageurs de l’ancienne route de la soie. Aujourd’hui entrée dans la catégorie des « prédateurs » (François Heisbourg, « Le temps des prédateurs », Odile Jacob, 2020), elle est devenue d’autant plus inquiétante que l’Europe affaiblie, divisée et aux références stratégiques incertaines, risque de devenir la proie des conquêtes commerciales chinoises après la fermeture du marché américain.


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