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›› Politique intérieure

Emeutes au Tibet

Au Tibet les communautés tibétaines et Han ne vivent pas en harmonie. Le ressentiment et les cloisonnements sont palpables et empoisonnent l’atmosphère. La violence qui s’exprime ces jours-ci dans la Région Autonome est en partie la conséquence de cet état de fait : l’intégration se fait mal entre deux cultures et deux peuples très différents. Aux frustrations des Tibétains, sujets à de nombreuses restrictions et surveillances, agaçés par la colonisation, par endroits massive, des Han, qui prétendent aussi organiser la religion, s’ajoutent les mauvais souvenirs de l’histoire récente marquée par la répression chinoise et la fuite du Dalai Lama en Inde en 1959.

Voilà près de 20 ans que des incidents aussi graves ne s’étaient pas produits. Il faut remonter à 1989, époque à laquelle le Président Hu Jintao était secrétaire du Parti de la province du Tibet, pour retrouver des désordres de même ampleur et une aussi lourde intervention des forces de l’ordre qui, aujourd’hui quadrillent Lhassa.

Le bilan des émeutes est difficile à estimer. Depuis trois jours la violence court les rues de la capitale, et les civils tibétains, mêlés à des centaines de moines, s’en sont pris aux forces de l’ordre, assez violemment bousculées, et aux magasins chinois qu’ils ont incendiés, pour protester contre l’emprisonnement de plusieurs moines qui exigeaient l’indépendance. Le gouvernement de la Région et Pékin affirment que « dix personnes innocentes » ont été tuées par des manifestants « provocateurs, manipulés par la clique du Dalai lama », considéré par Pékin non pas comme un chef religieux, mais comme un dissident politique. Ce dernier, peut-être poussé par la faction radicale de la diaspora tibétaine, avait, il y a quelques jours, critiqué, avec une violence inhabituelle, les méthodes policières de la Chine. Après le déclenchement des émeutes, il n’a cependant pas cessé d’appeler au calme et à la retenue.

Les Tibétains en exil et d’autres sources à Lhassa, relayées par des médias étrangers font, de leur côté état, de plusieurs dizaines de tués. Mais l’information n’est plus vérifiable. Le samedi 15 mars, le gouvernement, qui a fermé l’accès de la province aux touristes étrangers, a commencé à présenter sa version des faits en diffusant des images univoques d’agressions commises par des manifestants. Simultanément les reportages des grands médias internationaux autorisés en Chine étaient bloqués, tandis que l’accès aux sites Internet relatant les événements devenait de plus en plus difficile.

Des effervescences ont également eu lieu dans la province du Gansu, qui abrite de fortes communautés tibétaines. Il est clair que cette poussée de violence téléguidée par les Tibétains en exil et fomentée par des résidents exaspérés veut tirer profit de la proximité des JO qui placent la Chine sous les feux directs de l’actualité.

L’incompréhension entre les Tibétains exilés et la Chine est totale : Le Dalai Lama affirme qu’il réclame seulement l’autonomie promise par Pékin. La Chine voit dans cette insistance un stratagème pour promouvoir l’indépendance, avec l’aide de sympathisants étrangers, pour la plupart Occidentaux. C’est ainsi qu’elle explique son refus de dialoguer avec les Tibétains exilés et le Dalai Lama. Il reste que le contexte des JO complique sérieusement ce jeu. S’il devenait clair que la répression s’est abattue brutalement sur les moines du Tibet, qui bénéficient de sympathie de la quasi-totalité des intellectuels occidentaux, la belle image d’une Chine ouverte, transparente, appliquée à construire une société harmonieuse et organisant des JO exemplaires, serait passablement écornée.


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