›› Editorial
Les réseaux sociaux traduisent une fracture difficile à réduire.
La plongée dans les réseaux sociaux que le parti n’a pas censurés et où les élections américaines ont généré plus de 10 millions de messages sur WeiBo, avec le « hashtag » (#美国大选 měiguó dàxuǎn), offre une image à la fois plus pittoresque et, peut-être, plus réaliste des relations sino-américaines de leur futur. (Source SupChina)
Alors que nombre de commentaires se réjouissaient, tournant en dérision la démocratie américaine chaotique et le « reality show de Trump - 特朗普真人秀 节目 », d’autres rappelaient qu’une transition pacifique du pouvoir à Washington était peu probable, compte tenu des tentatives « désespérées » de Trump de fustiger les fraudes et de se pourvoir en justice.
Mais Il y eut tout de même l’expression d’une connivence sentimentale des internautes quand, après l’annonce de sa victoire dans l’État du Pennsylvanie, il s’est rendu sur la tombe de son fils.
Certains enfin restaient lucides, conscients qu’en 40 ans la relation avait changé de nature, tandis que leurs espoirs restaient tendus vers la perspective d’un retour de puissance de la Chine au plus haut niveau. « Peu importe qui sera le prochain président américain. La Chine et les États-Unis sont destinés à être des rivaux stratégiques », a écrit un utilisateur de Weibo. « La seule chose sous notre contrôle, en fin de compte, est notre détermination à rendre la Chine plus forte. »
Plus généralement, on ne peut pas éliminer l’idée que l’intérêt enthousiaste des Chinois pour une élection libre, même très chaotique, soulignait peut-être paradoxalement à quel point ils se sentaient frustrés de l’absence en Chine d’une respiration démocratique.
Taïwan. Quête démocratique et chiffon rouge stratégique.
En arrière-plan, très peu évoquée par les commentateurs, la question de Taïwan dont les tensions avec la Chine sont précisément enflammées par la quête démocratique de l’Île que D. Trump avait attisée en appui de Tsai In-wen.
Les dernières effervescences qui viennent après la recrudescence des visites officielles américaines à l’Île, sont la vente américaine à l’Île pour 600 millions de $ de drones tueurs MQ-9B Reaper et les sanctions chinoises infligées à Boeing en riposte à la vente de 2,37 Mds de missiles antinavires longue portée Harpoon.
Alors qu’en quatre ans, Trump a approuvé plus de ventes d’armes que durant les huit années de la présidence Obama, le Parti espère qu’au moins sur ce sujet Joe Biden pourrait revenir à l’approche traditionnelle d’une Amérique attentive à ne pas heurter le nationalisme chinois de la réunification.
Force est de reconnaître que rien n’est moins sûr si on se souvient que la Maison Blanche est placée sous la puissance du lobby taïwanais et du Congrès où les sympathies pour l’Île sont les plus puissantes depuis les années 70.
Cette arrière-plan politique de « valeurs partagées » selon les termes d’une majorité d’hommes politiques américains, avait permis l’adoption par le Congrès, le 29 juillet dernier d’une mise à jour significative du « Taïwan Relations Act » que Joe Biden avait signé en 1979 et sur laquelle il sera difficile de revenir.
Appelée « Taiwan Invasion Prevention Act », la disposition de droit interne autorise la Maison Blanche à utiliser la force pour réagir à une attaque directe du Continent contre l’Île.
