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›› Politique intérieure

Covid-19. Nouvelles de Wuhan, regards sur les isolés de la Chine profonde. Confiance et légitimité politique

Le 10 mars, le président Xi Jinping était à Wuhan où, sans se départir de la rhétorique de combat qu’il affectionne, soulignée par les slogans derrière lui, « guerre populaire, 人民战争- ou guerre totale 总体战, il a déclaré la victoire contre le fléau du Covid-19.


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Comment vont les expatriés français restés à Wuhan ? Et comment réagissent à l’épidémie les Chinois isolés au fond de l’arrière-pays ? Les réelles performances du régime pour contenir l’épidémie que le n°1 vient de mettre en avant lors de son premier déplacement à Wuhan, seront-elles suffisantes pour maintenir la confiance entre le pouvoir et la société ?

La note qui suit donne quelques éléments de réponse à ces questions en s’appuyant sur des témoignages directs de terrain.

Elle met en contrepoint la situation et l’humeur de jeunes chinois en majorité étudiants, exilés dans la province autonome du Ningxia à 1500 km au nord-ouest et la vision d’hommes d’affaires français pour l’instant encore confinés à Wuhan, l’épicentre de l’épidémie.

Ces témoignages des Conseillers du Commerce Extérieur (CCE) résumés par l’avocat Paul Ranjard reproduits in-extenso, sont complétés par un reportage du South China Morning Post qui rend compte d’incidents à Wuhan avec la population excédée par les inspections de Pékin où les cadres locaux travestissent la vérité pour plaire à la hiérarchie.

Au Hubei, des sentiments positifs et quelques bémols.

Alors que depuis Wuhan les CCE français font remonter l’image d’une solidarité des Chinois avec les expatriés, et alors que le président Xi Jinping a été forcé de supprimer son voyage officiel au Japon, des Japonais font passer ce message de solidarité aux Chinois. La calligraphie 加油中國 – bon courage à la Chine – écrite par un visiteur japonais était exposée au centre culturel chinois de Tokyo. Il y avait aussi 武漢必勝 Wuhan triomphera.


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A Wuhan, quelques Conseillers du Commerce Extérieur de la France restés en Chine au cœur de l’action, ou plutôt – pourrait-on dire – de la douloureuse inaction qui consiste à se calfeutrer contre un ennemi invisible, apportent leur témoignage.

La gamme de leurs activités est variée - jeux vidéo, maisons de retraite médicalisées, pièces détachées d’automobiles, événementiel, services financiers, boissons alcoolisées, graphisme, films protecteurs pour surfaces industrielles, transformation du verre, logistique, construction navale - et pourtant, tous expriment un même sentiment : une profonde admiration pour la capacité de résilience et l’esprit de solidarité de leurs personnels chinois.

« Je suis à la fois impressionné par la vigueur des mesures prises dans la région de Hubei et dans toute la Chine, et par la solidarité, la discipline des citoyens chinois pour respecter les mesures » dit un cadre chez Pernod Ricard à Shanghai.

Ses équipes dit-il « en particulier les ressources humaines, ont travaillé d’arrache-pied depuis le 24 janvier, en veille permanente, pour suivre l’évolution des directives gouvernementales et locales, afin d’assurer la sécurité et la protection des salaires et prendre en charge ceux en situation difficile ».

Même son de cloche chez Holophane à Dalian : « Nous allons surmonter cette épidémie avec la cohésion et le courage des Chinois et des autres nationalités restées dans le pays. Nous sommes tous dans le même bateau et allons passer cette tempête qui aura eu un seul effet : nous rendre plus forts ».

A Novacel – Shanghai on n’est pas en reste : « La résilience des habitants de Wuhan et de la Province du Hubei, la réactivité et l’adaptabilité de la population chinoise, le courage du personnel soignant ne peuvent qu’inspirer le respect et l’admiration ».

Un cadre de Creative Capital - Shanghai conclut : « On ressent une vraie solidarité et la volonté de traverser cette crise, ensemble, de manière collective ». Une Chinoise de Wuhan employée chez Altavia - Shanghai, ne cache pas non plus son admiration : « Nous voulons témoigner du courage et de la dignité dans l’épreuve de la population de Wuhan, de l’élan de solidarité que cette catastrophe a suscité à travers toute la Chine ».

Dissonances.

