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›› Politique intérieure

Emeutes au Tibet : Des intellectuels chinois réagissent

Le 22 mars, 29 intellectuels chinois, connus pour leur franc-parler et les critiques qu’ils expriment habituellement à l’égard du Parti, ont signé une pétition en 12 points demandant au gouvernement chinois de mettre fin aux violences au Tibet, à la propagande univoque qui provoque la haine, au blocage de l’information et à la fermeture de la province autonome.

Les recommandations incitent à la reprise du dialogue avec le Dalai Lama, condition essentielle de la réconciliation, et à l’adoption d’une politique favorisant la liberté de culte et le respect des nationalités - parties intégrantes de la nation chinoise -, plus conforme « aux standards d’un pays moderne et civilisé, telle qu’elle est inscrite dans la constitution de la République Populaire ».

Elles soulignent que la contagion des désordres vers d’autres provinces de Chine montre que « de graves erreurs - qui doivent être corrigées- ont été commises dans la politique à l’égard du Tibet ».

Eviter les représailles indiscriminées.

Évoquant les violences, déprédations et crimes commis par les Tibétains à Lhassa, la pétition adopte une approche en deux points : 1.- les instigateurs et les coupables, à l’exclusion des autres Tibétains qui ne devraient pas faire l’objet de représailles indiscriminées, devront être poursuivis, puis jugés par des procédures ouvertes et transparentes. 2.- Par ailleurs, une enquête devrait être diligentée afin de déterminer les raisons pour lesquelles les autorités locales, qui affirment avoir été informées à l’avance de l’éclatement possible de troubles, n’ont pris aucune mesure efficace pour empêcher l’escalade de la violence.

Enfin, reprenant les appels de certaines ONG et de quelques gouvernements occidentaux, la pétition suggère que le gouvernement chinois invite la Commission des Nations Unies pour les droits de l’homme à conduire au Tibet une enquête indépendante sur le déroulement des incidents et le nombre de victimes.

Parmi les signataires, certains ont déjà eu maille à partir avec la justice chinoise et ont séjourné en prison pour « incitation aux désordres » ou « divulgation de secrets d’Etat ». S’il est vrai qu’une bonne moitié sont des militants actifs pour le respect des droits de l’homme en Chine, ou pour la mémoire des étudiants victimes de la répression de 1989 à Tian’anmen, au sein de l’association « Tian’anmen mothers », d’autres sont des écrivains qui se disent prêts à dialoguer et travailler avec le pouvoir.

Wang Lixiong activiste du droit des minorités.

C’est le cas, entre autres, de Wang Lixiong, militant écologiste, intéressé par la situation des minorités et les mouvements démocratiques, auteur de « Funérailles célestes, le destin du Tibet », « Souvenirs du Xinjiang » ou de « Péril jaune », d’abord interdit en Chine et publié au Canada sous le pseudo de Bao Mi.

Dans l’ambiance paranoïaque actuelle, dont on peut lire quelques exemples sur le net, où près de 75% des intervenants expriment des sentiments de mépris, de haine et de vengeance à l’égard des Tibétains, ces prises de position introuvables en Chine, tranchent par leur justesse et leur mesure.

Sans une reprise du dialogue avec les moins radicaux des Tibétains, dont fait partie le Dalai Lama, le risque existe en effet d’une cristallisation des rancoeurs qui entachera les JO, d’autant que les plus radicaux des Tibétains en exil y voient certainement la dernière « fenêtre d’opportunité ». Mais le Parti, soucieux de préserver son image et celle des Jeux, sera peut-être sensible à ces risques.

Fragilité de la civilisation tibétaine.

Au-delà, on peut se demander si les événements qui se produisent en cette année des JO, auxquels Pékin tient tant pour parfaire son image de puissance responsable intégrée dans la communauté internationale, ne sont pas les soubresauts d’une civilisation perdue, en passe d’être submergée par le déferlement des Chinois Han, alors que le gouvernement a décidé d’investir plusieurs centaines milliards de Renminbi dans la province, le long de la voie ferrée, qui sera prolongée.

Tout cela donne déjà des résultats : l’invasion des touristes et des affaires a augmenté le niveau de vie moyen des Tibétains. Même si beaucoup s’estiment toujours laissés à l’écart, les plus jeunes sont de plus en plus réticents à rester confinés dans le mode de vie traditionnel où la religion occupe encore près de 60% de la vie quotidienne.

Quel développement planétaire ?

Ces effervescences, incompréhensions et souffrances renvoient en partie à ce qui se passe dans le monde : une lutte entre la civilisation matérielle et commerciale, avide de croissance et de profits qui ne respecte ni les hommes ni la nature et ceux - O.N.G, écologistes, mystiques, religieux, humanitaires - qui se battent pour faire reculer les destructions sauvages, les atteintes à l’environnement et les déséquilibres de toutes sortes, pour tenter de revenir à des modes de vie plus authentiques, plus équilibrés et plus humains.

Pékin, qui craint la contagion des séparatismes et tient comme à la prunelle de ses yeux aux avantages stratégiques du « pays des neiges », ne semble prêt à aucune concession.

La seule chance - bien mince - du Tibet traditionnel serait qu’en plus de ses caractéristiques naturelles exceptionnelles symboles d’une écologie encore préservée, la province soit aussi considérée comme le refuge mystique d’une culture religieuse unique, aujourd’hui reconnue pour sa tolérance et sa capacité à favoriser la paix de l’esprit et de l’âme - ce qui ne fut pas toujours le cas dans l’histoire -, dont l’influence se développe en Chine et partout ailleurs dans le monde.


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