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La foire du livre de Francfort. Les embarras de la liberté d’expression

Le moins que l’on puisse dire est que la participation de la Chine, invitée d’honneur au dernier salon du livre de Francfort, à la mi-octobre, a été agitée. On y a vu plusieurs fausses sorties de responsables chinois offusqués, l’annulation de l’invitation d’une journaliste chinoise, l’énervement des organisateurs allemands, le renvoi d’un des responsables du salon, accusé d’avoir censuré la parole de dissidents chinois et la mise en cause du ministre des affaires étrangères allemand.

Pour finir, une photo a fait le tour du monde : celle du discours du vice-président Xi Jinping, apôtre de la « puissance douce » chinoise et de la culture ancestrale de son pays, avec, assis au premier rang de l’assistance, le poète dissident Bei Ling, exilé en Californie et la journaliste sichuanaise atypique Dai Qing, (formée au Japon, elle a commencé sa vie professionnelle comme ingénieur missiles dans l’armée), critique impénitente du barrage des Trois Gorges et militante convaincue de la protection de l’environnement et des droits de l’homme.

Mais cette belle image conviviale, où le probable futur premier secrétaire de la plus puissante et plus courtisée dictature de la planète s’exprime en Allemagne devant deux dissidents, l’une harcelée par le pouvoir en Chine, l’autre persona non grata dans son pays, a une petite histoire qui ne manque pas de piquant. Dai Qing, d’abord invitée par les organisateurs, puis interdite à la suite des protestations chinoises, s’imposa à la foire, après avoir obtenu un visa par le truchement de son compère Bei Ling, membre et lauréat de l’association internationale PEN pour la libre expression.

Arrivée à Francfort, elle a pris un malin plaisir à donner des interviews critiques sur la liberté de parole en Chine qui provoqua la réaction des représentants chinois, d’autant plus furieux qu’ils avaient concocté, avec les Allemands, une liste d’auteurs « acceptables », susceptibles d’être invités : « nous ne sommes pas venus ici pour recevoir des leçons de démocratie ». A quoi Dai, décidément en verve, a répondu « Ce n’est pas une leçon de démocratie, mais l’image de la démocratie en marche ».

Un peu gênés d’être ainsi débordés chez eux par cette militante de la liberté de parole, les responsables du salon ont alors remercié un des gérants de l’événement, à l’évidence un bouc émissaire, accusé d’avoir interdit les déclarations de Dai Qing et Bei Ling.

Pour ajouter encore à la confusion, ce dernier s’est défendu en annonçant qu’il avait agi sur ordre de l’Auswärtige Amt. Ce qui en dit long sur les embarras allemands et les contradictions dans lesquelles ils se débattent, comme d’ailleurs la plupart des dirigeants occidentaux, écartelés entre leurs exigences de liberté - la foire du livre de Francfort est une des plus riches et des plus anciennes au monde -, l’influence de plus en plus pressante de la Chine dans les affaires du monde et les tentatives hésitantes, parfois maladroites du Parti pour tenter d’ajuster son image à son discours d’ouverture et de tolérance.


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