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›› Chronique

La France en Chine. Edouard Philippe sur les traces du Président. Les non-dits de l’histoire

Li Keqiang a accueilli Edouard Philippe à Pékin. En amont de la visite, un article du Global Times soulignait l’importance de la relation avec la France, « compte tenu du manque de fiabilité de l’Amérique ». Dans le cours de son voyage, E. Philippe a répété la disponibilité de la France à participer aux projets des « nouvelles routes de la soie, « sous réserve de leur transparence ». En janvier E. Macron avait lui aussi exprimé des réserves tout en soulignant que « l’initiative était très importante. Ayant le potentiel de jouer un rôle majeur dans la structuration de l’espace eurasiatique, elle représentait une réelle opportunité ».


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Alors que la querelle sino-américaine sur les taxes se rapprochait d’une guerre commerciale totale [1] Edouard Philippe s’est rendu en Chine du 22 au 25 juin. Il a quitté la capitale chinoise la veille de l’arrivée de J. Mattis, le Secrétaire d’État à la défense américain dont c’était la première visite à Pékin depuis sa prise de fonctions il y a 17 mois.

Resté près de 4 jours en Chine, accompagné par des chefs d’entreprise et plusieurs membres du gouvernement dont Yves Le Drian, chaperonné par Li Keqiang et reçu par Xi Jinping, le premier ministre a placé sa visite sous les thèmes de l’excellence française et de la « connivence – partage » dans le domaine de l’innovation.

Shenzhen, Shanghai et Pékin.

Loïc Kobes, co-fondateur de Cool Hobo, présente la « French-Tech » à Shenzhen. Pour E. Philippe « Ces jeunes sont aussi l’avenir de la relation entre la France et la Chine. »


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A Shenzhen, il a visité la ligne de production de la DS7 de PSA dont le Chinois Dongfeng est devenu le premier actionnaire à parts égales avec la famille Peugeot et la Banque Publique d’investissement (12,86%) [2] pour appuyer la JV avec ChangAn Automobile créée le 7 juin 2017.

Edouard Philippe s’est également fait présenter les « start-ups » françaises opérant dans ce qui fut le creuset de l’ouverture entrepreneuriale chinoise au début des années 80 (Omate / objets connectés ; Cypheme / anti-contrefaçon ; Coolhobo / shoping en réalité virtuelle ; Youibot/ robotique ; Parrot / drones.). Enfin il a présidé à l’implantation d’HEC- Paris au sein de l’Université 南方科技大学 (SUSTech) créée en 2011 à Shenzhen autour de la thématique « Innovation et Entreprenariat. »

A Shanghai, E. Philippe a visité CMA – CGM installée dans le port en eau profonde de Yangshan, premier port du monde. Avec 15 m de tirant d’eau, 4000 m de quais automatisés, à la capacité moyenne de 25 millions de « conteneurs EVP », il est l’expression emblématique du savoir-faire portuaire chinois.

Inauguré en 2005, en partie construit sur les îles Yangshan situées au milieu de l’embouchure du Yangzi reliées au continent par un pont de plus 30 km, le port de Shanghai s’inscrit dans le formidable plan d’aménagement du territoire au cœur de la puissance économique de la Chine et, avec l’export, un des principaux moteurs de son développement et de sa croissance. Lire : Grands travaux et réforme des groupes publics. Une ambition immense et complexe.

Toujours à Shanghai, le Premier Ministre qui a rencontré Li Qiang, n°1 de la municipalité, membre du Comité Central et du Bureau Politique proche de Xi Jinping, a, à l’intention des investisseurs chinois, fait la promotion des innovations françaises dans le secteur de hautes technologies et à forte croissance (e-commerce, tourisme, santé et aéronautique).

Il a ensuite visité la première ligne de métro automatisée de Chine exploitée par Keolis, - au capital détenu à 70% par SNCF et 30% par la Caisse des dépôts du Québec, 60 000 salariés, chiffre d’affaires 5 Mds d’€ -.

Dernière étape du voyage, le 24 juin, Edouard Philipe était à Pékin à la rencontre de jeunes entrepreneurs français dont il a loué le dynamisme et la contribution à « l’avenir de la relation bilatérale ». A Qinghua, l’un des creusets des élites chinoises, il a prononcé un discours très philosophique sur le thème de la connaissance et de l’innovation.

A Qinghua, un discours édifiant.

Dans un discours philosophique E. Philippe a balayé de nombreux sujets de la relation franco-chinoise, allant de réflexions sur le désir de connaissance aux domaines d’excellence technologique français en passant par géopolitique des relations entre l’Europe, la Chine et l’Amérique. Derrière lui la devise de l’Université : « 自强 不 息 厚 德 载物Ziqiangbuxi, hou de zai wu. Le renforcement sans répit de soi, donne la vertu de porter le fardeau du monde. »


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Mais tout en nimbant, non sans un certain charme, sa parole de références métaphysiques et bibliques – sans oublier Confucius ni la raison et le droit, « héritages de la révolution de 1789 », le Premier Ministre a rappelé les excellences françaises dans le nucléaire civil, l’aéronautique, l’aérospatiale, la biotechnologie, et l’intelligence artificielle, sans oublier de mentionner les 57 prix Nobel français et « le plus grand incubateur de start-ups au monde la “Station F“.

Abordant les questions géopolitiques, il a dénoncé – ciblant sans le dire Donald Trump – le repli des États-Unis et l’abus de position dominante des grands groupes.

Louant l’esprit d’ouverture multilatérale de la Chine, il a néanmoins évoqué, visant cette fois les tensions commerciales franco-chinoises, l’exigence de respect des règles du marché et les effets toxiques des subventions publiques et des surproductions.

Edouard Philippe a aussi sacrifié au protocole en rencontrant Li Zhanshu, le président de l’ANP, n°3 du régime, membre de la garde rapprochée de Xi Jinping, à qui il a répété être venu en Chine pour « mettre en œuvre la “feuille de route“ établie par le président français en janvier lors de son voyage en Chine ».

La référence a rappelé que l’épine dorsale politique de la visite du Président Macron en janvier dernier était en partie articulée à l’exigence française de réciprocité dans les échanges commerciaux clairement déséquilibrés par l’excédent commercial annuel de 30 Mds d’€ en faveur de la Chine.

Notes :

[1En Chine, baisse de la monnaie pour soutenir l’export et réduction du taux de réserve obligatoire des banques ; aux États-Unis préparation de lois bloquant les JV d’entreprises étrangères avec les sociétés « high-tech » américaines sensibles.

[2Le reste du capital étant articulé à 55,46% de capital flottant, 1,13% en autocontrôle et 2,37% aux salariés.


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