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La Chine à la pointe de la physique quantique ?

La photo date de septembre 2017. On y voit des scientifiques chinois sous la représentation électronique d’une Chine vulnérable aux cyber-attaques. C’est ce qu’exprime le titre au-dessus de la carte de la Chine : « 中国网络安全态势感知. : État de la conscience de la Chine à ses vulnérabilités aux cyber-attaques ». Plus largement la crainte exprime une tension face aux tentatives d’intrusion dans un système internet que le Parti voudrait garder étanche. Elle est aussi indirectement le symbole de la volonté chinoise de rester dans la course des sciences physiques fondamentales et appliquées au moment où, aux États-Unis, les parlementaires élaborent une loi tenant les chercheurs chinois à distance pour que l’Amérique conserve une avance dans le domaine de la physique quantique où les investissements de Pékin dépassent 10 Mds de $.


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Le Washington Post vient de publier un article sur les avancées de la Chine en science quantique.

Grâce à ses investissements massifs qui se comptent en milliards de Dollars, Pékin rattrape son retard sur la recherche occidentale. En même temps, jamais avare de moyens financiers quand elle a décidé de promouvoir un projet stratégique, la Chine offre aux scientifiques chinois expatriés un pont d’or pour abandonner les laboratoires occidentaux et rentrer en Chine.

En septembre 2010 et janvier 2017, QC avait évoqué ce sujet lié aux efforts chinois pour rehausser la qualité des productions industrielles et promouvoir l’innovation :

- Accélération de l’immigration et retour des « cerveaux » expatriés.
- La parabole du stylo à bille.

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L’offensive quantique chinoise n’est pas passée inaperçue aux États-Unis où le secteur réclame plus de moyens pour la R&D, tandis qu’est née une méfiance à l’égard des scientifiques chinois travaillant dans les centres de recherche américains. Dans le collimateur, certains types de collaboration avec la Chine pouvant aider l’APL et dont les applications seraient dangereuses pour les intérêts de sécurité américains.

Fait alarmant, selon l’article, en 2018, les chercheurs chinois ont déposé près de deux fois plus de brevets que les États-Unis liés à la technologie quantique, secteur où les recherches en cours incluent les dispositifs militaires de communication et de cryptage.

S’il est vrai que les États-Unis restent en tête en matière d’ordinateurs quantiques notamment grâce aux importants investissements d’IBM, de Google et de Microsoft une étude récente du « Center for a New American Security », Think Tank créé en 2017 prévenait que les avancées chinoises dans l’informatique et la recherche quantique seraient mises à profit par la recherche de l’Armée Populaire de Libération.

Dans la foulée, deux associations d’universités attentives aux mises en garde du gouvernement fédéral contre les « ingérences étrangères dans la recherche universitaire » déclaraient que leurs membres renforçaient les protocoles de sécurité en liaison avec les services de renseignements. Naturellement, la crispation s’exacerbe au milieu de la rivalité globale sino-américaine.

Efforts chinois et défiance de la recherche américaine.

L’image montre une esquisse du centre de recherche géant de Hefei dédié à la physique quantique sur une emprise de 37 hectares. Pan Jianwei, célèbre chercheur chinois de la science Quantique en avait défini les objectifs en 2017 : 1) Mettre au point des technologies immédiatement applicables par l’APL et notamment ses sous-marins ; 2) La mise au point du 1er ordinateur quantique et la recherche de la suprématie chinois dans ce domaine. Depuis ces déclarations fracassantes, qui furent en partie à l’origine du branle-bas américain, les informations ouvertes sur le projet sont rares.


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En juin, le Département de l’énergie américain, l’un des principaux organismes de financement de la recherche en physique et en sciences quantiques, a interdit à ses employés et à ses sous-traitants de recruter des chercheurs chinois.

Les informations précises sur la recherche quantique en Chine (量子科技 – liangzi keji) hors propagande sont rares. Ce qui suit tente de faire le point du niveau réel atteint par les Chinois.

En juillet 2017, QC avait soulevé un coin du voile dans le § « Satellite Quantique » de l’article de Jean-Paul Yacine (lire : Du TGV à l’espace, l’innovation chinoise en marche). On y lit déjà qu’une des préoccupations centrale des Chinois était le cryptage que la science quantique pourrait rendre inviolable.

En septembre 2017, on retrouvait Pan Jianwei - cité par QC -, dans un reportage du SCMP évoquant la construction sur 37 hectares d’un laboratoire géant de recherche quantique à Hefei, capitale de l’Anhui, 500 km à l’ouest de Shanghai qui se trouve être la province d’origine de l’ancien n°1 du Parti, Hu Jintao.

Confirmant l’épine dorsale « défense militaire » de la recherche quantique chinoise, on y lisait que Pékin était « en train de construire pour un investissement de 76 Mds de Yuan (8 Mds d’€) le plus grand centre de recherche quantique au monde destiné à mettre au point un ordinateur quantique et d’autres technologies « révolutionnaires » liées à la « furtivité des sous-marins ou pouvant être utilisées par l’armée pour casser les codes secrets de cryptage. »

Toujours en 2017, dans une interview au journal « Anhui Business Daily », Pan Jianwei, formé par des chercheurs autrichiens expliquait que les techniques quantiques permettraient à un sous-marin de naviguer sans faire surface pour recaler sa position par satellite [1]. Le submersible ainsi équipé pourrait aussi, en dépit d’une longue immersion, continuer à détecter des sous-marins adverses avec une bonne précision [2].

Un autre objectif du Centre de recherche géant – projet national construit sous l’égide l’académie des sciences – est de construire le premier « ordinateur quantique » de Chine, afin, disait Pan Jianwei vice-président de l’Académie des Sciences et Techniques, assez porté à l’autopromotion nationaliste « d’atteindre la suprématie dans le domaine quantique d’ici 2020 » avec – disait-il - un calculateur d’une puissance « Un million de fois supérieure à tous les ordinateurs combinés existant au monde ».

Notes :

[1Notons que la Direction française des constructions navales a opté pour la solution – il est vrai moins discrète - d’une bouée indépendante équipée de capteurs lancée vers la surface par le sous-marin, lui-même resté en plongée. Quant à la navigation, contrairement à ce que dit Pan Jianwei, elle s’appuie sur des centrales inertielles indépendante des satellites. Ce qui dispense de faire surface

[2Selon Laurent Lagneau de Zone Militaire, la Chine développe aussi un satellite baptisé « Guanlan 观 波 – littéralement observer les vagues », pour détecter les sous-marins en plongée.

Le projet Guanlan, mobilise pas moins d’une vingtaine d’universités et d’instituts de recherche sous l’égide du laboratoire pour les sciences et les technologies marines de Qingdao. L’objectif vise à se doter d’un satellite d’un LIDAR [Laser Imaging Detection And Ranging] et d’un radar micro-ondes capable de détecter des sous-marins jusqu’à 500 mètres de profondeur.


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