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›› Technologies - Energie

Guerre commerciale, rivalité d’influence. Huawei dans l’œil du cyclone

Un géant aux pieds d’argile.

Tout en exploitant en Chine un centre de recherche sur l’Intelligence Artificielle, Google y est toujours censuré. En 2018, une tentative d’adapter son moteur de recherche à la censure chinoise avait provoqué les réactions de parlementaires américains et des ONG des droits.


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Quel que soit l’angle de vue, l’embargo américain qui met aussi en émoi toute l’industrie des semi-conducteurs aux États-Unis à la veille d’être privée de son client chinois, est d’abord un coup dur pour Huawei.

Selon Frédéric Yoboué, analyste chez Bryan, Garnier & Co, banque d’affaires européenne implantée à Londres, Paris, Munich et New-York, « Sans les mises à jour logicielles et l’accès au magasin d’applications de Google, Huawei pourra difficilement vendre ses smartphones hors de Chine.

S’il est vrai que sur son marché domestique, la société pourrait déployer un système maison, il n’en reste pas moins que dans tous les cas, son activité de smartphones est en danger. S’il était mis en œuvre dans toute sa rigueur, l’embargo affecterait toute la chaîne logistique de Huawei et pénaliserait tous ses fournisseurs de semi-conducteurs, y compris ceux non concernés par l’embargo. »

En haussant l’analyse d’un étage on voit bien que le bras de fer avec Huawei s’inscrit aussi dans une lutte d’influence globale dont les racines déjà anciennes et complexes plongent en partie dans l’aversion de Pékin aux intrusions dans la société civile chinoise de groupes occidentaux comme Google à la capacité d’influence tentaculaire.

En se conformant aux injonctions d’embargo de la Maison Blanche, Google perd un client au potentiel commercial considérable. Mais en même temps, les dirigeants du géant de la Silicon Valley n’oublient pas que Pékin, politiquement inquiet des conséquences de l’information foisonnante libérée par Internet, leur ferme depuis toujours la porte de son marché.

Lire à ce sujet : La saga de Google.

Une rivalité systémique.

La guerre commerciale s’est dilatée en rivalité globale.


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Économiste spécialiste du secteur des Télécoms, de l’Énergie, de l’Industrie, Stéphane Dubreuil souligne la réalité du risque d’espionnage mis en avant par la Maison Blanche en rappelant que le Britannique Vodafone, 3e opérateur mondial de réseaux mobile avait, il y a 10 ans, découvert des fonctionnalités de Huawei non répertoriées permettant l’écoute des utilisateurs.

Il ajoute qu’aux Pays-Bas, ASML, l’un des leaders mondiaux de la fabrication de machines pour l’industrie des semi-conducteurs basé à Vekdhoven a, durant plusieurs années, été victime d’un vol massif de données par le truchement des technologies Huawei utilisées par la plupart des opérateurs néerlandais. L’accusation avait été démentie par le représentant du groupe chinois à Amsterdam.

Une autre campagne américaine cible les drones grand public chinois eux aussi accusés d’abriter des logiciels espions. Le Chinois DJI Technology – 大疆Dajiang- le n°1 du secteur (80% des marchés américain et canadien) - , y a répondu par un article du Global Times (surgeon du QDP) mis en ligne sur Weibo.

Au-delà des dénégations de DJI, une question de l’auteur déplaçait le sujet sur le terrain de la rivalité de puissance soupçonnant les États-Unis de cibler plus particulièrement toutes les entreprises chinoises à succès. « 是不是每个成功的中国公司都有可能面临来自美国的压力 ? ».

Il reste que la réalité où on voit le n°1 chinois faire appel aux mânes maoïstes de la « Longue Marche » dans un discours qui, en filigrane, n’évoque rien moins que la survie du système, est tout de même que la partie chinoise exprime une angoisse face aux pressions de la Maison Blanche ciblant, non seulement un des plus emblématiques fleurons technologiques de la Chine moderne, mais aussi et surtout l’architecture même du système chinois où les affaires et la politique sont étroitement imbriquées.


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