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Chroniques coréennes : La bouteille à l’encre de la prochaine rencontre entre D. Trump et Kim Jong-Un

La nouvelle d’une possible rencontre entre Kim Jong-un et D. Trump en mai prochain, soulève de nombreuses interrogations. Au-delà des bonnes paroles diplomatiques, la plupart des commentateurs sont sceptiques, hésitant entre la peur du piège et l’espoir improbable que la méthode Trump, alternant le chaud et le froid pourrait faire bouger les lignes.


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Tous les médias de la planète relayent en boucle la nouvelle à la fois insolite et inédite de la prochaine rencontre directe de Kim Jong Un avec le président des États-Unis.

Personne ne sait encore où et quand et à quelles conditions. Mais avant toute chose il confient de rappeler que, pour Pyongyang, l’événement constitue depuis 1953, le « graal » politique et stratégique de la Corée du Nord, cherchant à la fois un traité de paix, et une reconnaissance internationale dont le corollaire direct est la garantie de survie que seul Washington, premier acteur occidental de la guerre de Corée, serait en mesure de lui garantir, alors même que, juridiquement, les opérations militaires ne sont à l’arrêt que par la seule vertu d’un armistice.

S’il est vrai que l’accord signé le 27 juillet 1953 confirma encore une fois la division de la péninsule en deux camps férocement antagonistes ne désignant aucun vainqueur et épargnant à Pyongyang l’humiliation de la capitulation grâce à la puissante intervention des grandes masses de l’armée chinoise dont la première vague, le 25 novembre 1950, compta 300 000 hommes, il n’en reste pas moins que l’armistice désigne depuis 65 ans une situation volatile où, vu de Pyongyang, ce qui pèse le plus est, non pas la perspective de la paix, mais le spectre d’une reprise des hostilités.

En ramenant la question à cet essentiel là, on éclaire autant que faire se peut une situation très confuse où, au-delà des commentaires balançant entre l’optimisme diplomatique obligé et le réalisme sceptique des experts, le premier venu voit bien que l’événement, en effet sensationnel et inouï, au moins dans la forme, surtout après les récentes insultes publiques échangées par les deux présidents à la face du monde, recèle une longue suite d’inconnues que, pour la clarté du commentaire, on pourrait résumer par « Qui manipule qui ? ».

De manière connexe, on constatera à quel point Pékin, Washington et Séoul, acteurs de ce grand théâtre, s’attribuant chacun un rôle essentiel dans l’éclaircie stratégique en cours, rivalisent aussi, par principe, comme pour exorciser l’inéluctable avancé par nombre d’experts, pour répéter que l’objectif final du processus est bel et bien l’abandon par Pyongyang de l’arme nucléaire.

Rien n’est moins sûr. « Comment » en effet, répètent en cœur les experts dont beaucoup attribuent à Kim Jong Un une sagacité et une rationalité qui ferait défaut à Donald Trump, « le régime nord-coréen ferait-il confiance à un homme qui, il y a peu, menaçait de noyer la Corée du nord dans un océan de flammes et de fureur ? ».

L’argument qui fonde le scepticisme n’est pas faux. Mais il manque une partie importante de l’image, renvoyant indirectement au trou noir de la situation politique intérieure nord-coréenne.

Le trou noir de la situation nord-coréenne.

Une lancinante constante du dilemme nord-coréen est l’opacité de la situation du pays obligeant les commentateurs à des spéculations souvent éloignées de la réalité.


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En décrivant un régime de Pyongyang rationnel et maître des incertitudes, unanimement adulé par un peuple monolithe éprouvant une adoration métaphysique pour la famille Kim dont le dernier descendant serait capable de jouer plusieurs coups d’avance alors que ses adversaires seraient enfermés dans le court terme, on diffuse une image incomplète et probablement trompeuse.

Oubliés, les dissidents, les prisons-goulag, la longue litanie des transfuges, leurs témoignages et leurs évocations des grands rassemblements orwelliens où ceux qui ne versent pas de larmes sont dénoncés ; effacés du paysage les multiples petites résistances internes, les rancœurs contre le régime arbitraire et tortionnaire, à quoi s’ajoutent le scepticisme de la vieille oligarchie à l’égard du troisième Kim, les interrogations sur sa santé et son obésité, ses fureurs meurtrières contre la mouvance prochinoise dont les tenants ont été assassinés ou limogés par milliers.

Ces impasses diffusant dans le public une représentation univoque d’un paysage politique en réalité noyé dans d’infinies inconnues, conduisent à négliger le postulat essentiel que l’acceptation de D. Trump de rencontrer le dictateur nord-coréen fera, si l’entrevue avait lieu, de Kim Jong-un le seul dirigeant du régime à être parvenu à parler d’égal à égal avec l’homme le plus puissant de la planète ayant le pouvoir d’asseoir la légitimité internationale de Pyongyang par un traité de paix.

Dans un système aussi rigide que cette construction monolithique aux marges de la métaphysique, l’événement d’une rencontre avec le Président américain avec, à la clé, un traité mettant un terme aux incertitudes de l’armistice, serait un formidable adjuvant de la légitimité du pouvoir Kim Jong Un.

A cette certitude répond cependant l’insondable inconnue de savoir si, en échange de cette consécration internationale, insatiable quête stratégique de la Corée du Nord qui s’ajouterait à une garantie de survie et de respectabilité, Pyongyang serait bel et bien disposé à prendre le risque de renoncer à son programme nucléaire.

A ce stade, personne parmi les analystes occidentaux n’a la moindre visibilité sur les facteurs internes à la racine de cette inconnue. L’autre incertitude renvoie aux conseils de modération prodigués à Washington par Pékin qui, par ce moyen, s’efforce de rester dans le jeu au milieu de cette bourrasque d’embellie émergeant d’un clair-obscur confus et contradictoire.


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