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A gauche, le montage de Jarrod Fankhauser publié par ABC News avec en arrière-plan l’édifiante embrassade entre Deng Xiao Ping et Jimmy Carter en 1979, à Washington, montre à quel point la relation sino-américaine s’est dégradée depuis la reconnaissance de la Chine par l’Amérique, il y a 46 ans. A droite, Mao avec le Maréchal Peng De Huai commandant les volontaires chinois en Corée du Nord auxquels l’appareil a récemment fait référence pour rappeler à D. Trump la détermination chinoise.
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Les historiens retiendront peut-être ce mois d’avril 2025 comme l’acmé de la rivalité systémique sino-américaine articulée non seulement à l’escalade de la guerre commerciale mais également aux symboles historiques les plus délétères des affrontements passés.
Après la salve de taxes américaines de 145% infligées aux exportations chinoises par D. Trump, Pékin qui avait d’abord riposté par des droits de 125% aux produits américains, a cette fois réagi en ciblant « Boeing » un des plus emblématiques fleurons aujourd’hui en graves difficultés de l’industrie américaine de l’aéronautique, de l’espace et de la défense [1].
Le 15 avril, l’appareil ordonnait à ses compagnies aériennes de cesser la réception d’appareils Boeing et de suspendre leurs achats d’équipements et de pièces détachées aéronautiques américaines. La riposte chinoise s’ajoutait aux restrictions imposées le 4 avril par la Chine à l’exportation de 7 « terres rares lourdes », essentielles aux secteurs de l’aéronautique et de la défense et plus difficiles à traiter que la catégorie de « terres rares légères ».
Selon le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), les États-Unis qui n’ont pas développé la capacité très polluante de traitement des « terres rares lourdes » sont particulièrement vulnérables à cette mesure [2].
En riposte, la Maison Blanche qui, avec quelques variantes a globalement gelé pour 90 jours les droits de douane pour le reste de la planète, les a, ciblant uniquement les exportations chinoises haussés à +245% - agrégat des taxes en cours depuis 2016 lors du premier mandat de D. Trump augmenté des 145% récemment appliqués -, avec cependant une mesure de faveur pour les téléphones portables et les ordinateurs de conception américaine assemblés en Chine.
En somme, selon un responsable de l’administration Trump qui semblait vouloir atténuer la brutalité des mesures, « la grande majorité des marchandises chinoises sont soumises à des droits à l’importation plus faibles, avec dit-il, des nuances spécifiques “comme les gants médicaux en caoutchouc” qui seront taxés à +245% dès janvier. ».
Mais, preuve que le secteur du numérique grand public et des microprocesseurs d’usage courant souffre de la disruption brutale des flux, le 17 avril, Jensen Huang, le PDG du fabricant de « puces » Nvidia dont les actions en bourse ont baissé de 32% depuis janvier, était à Pékin peu après que D. Trump lui ait interdit de vendre à la Chine les microprocesseurs de la gamme H.20, cœurs de équipements d’Intelligence Artificielle.
Il n’a pas fallu longtemps pour que les émotions, l’orgueil national et les réminiscences de l’histoire s’en mêlent.
Au moment où le Président américain dont les réflexes diplomatiques sont ceux de l’affichage spectaculaire de la téléréalité, ignorant la force de l’amour-propre des Chinois pour qui une reddition publique en rase campagne serait une impossible perte de face, disait attendre un appel téléphonique du Président Xi Jinping, eut lieu une première passe d’armes avec le vice-président.
Quand J.D. Vance dont la première qualité n’est pas la nuance, a récemment déclaré que « les États-Unis empruntaient de l’argent aux “paysans chinois” pour ensuite acheter des produits fabriqués par ces mêmes “paysans”, Xia Baolong, chef de l’exécutif chinois à Hong Kong et Macao, a, au milieu des réponses outragées des réseaux sociaux, riposté qu’en réalité « les paysans américains [dont il ciblait l’ınculture] se lamentaient devant les 5 000 ans de civilisation chinoise ».
La propagande de l’appareil dont la rhétorique s’adressait autant aux Chinois qu’aux consommateurs américains inquiets des risques d’inflation, est ensuite montée en gamme en publiant des vidéos du Président Reagan datant du milieu des années 80.
Figure emblématique du conservatisme républicain, mais critiquant à l’époque les idées protectionnistes en Chine et aux États-Unis, Reagan plaidait avec conviction pour le libre commerce : « Si nos partenaires commerciaux sont empêchés de vendre leurs produits chez nous, ils n’achèteront pas nos exportations. Et cela signifie davantage de pertes d’emplois pour les Américains. »
Autre réminiscence toxique de l’histoire, au moment où l’actualité des relations sino-américaines convoque à la fois les déficits commerciaux et le poison du Fentanyl dont Washington considère toujours que les précurseurs chimiques sont fabriqués en fraude en Chine, la longue mémoire chinoise rappelle les guerres de l’opium (1839-1860).
Les humiliations militaires et stratégiques infligées à la Chine par les Anglais puis par le « huit puissances » pour imposer à l’empire Qing finissant le plus grand trafic de drogue de tous les temps, amputèrent le territoire de l’Empire et détruisirent sa souveraineté. Elles furent aussi le moyen immoral et cynique sans cesse évoqué par Xi Jinping depuis 2013, de rééquilibrer le commerce bilatéral de la Compagnie des Indes orientales avec la Chine.
