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›› Chronique

La Chine après le COVID 19 : impacts et réflexions. Quelle place pour nos intérêts industriels de la santé ? (1re partie)

Le système de santé et la place que lui accorde l’appareil.

Le CDC de Wuhan. Parmi les causes des occultations et des ratés de la réaction chinoise initiale à l’épidémie on citera la rigidité bureaucratique aggravée par la paranoïa du contrôle politique.


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L’épidémie de COVID 19 souligne une nouvelle fois les carences du système de santé, alors même qu’il était officiellement sur une trajectoire visant à les pallier : « Healthy China 2030 » (août 2016).

Dans leurs déclarations sur l’épidémie, les autorités chinoises n’ont cessé de répéter que la situation était en main et que le pays avait tous les moyens de gérer la crise sanitaire.

Dans la pratique, toutes les failles du système identifiées dans le plan de 2016 se sont exprimées lors de la crise sanitaire, en particulier la très grande saturation hospitalière [4] dans un pays qui ne connaît pas la médecine de ville et où l’hôpital reste pour la population le point focal de la santé, malgré le souci affiché des autorités de développer des centres de soins primaires.

C’est l’une raisons pour lesquelles l’appareil de propagande du PCC s’est immédiatement employé à mondialement vanter la capacité de la Chine à construire des hôpitaux provisoires en quelques jours.

Pour tout dire, l’épidémie est également arrivée en Chine à un moment où on ne l’attendait pas, d’autant que le plan « Healthy China », tirant les leçons de la crise du SRAS (2003) qui avait été rapidement jugulée, indiquait que les MIE [5] de classe A et B avaient désormais un faible taux de prévalence et que la place de ces dernières dans la mortalité était passée de la 7e place en 1990 à la 9e en 2015.

Dit autrement, le danger des MIE était clairement sous-estimé en Chine. Et la priorité était davantage mise sur la lutte contre les infections chroniques telles que l’hépatite, le VIH, la tuberculose (près d’un million de nouveaux cas par an…) et les maladies vectorielles (dengue, malaria…).

Cette assurance était renforcée par la montée en puissance du réseau du CDC chinois sur l’ensemble du territoire chinois, laissant penser que la situation était sous contrôle.

Créé en 1983, le CDC fonctionne sur le modèle de son homologue américain. Il a développé au fil des ans une intense coopération régionale et internationale qui a mis la Chine en relation avec la R&D mondiale dans les MIE. Au CDC s’ajoutent d’autres capacités de recherche et d’expertise. Redondantes et se faisant parfois même concurrence, elles fonctionnent de façon cloisonnée, institutionnellement et scientifiquement.

Il s’agit notamment de l’institut de virologie de la CAS (IVW/CAS), qui pilote le P4 construit avec la France [6] aujourd’hui au cœur de vives polémiques internationales. Il faut également citer l’Institut Pasteur de Shanghai [7] (IPS/CAS) et l’Institut de biologie des pathogènes (IPB) qui relève de l’Académie des sciences médicales [8] (CAMS/PUMC).

Aujourd’hui et avec le recul il apparaît clairement que, dans les phases d’identification puis d’émergence du COVID 19, le CDC, la CAS ou la CAMS n’ont pas joué leur rôle.

C’est sans doute pourquoi les autorités chinoises ont dans un premier temps censuré les médecins de l’hôpital de Wuhan qui avaient identifié une nouvelle source épidémique à travers des patients accueillis en nombre croissant dès la fin 2019.

A ce stade, une évidence s’impose en dépit des affichages officiels : en Chine, la santé est la grande oubliée des préoccupations du gouvernement malgré la tentative de changer de modèle de croissance, la montée en puissance de la R&D biomédicale et les remarquables progrès enregistrés en matière de santé publique (mortalité, espérance de vie…), tous en lien avec l’élévation du niveau de vie des populations.

Deux exemples d’enjeux occultés : les pathologies chroniques et le vieillissement.

Le graphe montre l’évolution démographique entre 2000 et 2050 quand les + de 60 ans représenteront 30% de la population.


