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›› Chronique

Hong Kong : L’énigmatique Leung Chun-ying porté au pouvoir par Pékin

Elu grâce à Pékin, Leung privilégie le social. Ses bases sont fragiles.

Leung Chun-ying (58 ans), qui reste une énigme politique, doit son élection à un tout récent revirement de Pékin.

Politiquement inquiète du poids excessif des hommes d’affaires dans la gestion de la R.A.S face au mécontentement de la rue et alarmée par l’impopularité de son candidat Henry Tang, affaibli par un scandale immobilier et une intrigue d’adultère, la Direction chinoise a en effet appuyé Leung, en dépit des préventions qu’elle éprouve à son égard.

Les grands hommes d’affaires de l’ancienne colonie britannique, initialement favorables à Tang ont obtempéré aux injonctions de Pékin, après que Liu Yandong, la seule femme du Bureau Politique, ait effectué un séjour de plusieurs jours à Shenzhen pour plaider devant l’establishment de Hong Kong la cause du nouveau candidat officiel.

Fils d’un policier de Hong Kong, Leung, issu d’un milieu modeste qui nie faire parti du Parti Communiste Chinois comme on l’accuse, a fait fortune dans le conseil immobilier, devenant un membre connu de l’establishment, où il a tenu les fonctions éminentes de Président du Board de la City University de Hong Kong et de Secrétaire Général de la Commission consultative pour la Loi Fondamentale, fonction à laquelle il avait été nommé par Pékin en 1997.

Leung a des relations étroites avec la Chine puisqu’il a conseillé les municipalités de Shanghai et Shenzhen sur les questions foncières, et qu’il fut consultant pour les questions économiques de la province du Hebei. Il est également membre du Comité Permanent de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois, la deuxième assemblée chinoise, au rôle consultatif qui représente les partis non communistes.

Le nouveau gouverneur élu sans enthousiasme.

Son programme est fortement teinté de préoccupations sociales répondant directement aux soucis de la classe moyenne et des plus défavorisés, dont plusieurs heurtent de plein fouet les intérêts de la classe d’affaires et des magnats de l’immobilier. Cette réalité explique pourquoi l’homme inspire de la méfiance aux milieux d’affaires à la racine de sa performance moyenne lors du scrutin.

Leung entend en effet faire construire 75 000 logements à bas prix, instaurer l’éducation gratuite dans les classes primaires, subventionner les crèches et les maternelles, développer les Nouveaux Territoires en imposant la transparence sur les transactions foncières, favoriser le secteur des services pour compenser la délocalisation de l’industrie vers la Chine , règlementer les horaires de travail, augmenter massivement l’aide aux personnes âgées et réorganiser les hôpitaux publics.

Faiblement soutenu par les milieux d’affaires, Leung souffre aussi, dans l’électorat populaire et chez les démocrates, de son image très pro chinoise, et de son élection favorisée par la main de Pékin. Lors de l’annonce des résultats du vote, des centaines de manifestants ont protesté contre son élection, l’appelant à démissionner et réclamant l’institution du suffrage universel. En réponse, et au milieu des cris de protestation qui ne semblaient pas l’émouvoir, il a solennellement promis que l’état de droit, les libertés d’association et d’expression seraient protégés et que son gouvernement serait « propre et honnête ».

L’échéance de 2017 en ligne de mire.

Mais la question centrale posée par la formule « Un pays deux systèmes » n’est jamais bien loin. Répondant à un spectateur qui l’interrogeait sur l’instauration du suffrage universel en 2017, il a répondu : « tous ceux qui mériteront d’être candidats bénéficieront des meilleures opportunités pour se présenter » . Ajoutant, sans faire de promesses, que « la manière dont s’était déroulée l’élection de 2012 constituait une base pour le suffrage universel en 2017 » .

A Hong Kong l’objectif des tenants d’un système démocratique a toujours été l’adoption du suffrage universel pour l’élection du Conseil Législation (Legco) et du Chef de l’exécutif. En 2007, en réponse à une requête de Donald Tsang qui faisait valoir que la majorité des résidents de Hong Kong souhaitaient la mise en place du suffrage universel, le Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire (CPANP) refusa son application pour 2012, mais accepta de l’envisager en 2017 pour le Chef de l’exécutif et en 2020 pour le Legco.

Il s’agissait de l’indication la plus claire jamais donnée par Pékin sur le calendrier possible de l’introduction dans la RAS d’élections directes. Mais à Hong Kong les partis démocratiques font remarquer que Pékin n’a pas clarifié les procédures de nomination des candidats.

(Lire aussi notre article « Hong-Kong, bilan et perspectives »)


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