›› Taiwan
Inquiétudes à Taïwan. Quête de dignité et d’espace diplomatique.
Cette explosion des relations qui, il y a à peine cinq ans étaient réduites à leur plus simple expression et marquées par de sourdes méfiances, n’est pas sans susciter des inquiétudes. A son retour de Chine, Wu Poh-siung a été accusé de trahison par l’opposition pour avoir concédé à Xi Jinping que les relations dans le Détroit n’étaient pas des relations d’État à État. Pour rassurer les détracteurs, Wu a réfuté l’idée que Pékin devenait impatient et affirmé qu’au contraire l’actuelle Direction chinoise comprenait que les progrès dans la relation devaient au préalable recevoir l’assentiment des Taïwanais.
De fait la sensibilité des questions liées au statut de l’Île et à sa liberté de manœuvre diplomatique que Pékin tente de restreindre, est extrême. Le 10 juillet Ma Ying-jeou, évoquant la possibilité d’une rencontre avec Xi Jinping, a précisé qu’il veillerait d’abord à « protéger la dignité de la Nation taïwanaise ».
A cette occasion, il a cru nécessaire de répéter les principes de sa stratégie chinoise, articulée autour 1) des « Trois Non » (« Non à l’indépendance, Non à la réunification, Non à l’usage de la force ») ; 2) du traitement des questions économiques avant les question politiques et 3) du développement des relations dans le Détroit, avec une priorité accordée aux intérêts nationaux taïwanais. Interrogé sur les risques de sa politique, Ma s’est montré rassurant, expliquant que les stratégies de Pékin orientées vers la réunification étaient le fond de tableau permanent de la relation. Elles rencontreraient la capacité de résistance des Taïwanais qui, dit-il, ne doit pas être sous-estimée.
A côté des questions de statut et de dignité revendiquées par Taïwan, l’autre sujet sensible est la marge de manœuvre diplomatique, source permanente de frictions avec Pékin, pour qui le relèvement du profil international de l’Île est insupportable, parfois assimilé à une velléité d’indépendance. Sur ce terrain Ma Ying-jeou peut se targuer du succès récent de l’accord sur les pêches avec Tokyo autour des îles Diaoyu, signé au nom de la République de Chine, tout en échappant à l’ombre portée de Pékin, dont la réaction, freinée par la crainte de remettre en causes les acquis de la détente a été d’une discrétion extrême.
L’initiative de Ma Ying-jeou, cependant loin d’être parfaite et critiquée par les pêcheurs japonais et taïwanais, fut favorisée par Tokyo. Elle est diplomatiquement d’autant plus spectaculaire que l’accord était un exemple d’apaisement dans un conflit de souveraineté où ni Pékin, ni Tokyo n’ont à ce jour été capables de la moindre avancée.
Mais, ailleurs, la quête taïwanaise pour un meilleur statut à l’OACI, dans ses relations avec le Vatican à l’occasion de l’élection du Pape François 1er, ou dans les séminaires internationaux, a été sans cesse rejetée ou reportée pour des raisons politiques. Si la signature de l’accord sur les pêches avec le Japon n’a pas suscité de réaction de Pékin, en revanche la présence à Tokyo lors du 2e anniversaire de la catastrophe de Fukushima du représentant taïwanais que les Japonais ont accueilli avec la pompe d’un haut profil diplomatique a provoqué une réaction brutale de la Chine.
Pékin a en effet boudé les cérémonies du 11 mars et accusé le Japon de « violer l’esprit et les principes des déclarations conjointes sur Taïwan », expliquant qu’il était inacceptable que des représentants de Taïwan aient été invités et traités sur le même pied que les diplomates des autres pays. Le régime chinois appela Tokyo à « corriger ses erreurs et à respecter ses engagements internationaux », condamnant au passage toutes les initiatives diplomatiques pouvant laisser croire à l’existence de « deux Chine ou de l’île de Taïwan séparée de la Chine ».

