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Il y a dans l’ADN du Parti communiste chinois une tendance au gigantisme, vu comme une expression de puissance. Depuis 2019, les surplus commerciaux dus à la faible demande intérieure ont explosé, ce qui a poussé les groupes chinois à explorer les marchés internationaux, tirant inexorablement les prix vers le bas. Ici des rouleaux d’acier dont la production s’est envolée de +35% en 2024.
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A la mi-Janvier, le Bureau National des Statistiques a publié les chiffres officiels de l’économie 2024. Corrigée de la variable de l’inflation, la croissance pour l’année a été exactement de +5% - en réalité de +4,5% en chiffres bruts non corrigés – ce qui signifie que la tendance était déflationniste pour la deuxième année consécutive.
Notons au passage qu’une analyse de Rhodium Group, nettement moins optimiste, situe la croissance à seulement +2,8%, ce qui nourrit les doutes sur la fiabilité des chiffres officiels.
Chez J.P. Morgan on relève en tous cas que les réactions des investisseurs aux chiffres officiels de la croissance ont été modérées. Nombre d’entre eux attendent en effet des éclaircissements politiques après le Nouvel An chinois et surtout des signes d’un retour de la confiance, toujours pas au rendez-vous. Le fait est que la défiance persiste, soulignée par la prolongation depuis sept semaines des tendances déflationnistes.
Il est néanmoins exact que l’élan de rétablissement s’est accéléré au cours du dernier trimestre avec une production industrielle et des ventes au détail supérieures aux prévisions, signalant à la fois une reprise des services, de l’activité manufacturière et un rebond de la consommation grâce à la croissance du commerce en ligne établie à +7%.
Les services qui ont connu une croissance moyenne de +5,0% ont été tirés par le dynamisme des secteurs de l’information numerique et des logiciels (+10,9%), du leasing et des services aux entreprises (+10,4%), de la restauration et de l’hôtellerie (+6,4%), des services financiers (+5,6%) et du commerce de gros et de détail (+5,5%).
Quant au secteur manufacturier, sa croissance a été de +6,1%, dynamisée par la production de véhicules électriques, de circuits intégrés et de robots industriels (respectivement +38,7%, +22,2% et +14,2%.).
Les résultats affichés avec emphase par le BNS conformes aux objectifs officiels de l’appareil arrêtés lors des sessions des deux assemblées de mars 2024, ont été obtenus grâce aux mesures de relance directement à l’origine du rebond du quatrième trimestre dans les secteurs clés de l’industrie, des services et du numérique.
Surtout, facteur décisif du maintien de la croissance, la puissance des exportations dont la part dans le PNB est au plus haut niveau depuis 1997, a généré un surplus commercial proche de 1000 Mds de $. Malgré les défis persistants, notamment les pressions extérieures des droits de douane américains et l’insuffisance de la consommation (hors commerce en ligne), le BNS estime que le potentiel de croissance du pays à l’horizon 2025, dernière année du 14e plan quinquennal, se maintiendra à +5%.
L’optimisme correspond à une détermination de l’appareil décidé à intensifier les mesures de relance et à accentuer son soutien politique face aux défis rémanents de la crise de l’immobilier, d’une consommation intérieure encore hésitante, d’un taux de chômage de 5,1% plus élevé que les prévisions et de la préoccupante contraction de la démographie [1].
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Simultanément notons que les discours de l’appareil conscient des vulnérabilités latentes de l’économie chinoise [2], reprennent la rhétorique des nécessaires réformes structurelles, destinées à rétablir la confiance du secteur privé et des investisseurs.
Les difficultés d’une authentique réforme structurelle.
Les parts excessives dans le PIB du secteur immobilier et des investissements d’infrastructure sont, avec régime de la propriété foncière toujours considérée sans nuance comme un actif de l’État, parmi les vulnérabilités de l’économie chinoise jamais corrigées par l’appareil.
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L’exigence des réformes est récurrent mais se heurte à deux obstacles. Le premier est que l’appareil qui craint une déstabilisation à son détriment de l’équilibre socio-politique hésite à mieux partager la richesse ; le deuxième renvoie à l’inquiétude qu’un basculement structurel handicape durablement la croissance.
La réalité économique est cependant que le défaut de réformes de fond perpétue les anciens moteurs de la croissance que sont les investissements d’infrastructure dont la rentabilité devient aléatoire et l’export. A l’origine d’un fort excédent commercial, ce dernier est un incontestable point fort générateur de fortes réserves de change.
En même temps, trop dépendant de la situation internationale et générateur de tensions avec la longue liste des pays dont les échanges avec la Chine sont en déficit, sa part prévalente dans le PIB, met en lumière la faiblesse de la consommation intérieure, elle-même symptôme de la défiance née, entre autres, d’un système de couverture social insuffisant.
Ce n’est pas tout. L’affaissement de la confiance prend aussi racine dans des causes conjoncturelles politiques, liées au manque de souplesse de Xi Jinping dont les interventions omnipotentes ont créé des réactions d’humeur et des rigidités. « Il s’occupe de tout et s’en occupe mal » dit un chef d’entreprise à Pékin.
En aout 2023, Adam S. Posen, Docteur en économie de Harvard estimait dans « The end of the China economic miracle » que le tassement de la croissance chinoise était en partie la conséquence des ingérences politiques de Xi Jinping, dans le système économique chinois.
En substance, plus que le virus, le durcissement autoritaire de Xi Jinping depuis le début de la pandémie, avait été une des causes du freinage économique lui-même provoqué par le réflexe de défiance publique à un extrême interventionnisme ayant affaibli l’élan général de l’économie.
