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›› Editorial

Forte inflexion morale de la politique intérieure et toujours la prévalence des « caractéristiques chinoises. »

Tenant à longueur de gaffe la tendance libertaire des Taoïstes, les pouvoirs chinois se sont toujours appuyés sur les normes morales confucéenne confortant l’autorité. Xi Jinping s’en réclamait aussi, mais sa lutte contre les corrompus a un temps donné la primauté à la philosophie sociale répressive de Han Feizi. Le texte du 27 octobre rendu public par le Comité Central marque une nette inflexion vers un retour à l’harmonie confucéenne. S’il est vrai que cette dernière adoucit les rapports entre le pouvoir et la société, ses préceptes politiques de loyauté au patriarche ne sont cependant pas éloignés de l’obsession de contrôle politique qui ne faiblit pas.


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Le 27 octobre, à la veille du 4e plenum qui réaffirma l’autorité sans partage du Parti et de Xi Jinping sur la société chinoise, le Comité Central publiait sur le site officiel du gouvernement un long article intitulé « Les grandes lignes de la mise en œuvre de la construction morale citoyenne à l’ère nouvelle - 新时代公民道德建设实施纲要 - ».

Le document était un plan d’action idéologique et sociopolitique définissant pour les années qui viennent les repères et les modes d’action de la prévalence du Parti. Cette dernière qui, au passage, réaffirme les « caractéristiques chinoises » par des références concrètes aux expériences culturelles, éducatives et politiques purement chinoises, s’appuie avec insistance sur l’exigence d’une morale citoyenne.

Utilisant 120 fois les mots « morale et moralité - 德 et 道德 »,la Direction politique du régime semble indiquer un retour aux anciens outils moraux de la cohésion sociale et de l’harmonie chers à Confucius, tout en prenant ses distances par rapport aux préceptes légistes de contrôle répressif qui, depuis 2012 président à la reprise en main de la classe politique et du Parti par le truchement d’une lutte sans merci contre les corrompus.

Lire à ce sujet les réflexions de QC à propos des risques de fracture interne provoqués par la prévalence donnée à la répression : Fêlures.

Retour en force de la morale confucéenne.

Les vertus confucéennes de la droite vers la gauche Ren-仁 (la vertu d’humanité, et de bienveillance sociale) ; Yi-義 (justice, probité, équité) ; Li- 禮 (rites, convenances) ; Zhi-智 (sagesse, connaissance) ; Xin-信 (sincérité, loyauté). Toutes sont évoquées dans le document du 27 octobre.


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Réaffirmant le rôle central du Président Xi Jinping, le Comité Central qui, cette fois et contrairement aux versions des années précédentes, ne fait référence ni à Mao ni à Deng, cherche un équilibre politique propre à protéger son pouvoir. A cet effet, il se préoccupe de ne pas attiser des réactions politiques adverses internes.

Alors qu’à Hong Kong la rigidité politique du régime est clairement remise en cause, le texte n’édulcore pas les défis : « Au milieu de vastes bouleversements stratégiques et des changements économiques et sociaux en Chine, de nombreux problèmes intérieurs perdurent qu’il s’agisse de la ligne politique, des procédures de sa mise en œuvre ou de la gouvernance sociale ».

Mais sa stratégie visant à garder le contrôle s’articule avec insistance aux exigences de vertu des cadres et des citoyens. L’accent est mis sur la morale sociale et personnelle, l’éthique professionnelle, le dévouement à la société et aux vertus familiales. Le retour à la morale confucéenne s’exprime avec force.

« Il s’agit » dit le document qui fustige l’égoïsme des cadres, « d’encourager les citoyens à respecter la famille et les aînés et à aider les personnes âgées, à renforcer leur sens moral, leur dévouement patriotique, leur sens de la courtoisie, du travail acharné, de la générosité, de l’amélioration de soi et de l’autodiscipline ».

Même le mythe de Lei Feng mort à 22 ans en 1962, alors que murissaient les prémisses de la révolution culturelle, est appelé à la rescousse. Son journal intime probablement fabriqué par la propagande, consignait ses bonnes actions quotidiennes entrecoupées de citations de Mao.

Dans cette longue revue des défis et des moyens de les affronter par la vertu, le Comité Central n’oublie pas le rôle dirigeant du Parti. Il évoque les exigences de l’esthétique et de la qualité, dans les activités culturelles qui doivent « se tenir à distance du vulgaire et du kitsch 抵制低俗、庸俗、媚俗 », promouvoir des « œuvres saines » capables « de réchauffer l’âme, d’éclairer l’esprit et de montrer la route à la mode. 用健康向上的文艺作品温润心灵、启迪心智、引领风尚。 »


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