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›› Editorial

L’horizon de la Chine se brouille

La pandémie a impacté quelques projets des « Nouvelles routes de la soie », dont certains chantiers ont été arrêtés après le rapatriement des ouvriers chinois. Mais un bilan complet reste à faire. L’initiative reste cependant le flambeau de la politique étrangère chinoise. En dépit des difficultés, Pékin qui laissera passer l’orage, continuera à la promouvoir.


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Alors que la rivalité avec les États-Unis se durcit, les perspectives de la 2e puissance mondiale ne sont plus aussi sereines. Le ciel bleu de la Chine en développement se charge de nuages à mesure que sa montée en puissance très nationaliste inquiète, tandis que la puissance de son économie faiblit.

Touchée par la pandémie, contrainte de se restructurer, l’économie chinoise est à la peine. Certes, le pays continue à attirer les investissements directs étrangers (IDE) – dans Asialyst, Jean-Raphaël Chaponnière cite Rhodium et les investissements écologiques Greenfield Investments- » dont le projet emblématique est l’Usine Tesla à Shanghai. Lire : Chine – États-Unis. Le choc des entêtements, stigmate de la rivalité stratégique globale.

Alors qu’au milieu d’une économie mondiale durement touchée, monte une inquiétude globale sur les conditions d’une reprise, l’attrait exercé par les perspectives de la consommation intérieure chinoise constitue toujours un filet de sécurité pour le régime chinois, dont l’œil est rivé sur la stabilité sociale.

Mais, subissant le contrecoup du recul global du commerce, les exportations se contractent, les profits des entreprises baissent, l’emploi recule. (lire : La machine économique redémarre. Les profits des entreprises restent déprimés.)

A l’extérieur les projets des « nouvelles routes de la soie – BRI - » accusent le coup. Asia Nikkei Review cité par J.R. Chaponnière, analyse que le nombre de projets BRI a reculé de 15,6% au 1er trimestre 2020, passant de 218, il y a un an, à 189 en avril 2020. Leur valeur globale a baissé de 64% de 386 à 137 Mds de $ (lire : Chine : comment le coronavirus sape les « Nouvelles Routes de la Soie »).

Simultanément, à côté des projets annulés en Egypte, au Bangladesh ou en Tanzanie [1], les pays cibles des projets chinois commencent à demander le report de leurs dettes. Le 17 juin, lors d’un sommet Chine – Afrique tenu par vidéo-conférence, Xi Jinping a annoncé l’annulation du remboursement des dettes à taux d’intérêt zéro payable en 2020 et demandé aux banques chinoises de négocier un allègement des conditions de prêts commerciaux. Lire : Xi Jinping préside un sommet Chine-Afrique sur la solidarité contre le COVID-19.

Il serait cependant prématuré de pronostiquer un recul significatif des projets BRI. Ils sont en effet l’épine dorsale emblématique de la politique étrangère de Xi Jinping et le principal espoir de débouché de l’industrie chinoise. Tout indique que Pékin fera preuve de pragmatisme pour s’ajuster aux demandes ou corriger les ratés en attendant une éclaircie.

Du côté de l’Europe, considérée par Pékin comme un contrepoids stratégique à Washington, en même temps qu’un des objectif des « Nouvelles Routes de la Soie » avec des projets en Grèce, en Italie, dans les PECO et au Portugal, les perspectives ne sont pas non plus tout à fait au beau fixe.

Le raidissement d’Ursula Von der Layen.

« Nous savons d’où viennent les “cyberattaques“ contre les systèmes informatiques de nos hôpitaux. Nous ne pouvons les tolérer ». L’UE, jusqu’à présent prudente dans ses relations avec la Chine, s’était rarement exprimée publiquement avec autant de clarté et de fermeté. Le ton était le même quand la Présidente de la Commission a exhorté Xi Jinping à accélérer l’ouverture du marché financier chinois pour la signature d’ici la fin de l’année d’un accord sur les investissements en négociation depuis 2014. Elle a enfin agité le « chiffon rouge » de la situation à Hong Kong au cœur de la mémoire douloureuse des relations de la Chine avec la Grande Bretagne au XIXe siècle. La remarque était d’autant plus sensible que, favorisé par le schéma « un pays deux systèmes », a surgi dans la R.A.S, un mouvement indépendantiste dont le parti craint qu’en prenant de l’ampleur il pourrait remettre en cause la rétrocession en 2047. En mai dernier, pour parer à cette menace, la « loi sur la sécurité nationale » critiquée par U. V. der Layen a précisément été votée par l’ANP, à l’écart du parlement de Hong Kong.


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Le 22 juin, le sommet Chine – Europe lui aussi organisé en vidéo-conférence a confirmé le raidissement de Bruxelles face à Pékin. S’adressant à Xi Jinping, Ursula Von Der Leyen a accusé Pékin de ne pas tenir ses engagements de la COP 21 et de ne pas avoir protégé les investissements européens en Chine. « Notre relation avec la Chine est à la fois la plus importante et la plus difficile » a t-elle dit avant de pointer quelques points précis très sensibles de la relation.

Le ton d’une rare fermeté, faisait écho à l’accusation de mars 2019 quand, à Paris, le président français, la Chancelière allemande et J.C. Junker, avaient rangé la Chine dans la catégorie de « rival systémique » Lire : Face à Pékin, la solidarité hésitante de l’Europe.

« Nous savons d’où viennent les “cyberattaques“ contre les systèmes informatiques de nos hôpitaux. Nous ne pouvons les tolérer » a t-elle dit, sans s’embarrasser de nuances diplomatiques, avant de rappeler les atteintes chinoises aux droits au Xinjiang et au Tibet, chiffon rouge dont la virulence a toujours violemment braqué les autocrates chinois.

Pour faire bonne mesure, fouillant douloureusement la plaie toujours ouverte des humiliations infligées par les Européens à la Chine au XIXe siècle, dont Hong Kong est le symbole au cœur de la pensée des « caractéristiques chinoises », épine dorsale du nationalisme de Xi Jinping, la Présidente de la Commission a mentionné les « conséquences très négatives » du projet de Pékin d’instaurer une loi sur la sécurité nationale dans la R.A.S.

Les reproches de Bruxelles heurtaient de plein fouet l’image que le Parti tente de propager, d’une puissance apaisée prônant le principe d’un multilatéralisme respectueux les uns des autres. C’est-à-dire excluant les intrusions étrangères dans une affaire que Pékin considère comme strictement intérieure.

La remarque de Von Der Leyen était d’autant plus sensible que la loi sur la sécurité nationale exprime précisément l’angoisse du parti que les ingérences extérieures dans l’ancienne colonie britannique, pourraient, tirant profit de l’arrangement des « Deux systèmes », perturber la marche vers la rétrocession complète à la Chine en 2047.

Du coup, le projet d’un accord bilatéral sur les investissements, dont la négociation en cours depuis 2014 piétine à cause de l’absence de réciprocité du marché chinois exigé par les Européens, est apparu accessoire. Mais, même à ce sujet, la présidente s’est montrée pressante. « Nous avons besoin d’avancer sur cet engagement sans délai (…) La Chine doit faire preuve d’une plus grande ambition ».

Le refroidissement avec Bruxelles surgit au moment où en Asie le paysage chinois s’est assombri avec l’Inde et l’ASEAN.

Note(s) :

[1Dont la cession à bail pour 99 ans du port de Bagamoyo que, selon le président John Magufuli « seul un ivrogne pouvait signer », (lire : Insatisfaite des conditionnalités de la Chine, la Tanzanie suspend le méga-projet de port de Bagamoyo de 10 milliards de dollars).


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