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›› Editorial

Chine – Etats-Unis : les difficultés d’un apaisement. La page des grands compromis stratégiques se tourne

En arrière-plan des méfiances, la querelle stratégique.

Alors que Washington, soucieux de ne pas troubler la relation avec Pékin, n’avait pas vendu des chasseurs de combat à Taïwan depuis 1992 (150 F-16 vendus par Bush), début mars, réagissant aux menaces militaires de Pékin contre l’Île, la Maison Blanche a tacitement accédé à la requête de Tsai Ing-wen en l’encourageant à soumettre formellement une demande officielle de vente de chasseurs F-16. Une fois déposée la requête devra encore être transformée en une proposition formelle par le Département d’État et le Ministère de la défense. Après quoi, le Congrès disposera de 30 jours pour bloquer ou non la transaction. L’armée de l’air taïwanaise est déjà largement surpassée par celle de l’APL dont le budget est 20 fois supérieur à celui de l’Île. Pour l’heure il est difficile de dire si la transaction aura lieu. Arguant d’une posture plus agressive de Pékin, Washington pourrait se prévaloir de la nécessité de porter assistance à Taiwan inscrite dans la Taiwan Relations Act.


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S’il est vrai que l’ambiance qui surnage est celle d’un élan optimiste tendu vers un sommet des deux chefs d’État, le réalisme doit conduire à rappeler la longue suite des différends pouvant une fois encore se mettre en travers d’un accord.

Depuis les strictes questions commerciales, jusqu’aux très explosives controverses stratégiques, la liste est longue des décalages, discordances et antagonismes inconciliables, sans évoquer le déficit de confiance installé entre les deux par les péripéties de la querelle.

Au-delà des doutes des commentateurs américains laissant entendre que l’ardeur de Trump pour un compromis aurait une arrière-pensée électorale, ce qui fonderait la fragilité d’un accord, les premières divergences non évoquées par D.Trump ou Liu He pourraient concerner les taxes américaines frappant une liste de produits à l’importation dont la valeur atteint 250 Mds de $.

Pékin exigerait la levée immédiate, tandis la partie américaine entendrait les utiliser comme un levier de pression. D’autres méfiances américaines latentes craignent toujours que la partie chinoise ne tiendra pas ses promesses.

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Enfin quand on aborde les tensions stratégiques en cours, force est de constater les pressions de plus en plus fortes de Washington sur les « lignes rouges » de Pékin non seulement en mer de Chine du sud et à Taïwan, mais également sur la question du Tibet et sur celle du traitement des Ouïghour au Xinjiang.

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Le 11 février dernier, 2 destroyers lance-missiles sont entrés dans les eaux réclamées par Pékin dans les Spratley, une manœuvre que la Chine considère comme une atteinte directe à sa sécurité. Le 24 mars, le destroyer Curtis Wilbur et le garde-côtes Bertholf de la 7e Flotte ont transité dans le Détroit de Taïwan. Signalant qu’il s’agissait du 6e passage de l’US Navy en 7 mois, le Japan Times note que la fréquence des transits s’accélère.

Surtout, irritant de première grandeur pour Pékin qui considère l’affaire comme le problème le plus sensible dans la relation sino-américaine, l’administration Trump, s’écartant de la prudence des précédents présidents, a donné son accord tacite à livraison à Taïwan d’au moins 60 chasseurs de combat F-16.

Dans l’ambiance actuelle, marquée par un fort surgissement nationaliste autour de la renaissance de la nation chinoise, assortie d’une stratégie globalement opposée aux « valeurs occidentales », il est difficile de surestimer la force des tensions pouvant naître d’une telle initiative.

Pour Pékin, la livraison de chasseurs de combat à Taïwan représenterait une sérieuse entorse aux accords sino-américains (lire : Quand les hyperboles nationalistes paralysent l’esprit de conciliation et hypothèquent l’avenir.) et à la prudente pondération de Washington depuis Bill Clinton.

Quant aux armées chinoises qui s’exprimaient récemment par la voix de Wu Qian directeur de l’information et porte-parole du ministère de la défense, elles estiment que « toutes les déclarations ou actions contrevenant à la “politique d’une seule Chine“ heurtent les intérêts fondamentaux de la Chine et des États-Unis et sont extrêmement dangereuses ».

Une page se tourne.

Cui Tiankai l’ambassadeur de Chine aux États-Unis depuis 2013 qui fut aussi ambassadeur au Japon de 2007 à 2009, ne cesse d’exprimer l’inquiétude de Pékin que la relation sino-américaine dégénère. Juste avant le G.20 de Buenos Aires, fin novembre dernier, il avait déjà mis en garde contre « le découplage stratégique » entre la Chine et les États-Unis, qui, disait-il sans trop de nuances, « pourrait créer le recul économique global ayant mené à la 2e guerre mondiale ». Il a réitéré ses inquiétudes dans un article publié le 1er janvier 2019 dans US Today.


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Il faut se rendre à l’évidence, l’arrivée sur le devant de la scène en Chine et aux États-Unis de figures politiques aux fortes ambitions nationales, accompagnant le bouillonnement de la puissance chinoise dilatée au-delà de ses frontières, pourrait bien sceller la fin au moins temporaire de la période des grands compromis sino-américains.

Initiés en pleine guerre froide, il y a près d’un demi-siècle, 4 années avant la mort de Mao, par Richard Nixon, sous l’égide d’Henry Kissinger, confortés en 1979 par Deng Xiaoping et Jimmy Carter, artisans de la reconnaissance diplomatique de la Chine communiste par Washington, les accommodements spéculaient sur l’intégration du Vieil Empire au mode de fonctionnement occidental du monde.

Se dissipant au moins depuis les JO de 2008, les illusions résiduelles se sont fracassées sur l’affirmation sans nuances des « caractéristiques chinoises » par Xi Jinping au 19e Congrès. En Chine même, la rupture avec les errements antérieurs crée des inquiétudes. Lire : Fêlures.

La diplomatie chinoise exprime aussi l’angoisse d’un dérapage. Mais elle en attribue les causes à Washington. Le 1er janvier 2019 Cui Tiankai Ambassadeur chinois aux États-Unis, signait un long article publié en ligne sur le site de USA Today, le journal le plus diffusé aux États-Unis.

Après le rappel des bénéfices de la période de concorde et des compromis, Cui exprimait le malaise chinois dans la conclusion. En substance il écrivait que mettre à mal le solide édifice de la relation assise sur de puissants intérêts communs au point de risquer de le détruire, sera la cause de grandes souffrances aux États-Unis et en Chine.

A Washington on n’ignore pas les risques. Mais pour l’actuelle administration et toutes les élites américaines confondues, l’obsession prioritaire est le rééquilibrage de la relation, même en utilisant ostensiblement les leviers stratégiquement sensibles du Tibet, de la situation au Xinjiang, de la mer de Chine du sud et de Taïwan. L’Île ayant toujours eu dans l’histoire commune, la dangereuse puissance déflagrante d’un explosif à court retard.


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