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›› Editorial

La Chine et le reste du monde contre la forteresse TRUMP

Le 2 avril, la volée de droits de douane imposés par Trump ayant provoqué un séisme planétaire, isole l’Amérique et l’écarte de la globalisation dont, par un jugement excessif, la nouvelle Maison Blanche estime qu’elle a gravement floué l’Amérique.

La réalité est que la globalisation continuera tant bien que mal, sans Washington organisée autour de regroupements décidés à riposter ensemble contre la brutalité des taxes américaines. Une des premières conséquences est qu’en Asie de l’Est, surmontant leurs différends stratégiques, Tokyo, Seoul et Pékin accélèrent les négociations pour la création d’une zone de libre-échange.


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L’histoire s’accélère et les schémas d’analyse anciens se brouillent sous nos yeux.

Le 2 avril, qu’il a baptisé « Journée de la Libération », Donald Trump a choqué le monde en haussant massivement les droits de douane contre la Chine de 20 à 54% tout en ouvrant des fronts tarifaires tous azimuts contre le reste du monde.

Ses alliés qu’il a traités de « charognards » n’ont pas été épargnés : l’UE écope de +20%, le Japon de +24%, la Corée du Sud de +25% et Taïwan de +34%, avec cependant le bémol que les microprocesseurs les plus sophistiqués de l’Île d’une finesse de 2 nanomètres passent entre les gouttes, selon toute vraisemblance à la suite de l’implantation en Arizona de plusieurs usines de TSMC (lLire : Après l’Ukraine Donald Trump fait pression sur Taiwan).

Certains pays d’Asie du Sud et du Sud-est, ciblés pour avoir favorisé le contournement des embargos infligés à la Chine par Washington, sont particulièrement frappés.

Ainsi, les exportations du Laos et du Cambodge sont taxées à +49% et +48% ; celles du Vietnam et de la Thaïlande à +46% et +36% ; En Asie du sud, les produits du Myanmar et du Bangladesh écopent de +44% et +37% ; dans l’océan Indien, ceux de Madagascar, de l’Île Maurice et de la Réunion seront respectivement frappés à +44%, +40% et +37%.

Ces nouvelles taxes s’ajoutent aux récentes mesures de +25% contre les exportations aux États-Unis d’aluminium, d’acier, de voitures et de pièces détachées automobiles, toutes deux frappées de 25%. C’est peu dire que l’allié japonais qui exporte annuellement aux Etats-Unis l’équivalent de 40 Milliards en véhicules Toyota, Honda, et Nissan se sent trahi.

Alors que les Coréens Samsung et Hyundai ont chacun chuté de plus de 3% après l’ouverture, les actions des Japonais Sony, Toyota et Honda perdaient plus de 5,4% dans la matinée du 3 avril.

Plus que d’autres places financières, la bourse japonaise accuse le coup. Quand au même moment le Kospi sud-coréen perdait 2,8% et le Hang Seng de Hong Kong, n’était en recul que de 2,4%. L’indice de référence japonais Nikkei chutait de plus de 4% à l’ouverture, du 3 avril.

Alors que la plupart des experts, anticipent que la globalisation et la fluidité des chaines industrielles seront durement touchées, toutes les places boursières mondiales ont accusé le coup.

A New-York le S&P 500 perdait 4,3% ; à Londres, le FTSE 100 a chuté de 1,5%, le Dax allemand de 2,3% et le CAC 40 français de 2,5%.

Mais parmi tous les marchés le plus touché a été le NASDAQ en baisse de 3,5% en moyenne. Apple toujours très exposé en Chine a perdu 5,6%, Nvidia était en baisse de 5,6% tandis que Tesla perdait 8%.

Même le Dollar perdait 2% par rapport à un panier de devises étrangères. Le 3 avril, il s’échangeait à 0,91 € contre 1 $. Le même jour, la Deutsche Bank mettait en garde contre une possible crise du Dollar.

L’alerte de la banque fédérale, beaucoup plus pessimiste que Christine Lagarde à la BCE qui voit le moment comme le « début d’une marche vers l’indépendance » [1] ouvre, sur des analyses franchement alarmistes.

Selon Joseph Stiglitz ancien conseiller de Bill Clinton, qui fut à la tête de la Banque Mondiale, prix Nobel d’économie en 2011, la brutalité de D. Trump conduira à une récession comparable à celle des annexes trente, avec le risque de défaut des États-Unis.

Stiglitz voit même dans cette brutalité univoque le projet d’un chaos volontaire que la Maison Blanche pourrait utiliser pour rebattre les cartes de ses 36 000 Milliards de dettes et des exorbitants privilèges fiscaux des GAFAM, véritables États dans l’État qui ne payent aucun impôt nulle part [2].

Quelle réponse chinoise ?

S’il est vrai qu’il serait excessif de dire que la Chine aux prises avec une défiance interne qui plombe sa croissance, serait sereine face aux défis à ses exports que lui inflige D. Trump, il n’en est pas moins vrai que, depuis le déclenchement de cette escalade, son discours n’a pas varié. « Nous sommes disposés a négocier, mais si l’Amérique veut la guerre, nous sommes prêts à aller jusqu’au bout.


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La Chine a réagi le 3 avril par la voix du ministère du commerce en qualifiant la décision américaine de « pratique typique d’intimidation unilatérale » et s’est engagée à « prendre résolument des contre-mesures pour préserver ses propres droits et intérêts ».

Le porte-parole ajoutait « La Chine exhorte les États-Unis à annuler immédiatement leurs mesures tarifaires unilatérales et à résoudre correctement leurs différends avec leurs partenaires commerciaux par un dialogue équitable ». En même temps Xinhua accusait Trump de « considérer le commerce comme un jeu trop simpliste de représailles. »

Le 4 avril, Pekin a fait savoir que 34% des droits de douane seront appliqués aux exportations américaines en Chine.

