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Démaoïsation ?

Le 1er octobre réveille les analyses historiques sur le rôle et la personnalité controversés de Mao. Le sujet n’est pas uniquement de portée historique ou académique. Il renvoie directement à la politique intérieure et aux ressorts idéologiques du Parti, à son influence sur le peuple et, de manière indirecte, aux controverses internes sur les effets pervers des modernisations.

Ceux-ci nourrissent, entre autres, les corruptions et les écarts de développement. Ils poussent les conservateurs les plus radicaux à fustiger les choix de l’actuelle direction du Régime et à se réfugier dans la référence nostalgique à l’ère Mao, où « tout le monde était également pauvre, mais motivé par une véritable solidarité et un authentique esprit révolutionnaire ».

Trois décennies après la disparition de Mao, la Chine est propulsée par un système économique en totale contradiction avec l’idéologie maoïste ; les idées du Grand Timonier, de la révolution mondiale à la politique démographique, en passant par le système d’encadrement des masses, les critiques de Confucius et la collectivisation des campagnes, sont unanimement rejetées. Mais la statue du fondateur de la République Populaire est encore debout. Elle porte toujours la fierté et la nostalgie de nombreux Chinois.

Les articles sur la question fleurissent. Sur le site « Project Syndicate », Chris Patten, dernier gouverneur britannique de Hong Kong, peu suspect de sympathie à l’égard du Grand Timonier, qu’il avait longuement critiqué lors de la sortie de la très noire biographie de Mao par Jun Chang et Jon Halliday en 2005, souligne à quel point l’image magnifiée de Mao est encore présente dans la mémoire collective, encore imprégnée du puissant souffle de fierté patriotique qui, le 1er Octobre 1949, était passé sur un pays martyrisé et crucifié depuis 150 ans par des luttes internes et des invasions étrangères. A l’évidence, la légende, teintée de romantisme révolutionnaire, contribue encore à la légitimité du régime.

Ce qu’il ne peut obtenir par la voie d’élections démocratiques, le Parti entend se l’approprier, non seulement par l’étalage de ses spectaculaires succès économiques, mais encore et toujours par le biais de la « geste maoïste » revisitée. Sur les survivances de la pensée maoïste au sein de l’appareil, le New York Times appelle à la rescousse le vénérable Wu Jinglian (79 ans), le plus célèbre économiste de Chine, ancien conseiller de Deng Xiaoping et Zhao Ziyang, adepte convaincu de l’économie de marché, au verbe acéré. Toujours très prolixe, peut-être déçu d’avoir été mis sur la touche au départ de Jiang Zemin, il se dit inquiet : « les maoïstes radicaux ont gagné en influence depuis 2004, tandis que la clique des capitalistes ne pense qu’à faire de l’argent ».

Le Guardian consacre un long reportage au développement du « tourisme rouge » à Yan’an ou à Changsha devenus des lieux de pèlerinages obligés, objet d’une dévotion religieuse parfois déplacée. Les cadres et les simples particuliers disent se ressourcer dans les bases historiques de la révolution maoïste : « nous admirons l’esprit de Mao, qui ne s’avouait jamais battu, et affrontait courageusement les difficultés ». En dépit de son silence, le Parti continue de se nourrir de cette vénération populaire. Il est peu probable que, dans un avenir proche, il modifie son jugement officiel sur le Grand Timonier, selon lequel et - pour solde de tous comptes - « ses mérites priment sur ses erreurs ». En restant fidèle à cette appréciation, il se met en symbiose avec la majorité du peuple chinois.


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