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›› Politique intérieure

Faces cachées et risques de la mise au pas des groupes numériques

Le gouvernement chinois continue à resserrer son contrôle sur les géants du numérique et sur l’entreprise privée dont le succès commercial explose. Dans le collimateur, des entreprises privées à la croissance rapide ayant une surface internationale, mais pas seulement.

Les victimes sont connues. Ant Group 蚂蚁集团 – Ma Yi Jituan (« Groupe La fourmi », ancienne filiale d’Alibaba, finances et crédit en ligne), Tencent 腾讯 Teng Xun, (« Message au galop », jeux, loisirs et services en ligne, messagerie sociale – QQ et WeChat), Meituan 美团 (« Beau Conglomérat », achats en ligne, services, loisirs, conseils et guide de voyage, répertoire de l’avis des consommateurs) ;

Pinduoduo 拼多多 (« Épeler - ou déchiffrer - l’abondance », jeux et commerce en ligne de produits bon marché et de faible qualité), DiDi Chuxing 滴滴出行 (« Didi Voyages », 90% du marché des VTC en Chine, avec une présence dans 16 pays étrangers), Full Truck Alliance – FTA - (Fret routier, mise en relation des réseaux de chauffeurs et de transporteurs avec leurs clients) ; Kanzhun 看准 (« Vision précise », recrutement, mise en relation des entrepreneurs et des demandeurs d’emploi).

En apparence, la mise aux normes est une reprise en main politique de puissances numériques connues du secteur de la haute technologie pouvant cristalliser des pouvoirs potentiellement concurrents. Mais la réalité pourrait être plus complexe.

Objectifs et raisons politiques.

Selon une enquête réalisée par le site d’information et de services SupChina auprès d’investisseurs, d’entrepreneurs et d’analystes politiques, le coup de balai répond aux trois impératifs de la lutte anti-trust, de la sécurité des données et, par-dessus tout, du contrôle de l’expansion désordonnée du capital des sociétés ciblées par le régulateur.

Alors que le 28 juillet dernier, le Washington Post écrivait que « la Chine avait entrepris de mettre au pas ses géants du numérique, ce que les États-Unis ne semblaient pas être en mesure de faire », Pékin a depuis la création de son système de régulation des marchés en 2018, déjà ciblé au moins 35 sociétés et plateformes Internet. Parmi elles, la plus puissante était Alibaba ayant écopé d’une amende de 2,8 millions de dollars, le 10 avril 2021.

Le groupe, réplique d’Amazon, créé par Jack Ma est un symbole. Comme les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), il coche toutes les cases de puissants vecteurs de pouvoir (Monopole, sécurité des données et exubérance financière) que l’appareil chinois entend garder étroitement sous son contrôle.

L’amende infligée à Alibaba était un coup de semonce. Au demeurant, ne comptant que pour 4% des revenus annuels du groupe, elle était symbolique. La plus brutale pression fut politique, contre Jack Ma le fondateur. Lire : Jack Ma s’est évanoui. LA FOURMILIÈRE A PERDU SA REINE. Une mise au pas dont tous les aspects avaient un insistant parfum de « révolution culturelle » - y compris la séance de contrition publique - qui n’a pas échappé aux PDG de la nébuleuse numérique chinoise.

Les mois suivants, le régulateur leur infligeait à tous des sanctions financières. Personne n’a été épargné, depuis Tencent jusqu’à Baidu et ByteDance (TikTok), en passant par Meituan et, dernières cibles en date, les sociétés d’éducation privées à très gros revenus comme New Oriental Education. La différence avec Washington est évidente. En Chine, le pouvoir recadre les groupes, sans nuance.

Aux États-Unis, même si par le passé des grands monopoles ont été démantelés pour abus de position dominante comme American Tobacco, la Standard Oil et Du Pont de Nemours (1911) ou AT&T, coupé en deux en 1984, la mise aux normes de ces monstres privés protégés par des nuées d’avocats paraît plus compliquée [1].

Il reste que les trois raisons objectives et politiquement cohérentes citées plus haut (lutte contre les monopoles, protection des données et contrôle de l’exubérance financière), ne sont pas les seules à sous-tendre la mise aux normes en cours. D’autres facteurs d’ordre social et idéologique sont à l’œuvre.

Note(s) :

[1(Source Vogel.com) « L’Europe se préoccupe de la puissance excessive des GAFA. Aux États-Unis, un rapport présenté au Congrès réclame une réforme des lois antitrust pour mettre fin « aux acquisitions meurtrières » et aux « monopoles numériques » des géants du web. Le rapport suggère notamment un démantèlement qui conduirait Facebook à se priver d’Instagram et de Whatsapp, et Google de Youtube. ».

« Si les propositions américaines peuvent paraître plus radicales que celles de l’Union, cette dernière, qui oblige les GAFA à partager leurs données, semble finalement aller plus loin, l’accès aux données constituant un élément essentiel du pouvoir de marché et de la valeur d’une entreprise. ».

Il reste que jusqu’à présent le combat contre les monopoles du Net est moins efficace en Occident qu’en Chine. Lire à ce sujet, dans La Tribune, l’analyse de Joëlle Toledano, professeure émérite de Sciences Economiques, titulaire de la chaire Gouvernance et Régulation à l’Université Paris-Dauphine (Crédits : DR).

Enfin, l’opération de démantèlement sur le schéma opéré en 1911 pour American Tobacco, la Standard Oil et Du Pont de Nemours ou plus tard pour AT&T comporte le risque de tuer l’entreprise. « Peut-on par exemple séparer le moteur de recherche de Google de son moteur de publicité sans menacer la survie de l’entreprise ? » Interrogeait Danielle Beaudoin pour radio Canada.

« Lorsqu’on veut les démanteler, il faut les séparer de manière à créer deux entreprises viables et veiller à ne pas paralyser ou tuer l’entreprise. Personne ne gagne au change ». En arrière-plan surnage toujours la férocité des compétitions avec la Chine où les entreprises mises au pas devenues des symboles nationaux seront toujours maintenues à flot par l’appareil.


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