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Retour sur la 5e génération de cinéastes chinois

Fresques historiques.

Dans « Sorgho rouge, 红高粱 », Gong Li joue le rôle d’une héritière qui organise la résistance contre les Japonais.


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« Sorgho Rouge 红高粱 » (1987) devenu un classique obtint l’Ours d’or au festival de Berlin en 1988. Premier long métrage de Zhang Yimou tourné avec sa compagne et égérie Gong Li, le film raconte la résistance dans les années 30 contre l’armée impériale japonaise d’une jeune femme propriétaire de champs de sorgho dans le Shandong, héritage de son mari décédé.

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Au total, la 5e génération fut celle de nouvelles expériences et d’un style jusque là inédit jouant avec les abstractions et les symboles exprimés par l’image plutôt que par les dialogues, tranchant avec le réalisme hérité des films russes utilisés par la propagande communiste.

On y retrouve le contraste taoïste entre les vastes paysages naturels et la fragilité des conditions humaines filmés sous des angles originaux, avec ralentis épiques et de nombreux arrêts sur image, un son et des effets de lumières inattendus pour l’époque.

Les histoires furent souvent des critiques plus ou moins voilées du système que les réalisateurs réussirent parfois à faire accepter grâce à leur talent. Mais souvent la censure les ostracisait.

« One and Eight 一个和八个 », par exemple, est certes une histoire édifiante. Mais le film s’écarte de l’habituel narratif manichéen du Parti. Le héros est un truand qui choisit de rester à l’écart de l’idéologie communiste et de suivre sa propre voie. Admiré par les jeunes, il fut vite interdit par la censure.

Et critiques politiques.

« La Terre jaune » dont le réalisateur Chen Kaige 陈凯歌 palme d’or à Cannes pour Adieu ma concubine (1993) vit aux États-Unis, est une métaphore ambiguë qui ne critique pas directement le Parti, mais montre la désolation des campagnes, laissant entendre que le régime manquait à ses promesses égalitaristes. Bien que montré du doigt par l’appareil, le film ne fut cependant pas interdit.

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S’il est vrai que les deux succès internationaux de Chen Kaige – Adieu ma concubine (霸王別姬, Ba Wang Bieji 1993) – et de Zhang Yimou – Epouses et concubines (titre original 大红灯笼高高挂 Da hong deng long gao gao gua – Raise the red lantern) sont des fresques historiques, la 5e génération s’est depuis le début essayée à tous les genres.

En prise avec l’actualité.

Sorti en 1986, 大阅兵 fut mal reçu par la critique en Chine pour son manque de réalisme et à l’étranger, parce que l’étant trop – après des rajouts de la censure -, il ressemblait à une propagande de recrutement pour l’armée.


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Le 2e film de Chen Kaige « La grande parade 大阅兵 Da Yue Bing » (1986) décrit l’entraînement brutal de l’APL aux ordres d’un sergent rigide et sans états d’âme. Retiré sans explication du festival de Cannes par le Parti en 1987 et censuré, le film a été éreinté par les critiques en Chine et à l’étranger.

En Chine, les militaires et les censeurs se sont insurgés contre l’esthétisme des prises de vue en flou et en contrejour de Zhang Yimou qui, selon eux, détruisait le réalisme viril de l’entraînement militaire.

Le rajout imposé par le bureau de la censure de scènes de défilés militaires hyperréalistes initialement non prévues firent dirent au New-York Times qu’il s’agissait d’une propagande de recrutement pour l’armée chinoise et d’une exaltation de l’action collective.

Un autre film en prise avec l’actualité, le premier de la 5e génération ostracisé par la censure, fut « The dove tree - 鸽子 树 – gezi shu » (1985) de Wu Ziniu qui raconte la guerre contre le Vietnam en 1979, dont l’APL a gardé de cuisants souvenirs. Lui aussi fut interdit.

En 1987, 黑袍事件 hei paoshijian – The black cannon incident “l’indicent de canon noir “– de Huang Jianxin présenté hors concours au festival de Cannes est une satire de la bureaucratie atteinte de paranoïa à propos d’un simple télégramme, il est vrai sibyllin et aux allures de message codé, envoyé par l’ingénieur Zhao Shuxin à la recherche d’une pièce de ses échecs chinois oubliée dans un hôtel. « Recherche canon [1] noir manquant. Demande assistance de l’hôtel pour retrouver la pièce dans chambre 301 ». Inquiets, et préférant se couvrir, les bureaucrates le firent muter avant de s’apercevoir de leur bévue.

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Plus tard, chaque réalisateur de la 5e a suivi sa propre voie et ses références artistiques personnelles. Mais, portant tous les stigmates de la révolution culturelle, leurs œuvres ont en commun d’avoir été une critique du système socio-politique du pays. Aujourd’hui, leur mémoire artistique et politique s’est évaporée.

Ni la 6e génération, ni les réalisateurs modernes de films commerciaux à grand spectacle mentionnent leur influence. Tout le monde a oublié leurs innovations techniques et artistiques et le défi courageux qu’ils lancèrent au système.

Notes :

[1Les « canons » ou « bombardes » (炮 – pao -) sont des pièces d’échecs chinois placées au départ du jeu derrière les soldats (兵) et 2 rangées devant les chevaux (馬).


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