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›› Editorial

Guerre totale contre Huawei. Les intérêts américains en Chine menacés. Sévère discorde entre Pékin et Washington

Ren Zhengfei, 76 ans, originaire du Guizhou, ingénieur des télécoms de l’APL, diplômé de l’Université de Chongqing, fondateur en 1987 de Huawei dont il a fait un géant des infrastructure télécom et des portables.

Patron modeste et exigeant, ayant sans cesse porté une attention à la R&D et à la qualité des produits de son groupe, il a développé son entreprise par une stratégie circulaire à partir des zones périphériques en Chine et hors de Chine, non investies par les grands du secteur avant d’empiéter progressivement sur leurs parts de marché.

Aujourd’hui, ayant atteint les sommets, mais handicapé par des accusations de vol de technologies et d’espionnage au profit du régime chinois, à l’origine d’une défiance à son égard, Huawei propose une offre complète d’excellente qualité, en moyenne moins chère de 20% que ses concurrents occidentaux, allant des infrastructures de télécoms classiques aux relais d’exploitation de la 5G en passant par une gamme de téléphones portables allant de 70 à 1000 €.

Le montage photo montre les 2 facettes du grand défi de la vie de Ren Zhengfei cristallisé autour la rivalité avec les États-Unis, dont il dit pourtant être l’admirateur et l’ami : 1) La compétition stratégique sino-américaine durcie depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping et violemment relancée par D. Trump au cours de la pandémie ; 2) La course à la maîtrise mondiale des télécoms et de la 5G, symbolisée par la guerre des micro-processeurs dont sa fille Meng Wenzhou, directrice financière du groupe est en liberté surveillée à Vancouver arrêtée sous le coup d’une longue suite d’accusations, en attente d’un jugement d’extradition.


*

Alors que D. Trump et Xi Jinping qui ne se parlent plus, viennent de se livrer à une passe d’armes théâtrale lors de l’assemblée générale virtuelle de l’OMS, les 18 et 19 mai derniers, depuis trois mois, les actions des fabricants de microprocesseurs américains sont fébriles.

De la mi-février au 20 mars la valeur de leurs actions a sévèrement chuté de 44,6% pour Lam Research : 32,7% pour Qualcomm ; 31,5% pour Intel ; 42,2% pour Micron, avant de reprendre un peu de couleurs. Le 19 mai, la baisse était stabilisée à -20% pour Lam Research, tandis que Qualcomm, Micron et Intel limitaient la casse, respectivement à -11 %, -6 % et -4,2%.

La raison est simple. Haussant d’un cran la guerre totale déclenchée contre Huawei, l’administration Trump a entrepris de fermer l’accès du groupe chinois aux fabricants de microprocesseurs qui utilisent les logiciels et les technologies américaines.

Tous les acteurs américains de l’industrie craignent que les effets collatéraux de la manœuvre, nouvelle péripétie de la guerre sino-américaine destinée à fermer à Huawei les solutions de contournement de l’embargo décidé l’année dernière, heurtent leurs affaires dont une partie non négligeable est en Chine.

Le 19 mai une analyse très pessimiste de David Goldman dans Asia Times anticipant des contrecoups sévères pour les groupes américains en Chine estimait que la guerre déclenchée par D. Trump pourrait coûter infiniment plus à l’industrie high-tech américaine que les bénéfices attendus par la Maison Blanche.

Il ne fait pas de doute que la salve tirée par D. Trump qui prive Huawei des microprocesseurs haut de gamme fabriquée par le Taïwanais TSMC n°1 mondial de la sous-traitance des puces informatiques notamment pour Apple, listé à la bourse de New-York également fournisseur des grands du secteur freinera sérieusement le déploiement de la 5G par Huawei dans le monde et même en Chine où Asia Times évalue la perte pour le géant chinois à 170 Mds de $.

La guerre des « puces » modifie le paysage des télécoms.

En imposant un embargo contre les fournisseurs non américains de Huawei, mais utilisant des composants de haute-technologie américains, D. Trump exprime un impérialisme planétaire technologique également affirmé par la vision extraterritoriale de la justice des États-Unis. La manœuvre destinée à bloquer les contournements de l’embargo de mai 2019 visant Huawei et 114 filiales, touche directement un allié de l’Amérique, le Taïwanais TSMC, sous-traitant d’Apple. Le 15 mai, le géant taïwanais a rendu publique son offre d’investir 12 Mds de $ dans une usine de microprocesseurs en Arizona. La Maison Blanche y voit un moyen de réduire la dépendance des États-Unis.


