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›› Editorial

Coup de semonce libéral de Wen Jiabao

La campagne anti-corruption frappe haut et fort.

Même si nombre de critiques doutent de l’efficacité des actions de « nettoyage » en cours, qu’ils considèrent comme le dernier acte du même jeu de rôles à l’œuvre depuis plusieurs décennies, dont l’efficacité sera forcément limitée, on est obligé de constater que le style et le rythme adoptés par Wang Qishan, le « grand inquisiteur » du régime, donnent le sentiment plutôt nouveau d’une grande détermination et d’une absence totale d’état d’âme politique.

Comme, si cette fois les attaques contre les corrompus étaient débarrassées des habituelles arrières pensées de luttes de clan, au point que l’impression s’est installée que tout le monde sans exception est menacé. Mais ce jugement auquel beaucoup d’observateurs ne croient pas, devra être confirmé.

Certes l’objectif affiché est d’ordre moral. Mais en réalité c’est tout bonnement la survie du Parti qui est cause, dans une atmosphère délétère où la bourrasque des réseaux sociaux et d’internet constituent une remise en cause en temps réel de la légitimité du régime, confronté aux critiques tour à tour impitoyables, méprisantes ou cruellement sarcastiques des internautes.

Dans cette ambiance Wang Qishan, appuyé, au moins pour l’instant, par Xi Jinping, tous deux conscients de l’urgence, ciblent plusieurs étages. Celui des gaspillages des fonds publics ou des affichages ostentatoires choquants ; celui des écarts de comportements souvent liés à des affaires de mœurs mises à jour par des concubines délaissées ou frustrées et, enfin, celui, beaucoup plus sensible, des prébendes enkystés dans la nature même du régime.

Sans prétendre dresser un tableau de chasse exhaustif des récentes victimes du nouveau « Torquemada » chinois, il faut mentionner les officiels désormais privés de cartes VIP des clubs en vogue ou de plaques d’immatriculation de complaisance, ceux exclus du Parti et parfois lourdement sanctionnés pour affichage ostentatoire d’articles de luxe, l’utilisation de fonds publics à des fins personnelles ou les comportements scandaleux, ces cas étant d’ailleurs souvent le résultat de dénonciations par des internautes, parfois encouragées par l’administration elle-même.

Dans ce contexte, on ne compte plus les cadres intermédiaires mis en examen, exclus du Parti et condamnés. Mais, chacun le constate, les armes de la lutte anti-corruption ont récemment ouvert le feu sur de très hautes figures du Parti. On se souvient des mises en examen récentes de Liu Tienan Directeur de la Commission Nationale pour l’énergie et n°2 de la Commission Nationale pour la Recherche et Développement, puis de celle de Jiang Jiemin n°1 de la Commission de supervision des actifs publics (acronyme anglais SASAC). Aujourd’hui, c’est au tour du vice-maire de Nankin, Ji Jianye d’être écarté pour corruption.

Zhou Yongkang, l’ancien maître de la sécurité dans le collimateur.

Mais la grande affaire qui aujourd’hui agite la classe politique concerne l’ancien n°9 du Parti, Zhou Yongkang, ancien responsable de la sécurité intérieure, après avoir été le grand patron de CNPC, la très puissante compagnie pétrolière chinoise, et resté après son départ à la retraite le parrain occulte de la mouvance des industriels des hydrocarbures.

Zhou est au centre d’un vaste coup de filet qui cible, dit-on, plus de 400 responsables grands et petits de l’industrie du pétrole et du gaz chinois dont Guo Yongxiang, un des anciens secrétaires de Zhou, suivi de Wu Bing, un riche homme d’affaires du Sichuan proche de Zhou, puis par 4 hauts dirigeants en fonction de CNPC, auxquels s’est tout dernièrement ajouté Wei Zhigang, le n°1 de CNPC en Indonésie.

Surtout un article du 21 octobre du South China Morning Post indiquait que, pour enquêter sur les corruptions de la mouvance Zhou, Xi Jinping aurait mis sur pied une commission spéciale dirigée par Fu Zhenghua, le chef de la police armée populaire de Pékin, membre du Comité Permanent de la capitale et vice-ministre de la sécurité publique, directement placé sous les ordres du Président, échappant ainsi dit-on à la hiérarchie du Parti.

Il n’est pas anodin de signaler que Fu, expert en médecine légale a été nommé au mois d’août 2013 durant le séminaire d’été de Beidaihe, au moment même où, selon la rumeur, fut décidée la mise en cause de Zhou Yongkang ; qu’il est également chargé d’organiser les ripostes du Parti contre les internautes accusés de diffuser des fausses rumeurs et qu’il fut aussi, du temps de Hu Jintao et Wen Jiabao, celui qui avait mené la charge vigoureuse contre les boîtes de nuit et la prostitution à Pékin en 2010.

Le caractère exceptionnel de ces dispositions qui confient à la police la responsabilité d’une enquête sur un responsable politique, normalement du domaine de la Commission de discipline du Parti, témoigne à la fois du caractère sensible du cas Zhou Yongkang et de l’intérêt que le Président lui porte. On le comprend puisque c’est la première fois depuis 1976 qu’un membre du Comité Permanent du Bureau Politique est la cible disciplinaire du Parti.

Pour autant quelle que soit l’efficacité des nouvelles campagnes anti-corruption qui, on doit le reconnaître, mettent le Parti sous tension dans une atmosphère de suspicion peu propice à la sérénité, il n’est pas certain qu’elles parviendront à éradiquer la corruption.

Les opposants qui s’expriment sur internet en doutent et raillent la campagne de Xi Jinping, dont certains aspects tournent parfois à des séances d’auto critique qui rappellent l’ère maoïste au point que, raconte le Quotidien du Peuple, certains cadres qui se désignent publiquement à l’attention critique de leurs collègues sont parfois au « bord des larmes », ravivant des images qu’on croyait oubliées dans la Chine moderne évoluant vers un état de droit.

Un internaute écrit que ces grands affichages moraux ne sont que des mises en scène voués à l’échec de la bureaucratie à la recherche d’une légitimité populaire ; d’autres ironisent sur les confortables comptes en banque des cadres. Mais pour les plus anciens, les réminiscences maoïstes sont attachées à des souvenirs cruels quand Mao avait martyrisé une bonne partie des cadres y compris les plus hauts dirigeants.


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