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›› Editorial

L’insupportable pesanteur de la normalisation politique et du mensonge d’État

A partir du 21 avril, le Waijiaobu a signifié à l’Union Europénne qu’elle devait , sous peine de sanctions économiques et commerciales, supprimer d’un rapport de la Commission les informations sur les manquements de l’appareil ayant freiné la réaction initiale au virus et sur la désinformation globale orchestrée par l’exécutif chinois pour détourner les critiques et améliorer son image internationale.

Avant sa publication le vendredi 24 avril, le rapport que le MAE chinois accusait d’être aligné sur Washington, a été réécrit par les fonctionnaires de l’UE pour adoucir les preuves de la participation de l’État et des fonctionnaires chinois.

Alors que l’UE met au point un dispositif de contrôle des investissements étrangers visant en réalité la Chine, certains considèrent l’incident comme une péripétie administrative anodine de la relation Chine - UE. En réalité, il traduit à la fois un préoccupant déséquilibre de puissance politique et l’allongement de l’ombre portée de la Chine en Europe.

Comparé à la rigidité unitaire de l’exécutif chinois, capable de projeter ses ambitions politiques normatives très loin hors des frontières, il exprime d’abord une absence de colonne vertébrale stratégique de l’Europe, en même temps que la vulnérabilité face aux menaces de représailles sur le marché chinois ayant joué la fonction d’appât avant que le piège se referme sur l’excès de dépendance.

Attrait du marché chinois et divisions européennes.

L’attrait du commerce (560 Mds d’€ en 2019 dont 164 Mds de déficit européen) faisant de la Chine le 2e partenaire commercial de Bruxelles après les États-Unis ; les facilités d’abord accordées par Pékin depuis la fin des années 80 aux investissements et au délocalisations soigneusement calibrées en fonction des besoins de développement chinois, ont enfermé certains secteurs indispensables, parfois stratégiques dans un schéma contraint dont il sera difficile de s’extraire à court terme.

La vulnérabilité européenne se lit dans le contraste entre les discours sur une souveraineté illusoire et la réalité. Alors que Bruxelles a récemment classé la Chine dans la catégorie de « rival systémique », la solidarité affichée est contredite par les dirigeants eurosceptiques italiens hongrois et serbes.

Sensibles à l’étalage de la générosité chinoise qu’ils comparent à l’inertie européenne, ils se présentent comme les pionniers d’une relation réussie avec la Chine, pourvoyeuse d’équipements capables de sauver des vies.

Répondant à un sondage du 6 avril, 36% des Italiens disaient préférer la Chine aux États-Unis comme partenaire commercial de l’Europe, tandis que seulement 27% faisaient confiance à l’UE.

Signe des intérêts divergents et de la fin des aveuglements, quand les Italiens se félicitent de leur rapprochement avec la Chine, les Français s’en mordent les doigts. Engagée dans une coopération très imbriquée, y compris à l’export, avec les opérateurs chinois du nucléaire ayant bénéficié de très riches transferts de technologies, la filière française de l’électro nucléaire ressent par contrecoup les effets directs de la guerre commerciale sino-américaine.

Ayant abandonné leurs avantages technologiques concurrencés par les prix chinois, les Français trop imprudemment liés à la Chine, ayant la réputation d’efficacité concurrentielle sur les marchés mondiaux, viennent de perdre leur dernier avantage à l’export au moins aux États-Unis.

A la mi-août 2019, le China General Nuclear Power Group (CGN), plus grand groupe nucléaire chinois principal partenaire d’AREVA a, avec d’autres, été placé sur la liste noire par Washington.

Comme dit prudemment Le Monde du 20 août 2019, « les effets en chaîne que pourrait provoquer la décision américaine sont encore mal connus. ». Sur la sellette, les projets électronucléaires franco-chinois de Hinkley Point de 2 réacteurs nucléaires au Royaume Uni dont le Chinois CGN assure 30% du financement. Lire : Fragilités d’EDF et d’AREVA. Le nucléaire franco-chinois menacé par les écologistes et l’après Brexit.

Une autre vulnérabilité européenne bien connue est l’ouverture de 18 pays sur 27 (15 pays des PECO + la Grèce + l’Italie + le Portugal) aux projets et aux financements chinois, au point qu’avec la règle de l’unanimité, toute cohésion européenne pour une déclaration critiquant la Chine est impossible.

Faiblesse de l’UE et puissance normative chinoise.

Plus largement, on voit bien que, dans l’état actuel des institutions européennes l’affirmation d’une plus grande capacité de résistance de l’Union face à une puissance comme la Chine ayant un substrat culturel impérial, ne se vérifie pas.

Vu par les pères fondateurs et leurs successeurs comme la 1re étape vers une société mondialisée sans Nations, débarrassée des cadres historiques et identitaires, le montage européen utopique sans frontières et désincarné n’a pas réussi à secréter l’énergie et les institutions capables de rivaliser avec le système autocratique chinois.

Vertical, léniniste, articulé à une inflexible unité politique et corseté par un appareil protégé de tout contrepouvoir et de la moindre critique immédiatement censurée et souvent sanctionnée, l’exécutif chinois et son ministère des Affaires étrangères, tirant profit des vulnérabilités commerciales européennes et des dissensions entre les membres, ont imposé à Bruxelles la norme officielle d’un rapport corrigé conforme à l’image que le régime entend donner de lui-même.

Comme si elle était un État vassal, l’Union européenne sensible au chantage et aux pressions commerciales, a obtempéré.

Imposée comme en terrain conquis dans l’espace européen fragilisé par l’épidémie et sans capacité de riposte cohérente, l’injonction normative n’était en réalité que la continuation des pressions que l’appareil politique a fait peser à Wuhan pour imposer le silence aux médecins qui tentèrent d’alerter l’opinion, les chercheurs, les hommes politiques et les virologues étrangers de l’apparition d’une souche inconnue de coronavirus.


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