Mais la référence la plus sulfureuse agitant le spectre d’un affrontement militaire direct avec l’Amérique, redouté par les renseignements américains autour de Taïwan ou /et en mer de Chine du sud, est apparue quand, piloté en sous-main par la propagande de l’appareil, a surgi une vidéo du Président Mao, que Xi Jinping range toujours dans son panthéon personnel des héros incontournables de la Chine moderne émancipée de l’Occident.
L’extrait illustrant la capacité de résilience chinoise face aux pressions américaines datait de 1953, à la fin de la guerre de Corée. L’épisode de l’histoire moderne d’un conflit terrestre de grande ampleur dont l’arrêt des combats est encore suspendu à un armistice, rappelle une réalité toujours présente dans la mémoire du régime.
Engagée en masse et en urgence au-delà du Yalu en octobre 1950, prenant des risques considérables, une année seulement après l’établissement de la République Populaire, la réminiscence de la détermination inflexible du maître de la Chine révolutionnaire rappelait que, durant trois années, les militaires chinois avaient directement affronté l’armée américaine, au prix de fortes pertes subies par des unités mal équipées.
« Quant à la durée de cette guerre », répéta Mao, « ce n’est pas à nous de décider » (…) « Quelle que soit sa durée, nous ne céderons jamais ».
Pire encore, en se rendant au Cambodge le 17 avril 2025, cinquantième anniversaire de la prise de Phnom-Penh par les assassins Khmers Rouges soutenus par Mao, Xi Jinping envoyait à l’Amérique un autre message sulfureux fouillant sans ménagement les blessures des erreurs américaines qui, en bombardant sans mesure le « bec de canard » à la frontière vietnamienne, avaient nourri la très meurtrière rébellion Polpotiste.
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Comparant l’état délabré des relations sino-américaines aujourd’hui à celles des années Carter (1977 – 1981) (lire : Chronique des années Carter : Les illusions de l’Amérique universelle) héritières de l’ouverture stratégique opérée par Richard Nixon en 1972, dont la bienveillance intéressée s’est, avec l’espoir de changer l’essence autocrate du régime chinois, prolongée avec des fortunes diverses jusqu’en 2008, pendant les années Reagan, Bush père, Bill Clinton et Bush fils, on ne peut qu’être frappé par leur brutale dégradation.
L’ironie de l’histoire est que durant la dernière année de son mandat en 2001, Bill Clinton lui-même eut la satisfaction de voir, selon les vœux qu’il avait exprimés au Congrès, la Chine intégrer l’OMC avec un statut spécial l’autorisant pour un temps à ne pas respecter les impératifs du marché.
Force est en effet de constater que dix-huit ans plus tard le ton de ces échanges de bons procédés à voix unique, ménageant la Chine qui jouait le jeu de son intégration au monde, a radicalement changé.
Dans les années 2000, après les contrecoups en Occident de la répression brutale de Tian An Men du 4 juin 1989, l’appareil prudemment attentif à son image internationale, avait, selon les conseils de prudence internationale de Deng Xiaoping 韬光养晦怒 – taoguang yanghui – « cacher ses splendeurs et cultiver l’ombre » - développé le concept de Heping Jueqi 和平 崛起 – « montée en puissance pacifique » - qui fut même intégré au corpus doctrinal du 17e Congrès du Parti en 2007.
Sous la surface fermentait cependant un féroce contrecoup nationaliste que les Occidentaux tardèrent à percevoir.
Note(s) :
[1] Avec un chiffre d’affaires de 70 Mds de $, le groupe a plus de 50 Mds de dettes, un flux de trésorerie négatif, un plan de restructuration de 17 000 licenciements en cours et une chute de plus de 30% de sa valeur en bourse.
Il y a six ans, Boeing était confronté à l’un des plus grands scandales de son histoire, après la perte de deux 737 MAX flambant neufs dans des accidents quasi identiques, ayant coûté la vie à 346 personnes. La cause était un logiciel de contrôle de vol défectueux, dont l’entreprise était accusée d’avoir délibérément dissimulé les détails aux autorités de régulation et d’avoir privilégié les profits à la vie des passagers. En justice, le groupe avait accepté de payer 2,5 milliards de dollars pour régler les accusations de fraude.
Il reste que le boycott de Boeing et surtout des pièces détachées américaines dont, ironiquement, certaines sont fabriquées en Chine, est une arme à double tranchant pour les compagnies aériennes chinoises qui opèrent une flotte de près de 1700 appareils Boeing.
Alors qu’au cours du 1er trimestre Boeing a livré à la Chine 130 appareils dont 100 « 737 Max », et qu’à la mi-avril 10 autres appareils « 737 Max » étaient en attente de livraison, le moyen-courrier C.919 de la COMAC 中国 商飞, l’A 320 chinois qui ne vole qu’en Chine ayant intégré de nombreux équipements occidentaux (lire : La coopération internationale, condition du succès à venir du C 919) ne peut toujours pas se prévaloir d’un certificat de navigabilité internationale dont le long processus d’attribution est toujours en cours par l’European Union Aviation Safety Agency (EASA)
[2] 90% des « terres rares lourdes » dont certaines contiennent des éléments radioactifs sont traitées en Chine par un processus coûteux et polluant exigeant des installations permanentes de stockage des résidus radioactifs. A ce titre, Pékin, partie du traité de non-prolifération nucléaire est légalement fondée à contrôler leur exportation.
Pour comprendre à quel point, après un démarrage désordonné, le secteur a été structuré par l’État chinois pour en faire un levier d’influence stratégique, lire : Terres rares. La face cachée du monopole chinois & Terres rares. Domination chinoise, menaces et contrefeux.

