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›› Politique intérieure

La longue portée des armes chinoises

Crises, PIB et dépenses militaires.

Une patrouille de J-15 au-dessus de la mer de Chine de l’Est. Bimoteur développé à partir du Sukhoi 33 russe, il a été au cœur d’une controverse avec Moscou qui accuse Pékin d’avoir violé les accords sino-russes de propriété intellectuelle. L’armée de l’air chinoise est équipée d’une centaine de chasseurs de ce type (J-11 et J-15).


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Entre 2007 et 2009 les dépenses militaires officielles passèrent de 45 à 57 Mds de $ (soit une hausse de 26,6%), suivant une hausse du PIB qui variait entre +14,2% en 2007 et 9,4% en 2009.

Depuis 2001, l’arrière-plan stratégique des hausses fut l’attaque terroriste contre New-York, le 11 septembre 2001, puis l’engagement américain en Irak (2003) et en Afghanistan (depuis 2001, toujours en cours sous divers noms). Dans le même temps, Pékin voyait monter un risque terroriste au Xinjiang qui, après 2009, provoqua l’engagement dans la province d’importantes unités militaires et paramilitaires.

Trois ans plus tard (2012), le budget officiel était de 106,4 Mds de $, 10 fois supérieur à celui de 1994, après une hausse de 11,6% par rapport 2011, alors que la croissance s’était contractée à 7,9%. A partir de 2013 (croissance à 7,8%), eut lieu un premier freinage avec une hausse réduite 10,7% - tout de même très supérieure à la croissance - qui porta le budget à 114,3 Mds de $. Celui des États-Unis était alors de 613 Mds de $.

En 2014, alors que la hausse de PIB n’était que de 7,5%, Li Keqiang corrigea encore une fois la trajectoire et proposa une hausse plus substantielle de 12,2% et un budget de 132 Mds de $. L’année suivante (2015) fut la dernière hausse à deux chiffres à +10% pour un budget de 145 Mds de $, alors que la croissance était tombée à 6,9%.

Depuis, la hausse du budget militaire se contracte : +7,6% en 2016 ; +7% en 2017 ; +8,1% en 2018. Au total, depuis 1994, si l’on compte l’ensemble des sommes destinés aux armées, aux équipements et à la R&D, le budget de la défense a été multiplié par 20. Mais les chiffres réels sont mal connus.

Par exemple, en 2017, quand la Chine l’affichait officiellement à 174,5 Mds de $, le SIPRI l’estimait à 228,2 Mds.

Pour compliquer encore les choses, les diverses agences d’analyse (SIPRI, Pentagone, IISS, RAND) ne s’accordent pas sur les ingrédients du budget (avec ou sans les retraites et les salaires ; avec ou sans la R&D ; avec ou sans les achats d’équipements).

Tandis qu’en général, les systèmes de défense - et pas seulement le Chinois – sont allergiques à la transparence, certains répartissant leurs crédits dans divers autres ministères (les États-Unis par exemple incluent une partie de leurs budgets des forces stratégiques nucléaires dans le budget de l’énergie). (Lire : China Power)

Quoi qu’il en soit, la plupart des agences traitant du budget chinois de la défense s’accordent à dire que sa transparence augmente lentement et que les dépenses réelles peuvent se déduire des dépenses affichées en multipliant par un facteur 1,2.

Enfin, contrairement aux pays occidentaux, le système chinois ne donne que peu d’informations sur la distribution des crédits à l’intérieur de l’appareil de défense au sens large.

Les prémisses d’une politique de puissance.

Le Navire amphibie Changbai Shan fait partie d’une flotte moderne et nombreuse capable de projection de puissance. Aujourd’hui, la flotte chinoise compte près de 500 unités dont au moins 160 de premier rang neufs ou rénovés. Parmi eux 2 porte-avions, dont un phase d’essais, plus de 60 sous-marins d’attaque, 13 SNLE, 37 destroyers et une cinquantaine frégates. A quoi il faut ajouter 120 patrouilleurs lance-missiles et canonnières de divers types, plus de 90 chasseurs de sous-marins et une trentaine de bâtiments anti-mines.


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« China Power », cité plus haut, rappelle que l’essentiel des dépenses correspond à de nombreux programmes d’équipements de haut niveau, à des réformes de structures consécutives à l’abandon par l’APL des activités commerciales qui, au temps des vaches maigres, servaient à abonder le budget et, enfin, à l’adaptation des forces aux nouveaux concepts stratégiques.

Si certains des efforts de défense chinois apportent un contribution notable aux opérations de maintien de la paix, d’autres, visibles en mer de Chine du sud par exemple, contribuent au contraire à mettre sérieusement sous tension les relations de Pékin avec ses voisins.

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En haussant l’analyse d’un étage on note qu’en Asie de l’Est les dépenses militaires cumulées sont passées de 89,4 Mds de $ en 1990 à 322,2 Mds de $ en 2017, la part la plus importante de ce gonflement étant le fait de la Chine. Si en 1990 les dépenses militaires chinoises ne représentaient que 23,5% de celles de l’Asie de l’est, en 2017, ce pourcentage a bondi à 71%. En examinant la totalité de l’Asie on constate qu’aujourd’hui le budget militaire chinois représente 39% de celui de tout le continent Moyen Orient compris.

A ce rythme, même plus réduit dans les décennies à venir, le budget militaire chinois pourrait rattraper celui des États-Unis. Ces perspectives posent la question des intentions réelles de Pékin dans un cycle de croissance ralenti.

Si les dépenses militaires continuaient à augmenter avec autant de constance d’un pourcentage supérieur à la croissance, elles pourraient obérer les dépenses sociales, notamment celles de plus en plus lourdes dédiées au 3e âge. Surtout, elles attiseraient encore les soupçons sur les intentions impérialistes de la Chine qui ont déjà réveillé des sentiments anti-chinois en Europe, aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande.


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