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Actuellement, la part de la dépense de santé dans le PIB se situe autour de 7%-8% [9] et serait très peu efficiente selon la Banque Mondiale (voir note 1). La même source indique que 49% de ces dépenses le seraient pour des médicaments (20% dans l’OCDE) !

Le domaine du médicament est par exemple un sujet de frustration constante des autorités chinoises puisque le pays y consacre des sommes considérables (redevances, prix…) et s’approvisionne auprès des géants mondiaux qui fournissent l’essentiel des traitements à valeur ajoutée thérapeutique.

Ce n’est pas hasard si la Chine impose aux « big pharmas » une barrière réglementaire très élevée. A ce jour, et si l’on met de côté les produits de la médecine traditionnelle (MTC), aucune grande entreprise pharmaceutique chinoise capable de rivaliser avec les « big pharmas » mondiales n’a réellement émergé dans le paysage national. Dans le domaine des biotechnologies comme dans celui des composés chimiques.

De l’aveu même des autorités, la Chine ne parvient pas encore à disposer des conditions qui lui permettent de transformer une molécule d’intérêt pharmaceutique en médicament innovant produit à grande échelle. Aucune entreprise innovante de (bio)pharmacie n’est cotée sur le nouveau marché « high-tech » de Shanghai, lancé en juillet 2019, censé concurrencer le NASDAQ américain (lire à ce sujet le § « Nasdaq chinois » de notre article : Assainissement des finances, effets de la guerre commerciale et impact du crédit social des entreprises.)

Cette situation est en partie imputable à la vision techno-nationaliste du PCC qui depuis le 13e plan (2016-2020) canalise l’essentiel des dépenses publiques et privées de la Chine vers la montée en gamme de tout ce qui a trait à l’industrie au numérique.

Des sommes extraordinaires y sont consacrées. Le but ? Faire en sorte que dans ce domaine également et grâce à l’innovation, la Chine s’affirme comme la plus grande usine du monde et dispose de géants nationaux capables de rivaliser avec le reste du monde, sinon de le conquérir par des initiatives de grande envergure (ex. BRI ) [10].

La demi-douzaine de rapports gouvernementaux sur ces sujets (« Made in China 2025 », Internet+, plan national sur l’intelligence artificielle…) ne laissent aucun doute sur cette trajectoire qui a contribué à exacerber les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis, et plus généralement avec les pays de l’OCDE.

Les ambitions de la Chine dans la 5G [11] ne constituent qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Tous les leviers sont activés en Chine pour atteindre l’objectif : marchés protégés, normalisation/standardisation, subventions massives, crédits recherche, création de fonds de développement, introductions en bourse facilitées...

Note(s) :

[4Selon la Banque Mondiale, la moitié des admissions hospitalières seraient inutiles et la durée d’un séjour hospitalier deux fois trop longue (in « China 2030 », 2013).

[5Maladies Infectieuses Émergentes.

[6L’IVW (Wuhan) est dirigée par le major général, Mme le Dr. CHEN Wei. Une situation unique dans un institut de l’Académie des sciences. (Voir le § « La rumeur persiste » de notre article : L’insistante rumeur d’une « fuite » au laboratoire P4 de Wuhan.

[7Contrairement à une idée reçue, l’Institut est entièrement chinois et ses liens avec l’IP en France sont ténus. La France finance néanmoins des projets « conjoints », et deux chercheurs français rémunérés par le MEAE y travaillent.

[8Dans cet institut se trouve le Laboratoire Christophe Mérieux, dirigé par le prof. WANG Jianwei.

[94 058 milliards de yuans en 2015. Sans doute plus de 6 000 aujourd’hui (785 milliards d’euros), ce qui reste modeste pour un pays qui concentre un cinquième de l’Humanité.

[10« Belt and Road Initiative » (ou nouvelles routes de la soie), gigantesque plan de développement en direction de l’Asie (continentale et du sud-est), de l’Europe et de l’Afrique. Conçu en 2012 et inscrit dans la Charte du PCC à l’occasion de l’avènement de XI Jinping. Principal vecteur des visées chinoises, économiques et industrielles tout d’abord, puis dans tous les domaines (culturels, santé, standards…).

[11La Chine prévoit que la contribution de la 5G à son économie sera en 2030 de l’ordre de 1 400 milliards d’€.


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