Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

›› Lectures et opinions

« L’empire des bas-fonds »

Par Liao Yiwu

A quarante-cinq ans, LIAO Yiwu vit à Chengdu, capitale du Sichuan, sa province natale, et sa principale activité semble être de jouer de la flûte dans les bars. Il s’occupe aussi de recueillir la musique et les chants traditionnels des minoritaires montagnards de l’ouest. Musicien, poète et écrivain, ce marginal a quelques circonstances atténuantes puisqu’il a été condamné à quatre ans de prison en 1990 - et durement traité - pour liberté d’esprit insupportable par les autorités.

En prison, LIAO a découvert la flute, mais aussi l’immense variété des condamnés, coupables et miséreux, parfois sans morale mais de grande vitalité puisqu’ils ont survécu dans un système répressif impitoyable. Lorsqu’il sort et se trouve sans famille, Il devient une sorte de troubadour et entreprend de faire le portrait des Chinois les plus démunis, les plus marginaux, les plus condamnés par la société et le régime. Il tente de publier ces entretiens-portraits en 2000, mais son livre est vite interdit par la censure. Une édition élargie paraît en 2002 à Taiwan avec 72 personnages. Le livre traduit en français n’en comprend que douze : il s’agit donc d’une sélection, peut-être une première sélection. Probablement pour ménager notre sensibilité.

Notre sensibilité est malmenée en effet, au moins dans quatre ou cinq des douze entretiens. Chaque personnage est d’abord présenté en quelques mots par Lao Wei (nom d’emprunt de l’auteur), qui précise aussi les circonstances de la rencontre. Lao Wei est un excellent interviewer. Il ne parle pas trop, mais fait parler son sujet, l’encourage ou le provoque au besoin. Il garde toujours une certaine distance, ne juge pas, ni n’approuve l’auto-portrait auquel il pousse son interlocuteur. Le style est direct, spontané ; le récit est carré et souvent assez cru.

Mais ces activités illicites, ces caractères indépendants, ces personnages à demi clandestins existent bel et bien au fond de la société chinoise. On en a des échos tous les mois dans l’information courante. Simplement, d’ordinaire, la littérature ne parle pas d’eux et ils ne s’expriment pas. LIAO Yiwu est écrivain, portraitiste, et à son corps défendant il a été l’un d’eux.


• Commenter cet article

Modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

• À lire dans la même rubrique

La chute de Kaboul vue de Chine

« Un complot contre la Chine ? Comment Pékin voit le nouveau consensus de Washington ». Par Wang Jisi

Washington lâche la bride à Nord Stream 2. La Chine en ligne de mire

Qu’en est-il du « piège » chinois de la dette ?

Du côté de « l’Indopacifique », la mauvaise santé économique de l’Inde