*

Depuis le début de l’année, la Maison Blanche dont la campagne globale contre Huawei a eu des succès variables dans les pays occidentaux [1], avec cependant un durcissement général contre la Chine après les ratés et les camouflages à Wuhan en janvier, laisse filtrer des stratégies de contre-attaque, dont une des plus sérieuses fut le projet de racheter le suédois Ericsson n°2 du secteur de la 5G (valeur initiale 28 Mds de $ + 15 Mds pour le prix des R&D en cours). La fusion acquisition créerait une géant américain capable de concurrencer Huawei.

En réalité la guerre des microprocesseurs est engagée depuis de longues années, l’administration américaine ayant même dès 2014 pris pour cible les groupes américains tels que Intel, Nividia et MDA - les plus connus parmi une dizaine d’autres – accusés par la Maison Blanche de céder trop facilement leur technologie aux acteurs chinois pour des raisons commerciales - (lire : Compétitions, libre marché, transferts de technologies et sécurité nationale. La psychose sino-américaine des microprocesseurs.)

Cette fois, l’offensive de la Maison Blanche imposant un embargo sur les produits d’un fabricant non américain fait entrer la guerre dans des eaux mal balisées. La mesure avait été envisagée en 2019, puis abandonnée. Mais les tensions nées de la pandémie disséminée depuis Wuhan ont contribué à déterrer la hache de guerre et modifié l’approche américaine.

A la mi-mai, le très conservateur économiste Peter Navarro 71 ans, conseiller commercial de la Maison Blanche et coordonnateur des stratégies de relocalisation de la production au nom de la défense nationale, haussa violemment les critiques contre la Chine et l’OMS. « Sous couvert de l’OMS, les Chinois ont caché au monde le virus puis l’ont disséminé par les voyages de milliers de Chinois vers Milan, New-York et autour de la planète » - Tweet de l’intéressé du 17 mai - [2].

Une certitude, le paysage global des microprocesseurs est en train de changer. Le bouleversement en cours, marqué par un implacable raidissement américain dont la première conséquence sera d’accélérer les progrès chinois – leur rythme reste cependant encore incertain -, menace en effet la confortable position des monopoles américains en Chine comme Qualcomm qui tire 65% de ses revenus globaux des « royalties » touchés sur le marché chinois.

A court terme, le secteur high-tech américain craint les représailles chinoises inévitables dans cette ambiance de surenchère nationaliste. Apple (avec 16% de ses revenus en Chine), presque aussi vulnérable que Qualcomm, Cisco et bien d’autres groupes américains (voir la liste) seront dans le collimateur des ripostes chinoises, d’ailleurs déjà déclenchées depuis que la guerre commerciale a pris de l’ampleur.

Voilà déjà un an que la Chambre de commerce américaine en Chine signale que 50% des groupes américains sont la cible de mesures non tarifaires, notamment des tracasseries administratives et commerciales telles que la multiplication d’enquêtes sur les monopoles, les contrôles répétés de cyber-sécurité et les investigations anti-espionnage.

Note(s) :

[1Exemples : au Royaume Uni, la position de Boris Johnson flotte. Ayant initialement exprimé une réticence à suivre l’embargo américain, il a ensuite limité les autorisations, ce qui s’est traduit par les déclarations de Vodafone qu’il allait retirer de ses installations les composants Huawei. Aux dernières nouvelles, les réticences de Londres pourraient se durcir sous la pression des conservateurs exigeant une refonte des relations avec la Chine, après les doutes surgis à l’occasion de la pandémie.

Les mêmes tergiversations existent à des degrés variables en France, en Allemagne et au Canada. En Australie, les préventions contre Huawei ont commencé à entamer sérieusement les bénéfices du groupe chinois. En Nouvelle-Zélande, le souci de ne pas paraître sous l’influence de Canberra, produit une stratégie plus ouverte à l’égard de Huawei.

[2Il est vrai que le parti a d’abord tenté de cacher l’épidémie et qu’avant la 23 janvier aux dires même du maire de Wuhan au moins 5 millions de personnes ont quitté la ville. Jusqu’à cette date l’attitude de l’OMS est restée aussi ambiguë que celle de Pékin.

Après le 23 janvier, date du confinement de Wuhan et du Hubei, contrairement aux accusations de Navarro, plus aucun vol n’a quitté Wuhan ni vers la Chine ni vers l’étranger et l’OMS a rempli son rôle d’alerte, de coordination de l’information et de conseil. Lire : L’influence du parti communiste chinois sur l’OMS.


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