A l’appui de sa thèse, Posen cite la mise au pas de Jack Ma puni pour avoir critiqué le système financier chinois et la brutalité inouïe des confinements qu’il interprétait comme le symptôme d’un autoritarisme sans mesure, que certains intellectuels chinois ont comparé à une « campagne d’enfermement de masse » dont le premier effet fut de détruire la confiance et d’installer la peur durable de l’arbitraire.
(Sur ce sujet lire l’analyse de François Danjou qui trace l’itinéraire de l’affaiblissement politique du Président Xi Jinping et l’effritement de con capital de confiance : De la toute puissance à la crise politique. L’itinéraire de l’affaiblissement de Xi Jinping).
Retour de Jack Ma, prise de conscience et correction de trajectoire.
Le 17 février, Jack Ma qui avait été ostracisé en 2020, était parmi les PDG des groupes privés du numérique invités par Xi Jinping. L’évènement signale la fin de la répression normative et le retour en grâce des investisseurs privés comme sources de création de richesse.
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Il est peu probable que Xi Jinping dont l’ADN nationaliste est clairement orienté vers la promotion et le soutien des grands groupes publics, champions chinois capables de rivaliser avec la puissance des géants américains des hautes technologies, se soit brusquement converti au libéralisme.
Il n’en reste pas moins que la récente réunion, le 17 février dernier, autour du Président des grands patrons chinois des hautes technologies dont certains avaient été brutalement ostracisés par l’appareil, marque une inflexion dogmatique.
Parmi les invités, à côté de Ren Zhengfei fondateur de Huawei, nº1 mondial des équipements télécoms 4G et 5G diversifié avec succès dans la téléphonie mobile et Wang Chuanfu, modeste et ingénieux fabricant de batteries devenu PDG de BYD qui aujourd’hui rivalise avec TESLA, se trouvait Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, souvent assimilé à une réplique chinoise d’Amazon. [3], réapparu en public après avoir été brutalement mis au pas par Xi Jinping en 2020.
(Lire nos articles : Le micro-crédit en ligne percuté par le principe de précaution et la normalisation politique & Jack Ma s’est évanoui. LA FOURMILIÈRE A PERDU SA REINE).
Le moins qu’on puisse dire est que le retour en grâce de Jack Ma, montré par CCTV applaudissant l’arrivée de Xi Jinping au Grand Palais du Peuple, est d’abord le symptôme d’un assouplissement de la mainmise politique sur les affaires des grands groupes chinois du numérique ; il est aussi le signe qu’au-delà de la propagande, le pouvoir cherche par tous les moyens à corriger les lourdeurs étatiques d’un système qu’il peine à réformer.
Note(s) :
[1] Mesuré pour la première fois en 60 ans, le recul démographique était de 850 000 en 2022, de 2,08 millions en 2023 et de 1,408 millions en 2024. Au total en trois ans, la baisse de la population a atteint 4,316 millions. C’est le premier recul démographique enregistré depuis la grande famine du « Grand bond en avant » (1959-1961). Fin 2024, la population en âge de travailler ne représentait que 60,9% du total, avec la proportion des 65 ans et plus ayant atteint 15,6%.
La tendance limitera l’offre de main-d’œuvre et alourdira la charge pesant sur les systèmes de protection sociale.
Un modélisation démographique réalisée par l’ONU suggère que la population de la Chine continuera à diminuer pour atteindre 1,313 milliard d’ici 2050 – soit une chute de 97 millions par rapport au recensement de 2020 - et tomber en dessous de 800 millions d’ici 2100. Pour mémoire en France, les 65 ans et plus dont la proportion a progressé de 4,7% en 20 ans, ont déjà dépassé la barre des 20% depuis 2020.
[2] Au-delà des spectaculaires succès industriels et socio-économiques réalisés en un temps record, les multiples vulnérabilités chinoises sont connues. Certaines sont liées à la faiblesse des ressources, notamment agraires au regard de la masse démographique, aggravée par un système restrictif de propriété de la terre ;
Les vastes conglomérats industriels étatiques dominent les secteurs de l’énergie et des mines où l’innovation est étouffée par les contraintes bureaucratiques ; la priorité systémique donnée par l’appareil à l’industrie sur les services a, à quelques exceptions près comme les Terres rares, entrainé, une dépendance aux ressources primaires - énergie et mines - ;
La prévalence rémanente donnée aux investissements d’infrastructure et à l’immobilier crée de formidables gaspillages alors que les demandes d’aménagement du territoire et de logement de l’immigration rurale sont en partie éteintes.
Sans compter que les groupes privés pourtant premiers pourvoyeurs de travail, ont récemment été attaquées par l’appareil, décourageant à la fois l’innovation et la création de richesse, tandis que la domination sur la finance par l’État qui contrôle étroitement le taux de change du Yuan et le compte de capital, incite à la fuite des capitaux qui, en octobre 2024, a atteint 75 Mds de $, chiffre record depuis 2015.
[3] Le schéma commercial d’Alibaba est diffèrent de celui d’Amazon. Quand Amazon fonctionne principalement comme une plateforme « Business-to-Consumer (B2C) » conçu pour la vente directe à courts délais au consommateur final, articulée à des centres de stockages positionnés près des marchés, Alibaba dont le schéma sans stockage moins risqué et plus fluide, connecte les grossistes aux détaillants sur le mode « Business to Business (B2B) ».
Amazon génère une part importante de ses revenus non seulement grâce à des services d’abonnement tels qu’Amazon Prime, mais aussi grâce à la vente directe, le groupe agissant à la fois comme grossiste et détaillant. Les revenus d’Alibaba qui ne pratique pas de vente directe, proviennent principalement des frais de service, notamment de la publicité et des abonnements « premium » souscrits par les vendeurs sur ses plateformes.