Sur le fond, nombre d’experts estiment que Pékin a de bonnes raisons d’être choqué.

Non seulement les dernières taxes américaines s’ajoutent à celles de 20% déjà en vigueur sur les produits chinois, mais de surcroit, en ciblant les pays d’Asie du Sud-Est (Cambodge, Laos, Thaïlande, Vietnam) elles ferment les circuits parallèles utilisés par les exportations chinoises pour contourner les droits de douane américains [3].

L’offensive contre la Chine ne s’est pas arrêtée aux exportations traditionnelles. Le 2 avril Trump a signé un décret mettant fin aux facilités accordées aux colis de faible valeur (inférieure à 800 $) en provenance de Chine.

Selon les douanes américaines, en 2024, grâce à cette disposition 1,4 milliard d’envois sont entrés sans frais ni contrôle aux États-Unis. Jusqu’à présent la facilité a fait la fortune des géants chinois du commerce en ligne comme Temu ou Shein.

Alors que l’économie chinoise fait face à des difficultés internes, le professeur de l’INSEAD Paris, Pushan Dutt, Docteur en économie de l’Université de New-York, estime que Pékin sera à court terme confronté aux choix politiques d’avoir à libérer sa demande intérieure, pour compenser la baisse mécanique de ses exportations vers les États-Unis et l’Europe.

Quant à Wang Huiyao 王辉耀, (Henry Wang), 66 ans, ancien Conseiller de Li Keqiang, Docteur en économie de l’Université de Manchester, très introduit en Occident, fondateur et Président du « Centre chinois pour la globalisation » il estime qu’à terme les États-Unis prennent le risque de perdre leur influence de soft-power et de s’isoler.

Dans la foulée, Wang a appelé les pays asiatiques à « travailler ensemble pour traverser cette période difficile et lutter contre le protectionnisme ».

Le branle-bas anti-Trump a déjà commencé en Asie de l’Est où les premiers pourparlers économiques en cinq ans entre Pékin, Séoul et Tokyo sont déjà en cours, pour, à contrecourant du protectionnisme de l’Amérique, accélérer la marche vers un traité de libre-échange en gestation depuis dix ans.

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Après la bascule stratégique de Trump se rapprochant de Vladimir Poutine pour une paix en Ukraine au détriment de Kiev et de l’Europe, l’Amérique qui cible la Chine et tous les pays de la zone d’influence de Pékin en Asie du Sud et du Sud-est, fait le projet de restaurer sa puissance en haussant les taxes tous azimuts, dont le premier effet est de porter un coup sévère à la globalisation, dont la Chine a tiré profit en ne se conformant qu’imparfaitement à la loi du marché.

Le but immédiat de cette brutalité est de réindustrialiser le pays en exonérant de taxes les productions sur le territoire américain ; de mettre au pas les GAFAM et de réduire son endettement astronomique. Nombre d’experts qui anticipent des contrefeux internes, une explosion rapide de l’inflation et une levée de boucliers planétaire contre l’Amérique isolée, estiment que la violence du remède pourrait tuer le patient.

Les plus pessimistes comparent les mesures de Trump 2025 à celles prises par le Président Hoover en 1930 qui, pour protéger les industries locales et les emplois avait massivement taxé les importations étrangères, induisant une riposte qui dérapa vers une guerre commerciale à l’origine d’une explosion du chômage à 25% en 1933.

Le pire n’est jamais sûr.

Dans ce contexte inquiétant et volatil Standard & Poor, estimant qu’il y a au moins une chance sur deux que les conditions fixées par Trump changent à court terme, recommande la prudence dans l’analyse et la mesure dans les réactions.

Le maintien sur le marché à terme de l’index S&P 500 à 5 500 points durant la nuit du 2 au 3 avril est un indice encourageant. Il montre que les investisseurs continuent de penser que les fluctuations du 3 avril reflètent le scénario du pire et que le marché se stabilisera rapidement.

Le fait qu’Israël, l’Inde, l’UE et le Brésil, ont déjà suggéré des négociations bilatérales et que des discussions avec la Chine sont également prévues, suggèrent qu’aux déclarations tonitruantes succèderont des accommodements ouvrant des marges de manœuvre.

Note(s) :

[1La remarque tient du vœu pieux tant l’UE a pris du retard d’investissements dans le secteur des hautes technologies, cœurs du moteur de croissance d’avenir.

[2Selon l’économiste Charles Gave les GAFAM comme Apple dont les fabrication délocalisées dans les pays d’Asie ne coûtent que 10% du prix de vente aux États-Unis et en Europe (Il cite l’exemple des iphones fabriqués à 100 $ par Foxconn et revendus 1000 $ après un rapatriement des bénéfices sur les comptes de la filiale d’Apple en Irlande où les impôts sont inférieurs à 2%).

Pour autant l’analyse manque la partie de l’image, qu’en 2024, la Cour de Justice européenne a condamné Apple à rembourser à l’Irlande 13 milliards d’Euros d’arriérés fiscaux, correspondant aux rabais illégaux accordés au géant américain entre 2003 et 2014.

[3Bénéficiant du régime de la « Nation la plus favorisée » qui l’autorise à exporter sans droits de douane aux États-Unis et en Europe, le Cambodge, complètement inféodé à Pékin, est depuis de nombreuse années la voie détournée des exports chinois pour échapper aux taxes américaines. Les mêmes raisons ont motivé les taxes de 48 et 46% infligées au Laos et au Vietnam.


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