›› Chronique
Jimmy Carter, prix Nobel de la paix restera dans l’histoire comme le « Président humanitaire. », signataire du traité du canal de Panama, des accords de Camp David et du traité SALT II de limitation des armements nucléaires. La Chine lui reconnait d’avoir eu le courage d’établir avec elle des relations officielles, quand en pleine guerre froide, les Taïwanais l’accusaient de trahison et d’hypocrisie.
Aux États-Unis, ses détracteurs comme D. Trump le critiquent sévèrement pour avoir manqué de réalisme politique et avoir affaibli l’Amérique. En plus des conséquences économiques du 2e choc pétrolier, le raté catastrophique de l’opération de sauvetage des 53 otages de l’ambassade de Téhéran les 24 et 25 avril 1980 fut l’humiliation qui pesa le plus dans sa lourde défaite électorale contre Ronald Reagan.
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A l’annonce du décès de Jimmy Carter, le 29 décembre dernier, les réactions du Monde Chinois de chaque côté du Détroit de Taïwan ont, logiquement été contrastées. Alors qu’à Pékin c’est toujours Richard Nixon que l’appareil crédite d’avoir, dans le sillage des suggestions d’Henri Kissinger, par sa visite en Chine en février 1972, « dégelé » les raidissements sino-américains, Jimmy Carter reste le président de la consolidation bienveillante d’une relation dont beaucoup avaient cru à tort qu’elle pourrait pousser le Vieil Empire sur la voie de l’ouverture politique.
Alors que Jimmy Carter était président depuis deux ans, le 1er janvier 1979, soit 15 ans après la reconnaissance de la Chine par Charles de Gaulle et huit années après son admission à l’ONU à la place de Taïwan, Washington et Pékin échangeaient officiellement leurs ambassadeurs.
Moins d’un mois plus tard, invité par Carter, Deng Xiaoping, en pleine ascension politique contre Hua Guofeng, le successeur désigné par Mao, visitait les États-Unis en qualité de Vice-Président du Parti et Président de la Conférence Consultative du Peuple chinois.
Objectivement, la Chine semblait sur les rails de l’ouverture politique.
En 1980, quatre années après la mort de Mao, poussés par Deng, les réformateurs Hu Yaobang et Zhao Ziyang, tous deux persécutés pendant la révolution culturelle pour avoir critiqué Mao, étaient respectivement promus à la tête du Secrétariat Central du Parti – 29 février 1980 - et au poste de 1er Ministre –10 septembre 1980. Deng, alors âgé de 75 ans, que la planète entière a vu coiffé d’un chapeau de cowboy à Houston, était la plus importante personnalité chinoise ayant visité le pays depuis Soong Mei-ling, l’épouse de Chiang Kai-shek, en 1943.
Le voyage a initié une série d’échanges bilatéraux de haut niveau qui se poursuivront jusqu’au printemps 1989.
Mais vu de Washington, en pleine guerre froide, la richesse des liens n’était pas le seul objectif de la manœuvre. Les arrière-pensées stratégiques de Kissinger et de Zbigniew Brzeziński, le stratège polonais devenu américain et professeur à Harvard, conseiller à la sécurité de Carter de janvier 1977 à janvier 1981, étaient de désolidariser le bloc communiste et d’éloigner la Chine de l’URSS.
L’ancien ambassadeur américain en Chine, Max Baucus, Démocrate comme Brzeziński, qui décrit Carter comme un « visionnaire » affirme aujourd’hui que « creuser un fossé entre Pékin et Moscou était à l’époque la meilleure chose à faire ».
Poursuite de l’ouverture à la Chine en dépit de l’échec des stratèges européens de la Maison Blanche.
Près de quarante-cinq ans plus tard, le moins qu’on puisse dire est que la « vision » de l’auteur du Grand Échiquier, publié en 1997, n’a pas résisté aux réalités de la Chine communiste. Trente-cinq ans après la chute du mur de Berlin, la rupture Moscou – Pékin n’a pas eu lieu.
Au contraire, le 4 juin 1989, dix ans après les élans sino-américains teintés d’espérance de Jimmy Carter, l’engagement d’une division blindée sur la place Tian An Men tua dans l’œuf l’illusion démocratique en Chine. L’amère ironie de la situation est que la jeunesse rassemblée sur la place depuis sept semaines réclamait à Deng Xiaoping, maître de la Chine depuis son poste de Président de la Commission Militaire Centrale, la fin de la corruption de l’appareil et ce qu’elle appela « la 5e modernisation [démocratique.] »
L’événement déclencheur avait été le décès le 15 avril 1989 à 74 ans, de Hu Yaobang, précisément l’un des deux réformateurs promus en 1980 par Deng, mais qu’il avait limogé en 1987 (lire : L’obsédant héritage de Hu Yaobang). Le deuxième, Zhao Ziyang âgé de 70 ans, Secrétaire Général du Parti depuis 1987, auteur de nombreuses reformes économiques et avocat d’un traitement politique bienveillant des manifestants, termina sa vie en résidence surveillée en 2005 à l’âge de 86 ans (lire : Mémoires d’outre tombe de Zhao Ziyang).
Pourtant, en dépit du violent et dramatique rappel du 4 juin 1989, incontestable symptôme d’une hostilité du régime aux réformes politiques, force est de constater qu’à la Maison Blanche, jusqu’en 2008, c’est l’héritage de Carter et son élan d’ouverture à la Chine, en partie pour des raisons commerciales d’accès au vaste marché de la classe moyenne chinoise, qui fonda la politique chinoise des successeurs de J. Carter.
Douze ans après l’ouverture historique de Nixon à la Chine et quatre années après la spectaculaire visite officielle aux États-Unis de Deng invité par Carter, même Ronald Reagan son successeur qui pourtant avait fustigé l’établissement des relations diplomatiques avec Pékin, avait cédé à l’attraction chinoise.
En avril 1984, il s’était rendu en visite officielle en Chine accompagné par une délégation monstre avec pas moins de 600 journalistes. Les Chinois, jamais choqués par le nombre, y virent un signe amical d’acceptation et apprécièrent le geste. A cette occasion fut signé un accord bilatéral de coopération culturelle à très large spectre, allant d’une grande variété de domaines artistiques, jusqu’à l’information entre Radio Pékin et Voice of America, en passant par l’éducation, les sciences sociales et les sports.
Même la présidence de Georges W. Bush père (1989-1993) qui eut pourtant à gérer l’après-Tian An Men, a laissé une trace positive, articulée à la conviction souvent répétée et flatteuse pour les Chinois que la relation sino-américaine était la plus importante au monde.
Bénéficiant de son expérience à la tête de la mission de liaison américaine de 1974 à 1975, avant la reconnaissance durant laquelle il avait tissé un réseau de relations privées chaleureuses, avec un vaste éventail de Chinois de la classe moyenne, sa conviction, encore dans la ligne de Carter, était que le développement de la Chine n’était pas une menace pour Washington.
