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Huarong le fleuron de la « défaisance » dans la toumente. Coup d’œil sur l’endettement chinois

Renflouer Huarong ou l’abandonner.

Signe que le pouvoir cherche la meilleure solution, c’est encore Liang Qiang, 梁 强, 50 ans vétéran du secteur de la gestion d’actifs et des trois autres sociétés de défaisance, nommé PDG de Great Wall depuis le 19 mai qui a été désigné comme n°2 du parti à Huarong dont la direction est en pleine restructuration.


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Selon un responsable financier chinois resté anonyme cité par Reuter, la reprise par l’État des dettes de Huarong ne fera pas l’objet d’une déclaration publique, pour éviter des mouvements intempestifs de créditeurs. C’était une sage décision. Début juin, la valeur des obligations a long terme, émises par Huarong Finance augmenta en moyenne de 6%.

Après le sauvetage du groupe dont la proximité avec l’État crée pratiquement l’exigence d’un fond souverain, l’objectif des régulateurs et du ministère des finances est, autant que possible, de restaurer la confiance des investisseurs, notamment étrangers.

Il s’agit de conforter les partenaires en les assurant que Huarong est désormais en mesure d’honorer ses dettes grâce à la vente de ses actifs superflus, éventuellement en contractant, avec l’aide de l’État, des prêts à long terme plus avantageux. Rien n’est moins sûr. Au milieu du silence des pouvoirs publics, indiquant une hésitation, la somme des rumeurs aussitôt démenties créait un malaise.

Alors que le régulateur bloquait un projet de rachat des actifs du groupe par la Banque Centrale via un intermédiaire, des bruits non confirmés courent aussi sur la reprise d’une filiale de Huarong Finance à Changsha par le gouvernement du Hunan. On parle même d’un projet de la Deutsche Bank qui dément formellement, d’augmenter sa participation dans sa JV avec Huarong, Huarong Rongde Assets Management Ltd (RDAMC) [4].

Au-delà du soulagement récent né de l’information qui reste à confirmer, selon laquelle l’État reprendrait les dettes de Huarong, les rumeurs et l’extrême discrétion de l’appareil témoignent d’une inquiétude.

L’embarras est non seulement lié à l’accumulation des dettes, mais également aux hésitations du pouvoir dont on voit bien qu’il tâtonne entre, d’une part sauver Huarong et d’autre part, mettre fin à la fausse impression de sécurité que les pouvoirs publics se porteront en toutes circonstances au secours des gestionnaires imprudents.

Le meilleur indice de l’indécision publique est le refus des régulateurs que la banque centrale rachète les dettes de Huarong alors même que l’appareil incite les banques à lui accorder des prêts en urgence.

La réalité fait écho à une situation mondiale tout aussi incertaine qui inquiète le FMI où, fin 2020, la dette globale a atteint 277 000 milliards de dollars, soit 365% du PIB mondial.

L’accumulation des dettes.

La somme des dettes non recouvrables (en bleu sombre) des banques d’affaires est passée de 600 Mds (93 mds de $) à plus de 2500 Mds de Yuan (400 Mds de $) entre 2014 et 2020. Contrairement aux autres banques et entreprises publiques autorisées à déposer le bilan, Huarong est un élément central du système financier chinois et, selon certains, impossible à abandonner. Sa vulnérabilité met la direction politique face à un choix difficile. L’abandonner à son sort comme le souhaiterait Liu He le vice premier ministre ébranlerait la confiance des investisseurs. La renflouer saperait les efforts déjà entrepris pour maîtriser la dette dont l’ampleur menace la stabilité de l’économie.


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Fin de 2020, la dette chinoise – interne et externe – était à 270,1% du PIB en hausse régulière, mais avec un accroissement de plus de 30% depuis 2019.
Alors que l’endettement extérieur atteignait 2400 Milliards de $ en 2020, sa part intérieure a explosé à un rythme annuel de 20% depuis 2008, notamment celle des entreprises et des sociétés de services non financières (270% du PIB pour les premières et 162% pour les secondes).

Ailleurs le ratio dettes/PIB allait de 20 à 25% pour les gouvernements locaux et l’administration centrale, à 62% pour les ménages en passant par 54% pour le secteur financier, sans compter le poids mal connu des dettes non recouvrables.

A l’intérieur, les principaux créanciers des pouvoirs locaux sont toujours des institutions financières – dites structures de financement locales - (en anglais “Local governments Financing Vehicules – LGVF –“), dont les procédures d’attribution et d’utilisation des fonds restent opaques, tandis que les gouvernements locaux qui les comptabilisent hors-bilan, continuent à ne pas les faire figurer sur leurs comptes d’exploitation.

En 2018, Standard & Poor avait estimé que l’endettement dissimulé s’élevait au moins à 30 000 Milliards de Yuan (4200 Mds de $). Les efforts des pouvoirs publics pour le réduire n’ont été que très partiellement efficaces, puisqu’en avril 2021, selon le ministère des finances lui-même, il était toujours de 26 000 milliards de Yuan soit 4000 Mds de $.

La dette extérieure chinoise est détenue par les clients étrangers du marché obligataire – le 2e de la planète, derrière celui des États-Unis -.

Ouvert aux investisseurs non chinois depuis 2016, il intéresse, entre autres, les gestionnaires de fonds, les mutuelles financières, et les fonds spéculatifs.
58% des obligations sont émises par le trésor public chinois, le reste est l’effet des banques et les administrations avec cependant un strict contrôle plafonnant le montant des emprunts et interdisant à de nombreuses petites et moyennes entreprises de solliciter directement des investisseurs étrangers.

Depuis la crise épidémique, des dérogations ont été mises en place pour aider les PME de hautes technologies, dans un contexte économique tendu où le nombre de défauts obligataires d’entreprises publiques a décuplé en 2020, passant d’une dizaine en 2019, à plus d’une centaine.

S’il est vrai que les créances se sont accumulées – en grande majorité interne, avec cependant une exposition extérieure de plus en plus significative, accompagnée par un déficit budgétaire ayant explosé en 2020 – [5], depuis le lancement en 2013 de sa stratégie globale des « nouvelles routes de la soie », la Chine est aussi devenue un créditeur planétaire.

C’est entre 2013 et 2016 que les finances chinoises portées par la Banque de développement et l’Exim Bank eurent le plus d’impact, les deux ayant, à elles-seules prêté plus que la Banque Mondiale. Après 2016, confronté aux accusations d’enfermer les pays débiteurs dans un piège financier, l’élan qui s’est ralenti, passa de 75 Mds de $ annuels à seulement 4 Mds de $ en 2019.

Note(s) :

[4Première co-entreprise sino-étrangère du secteur de la finance approuvée par les autorités chinoises, en 2006, la JV a un capital de 788 Mds de Yuan (123 Mds de $) dont Huarong détient 59,3% avec notamment la participation de la Deutsche Bank et de l’Américain Clearwater Capital.

[5Inférieur à 2% jusqu’en 2014, le déficit budgétaire s’est régulièrement creusé pour atteindre 11% en 2020, conséquence de l’épidémie. Les prévisions pour les années qui viennent anticipent un rétablissement partiel à 6,1% de déficit en 2026, sensiblement au niveau de 2019.


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