Les ruptures d’approvisionnement créent des tensions. La Chine n’est pas la seule. En Australie des échauffourées ont eu lieu pour du papier-toilettes.


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Tout n’est pas rose pourtant. Un cadre d’Acome – Wuhan, dans l’œil du cyclone, relate dans le détail les difficultés, surtout psychologiques, rencontrées pendant cette période. Observateur précis des comportements humains, il assortit l’enthousiasme général quant à la discipline ambiante, d’un léger bémol.

« La dernière fois que je suis allé au supermarché, j’ai assisté à une scène que je n’aurais jamais cru voir un jour : les rayons de viande étaient vides et il s’était formé une file de personnes de 10 mètres de long, près de la porte de la réserve du magasin. Dès que la porte s’est ouverte, toutes ces personnes se sont ruées sur l’employée qui sortait avec un caddie rempli de viande à mettre en rayon. »(…)

(…) « Son caddie a été vidé en quelques minutes, et les personnes partirent en courant, fières d’avoir réussi à prendre un morceau de viande. S’en est suivi une heure de queue à la caisse du magasin. Depuis, je vis sur mes réserves en espérant ne pas avoir besoin d’y retourner de sitôt ». « Précipitation bien compréhensible », commente Paul Ranjart, « quand on pense aux circonstances. »

En revanche, cette petite anecdote relatée par un cadre de Virtuos – Singapour avec sites à Shanghai, Chengdu -, révèle un comportement moins excusable de la part d’une entreprise en France. « En février 2020, une commande de 10,000 masques est passée auprès d’un grossiste en France. La livraison des masques commandés d’abord planifiée, fut reportée. Elle n’arrivera jamais. »

« Le grossiste a annulé la commande sous des prétextes fantaisistes avant de réafficher les mêmes produits sur Amazon avec un prix multiplié par 3 ». « Élégant », commente avec amertume P. Ranjart, qui précise que « le nom du grossiste n’a pas été révélé. »

Personnes âgées.

Comme chez nous les séniors sont les plus menacés. En Italie, cité par le China Daily l’âge des décès est à 45% entre 80 et 89 ans, 14% à plus de 90 ans, 32% entre 70 et 79 ans, 8% entre 60 et 69 ans.


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Un cadre de « Colisée » - Shenzhen rencontre pour sa part des difficultés particulières vu que son activité consiste à veiller au bien-être des personnes âgées, lesquels sont une catégorie particulièrement exposée aux risques de l’infection.

Les résidences ont été mises en quarantaine totale le 26 janvier (soit plus d’un mois et demi à ce jour), obligeant les salariés et résidents à se protéger de l’extérieur dans conditions très précaires. Ces restrictions entraînent une souffrance additionnelle pour ces pensionnaires qui ont besoin de lien social : « En effet, la dimension psychologique est un challenge à l’heure actuelle : éviter l’anxiété liée à l’épidémie et la dépression née l’isolement et de l’absence de visites. »

Crise sanitaire et crise économique.

La Chine accuse le coup avec une chute brutale des indices directeurs d’achat de production et des services. La secousse a des répercussions sur toute la planète. Si elle durait, elle remettrait en cause l’ancienne appréciation positive de la mondialisation.


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Comme le résume un CCE, « Les enjeux sont importants, une rupture client aura des conséquences irréversibles sur le business. Les clients se rapprocheront de nos concurrents non localisés à WUHAN pour s’approvisionner et ils ne reviendront pas vers nous.

La situation était déjà très difficile à cause de la baisse d’activité du secteur automobile qui dure depuis 18 mois. Mais la crise sanitaire va vite tourner à une crise économique après laquelle il sera difficile de se relever. C’est un coup de massue. »

Tous se sont organisés pour maintenir une activité en utilisant autant que possible les possibilités du travail à distance. Personne ne sait combien de temps cela va durer... mais les CCE sont prêts.

Finalement, c’est un sentiment de chaleur humaine, on pourrait dire, de fierté qui ressort de cette crise. Sentiment qui se trouve assez bien illustré dans le petit évènement qui suit : une petite équipe d’une trentaine de salariés composant une agence de graphisme/publicité subit de plein fouet le ralentissement de l’activité, les clients qui cessent de payer.

Elle a décidé de réduire ses salaires de 30% plutôt que de voir cinq d’entre eux licenciés pour motif économique. Il en est résulté un sentiment de solidarité renforcé qui vient fait écho à l’état d’esprit de nos témoins CCE.


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