›› Politique intérieure
BRÈVES
8 explosions à Taiyuan, capitale du Shanxi.
Les attentats à la bombe du 6 novembre à Taiyuan en face de l’immeuble du Parti ont causé la mort d’une personne. 8 autres ont été blessées. Selon la police, les engins étaient de fabrication artisanale. Une équipe spéciale d’investigation a été dépêchée de Pékin. Un suspect a été placé en garde à vue et les autorités attribuent l’attentat à des séparatistes Ouïghours, comme elles l’avaient fait après l’attentat de place Tian An Men, le 28 octobre dernier.
L’événement a provoqué une émotion perceptible sur le net et une avalanche de messages entre partisans et ennemis de l’action violente contre l’État. L’annonce de l’attentat par la police sur weibo a donné lieu 8000 commentaires. La plupart se sont élevés à la fois contre les attentats et ceux qui en faisaient l’apologie : « on se demande ce qui arrive aux Chinois qui se réjouissent des attentats ».
Mais certains ont eu la dent dure. Un internaute écrit « sous la pression de l’État, tout citoyen moyen peut devenir un terroriste » ; un autre met en garde contre les risques que les attentats aveugles blessent des innocents, mais il ajoute aussitôt qu’il « faut faire « exploser » les officiels corrompus » ; un autre encore n’hésite pas à écrire que « les terroristes sont ceux qui oppressent le peuple. Ceux qui attaquent les officiels le vengent ».
Un étrange parti aux intentions contradictoires.
Il ne vaudrait peut-être pas la peine d’en parler s’il ne signalait pas à la fois chez les uns une certaine confusion d’esprit, beaucoup de naïveté idéaliste et, chez les autres de sourdes inquiétudes. Wang Zheng est une jeune femme probablement très idéaliste, professeur d’économie à l’Institut d’Économie et de Gestion de Pékin.
Quand le 6 novembre, elle a officiellement lancé son Parti qu’elle a bravement appelé 支 宪 - Zhi Xian = soutien à la Constitution, elle comptait peut-être sur le droit à la liberté d’expression affiché dans la constitution chinoise qu’elle dit elle-même vouloir promouvoir. Faisant cela elle ne faisait que suivre l’exemple du Président Xi Jinping qui, dans ses discours de l’automne 2012, avait glosé sur la primauté de la Loi Fondamentale, avant de faire apparemment machine arrière quelques mois plus tard, entonnant le refrain inverse des « caractéristiques chinoises. »
Le Parti et les ambassades étrangères ont été dument avertis de la démarche ainsi que de son but qui, précise Wang, n’est pas opposé au Parti, mais avait pour objectif de promouvoir la Constitution chinoise, qui, il faut bien le constater, n’a pas vraiment été rigoureusement appliquée depuis sa promulgation en 1982. Mais l’initiative se trouble quand en même temps, Wang Zheng ou ses suiveurs, dont certains sont des partisans de Bo Xilai condamné à la prison à vie, déclarent que l’ancien n°1 de Chongqing dont l’image en Chine est plus que sulfureuse, est fait « président à vie du Parti » , apparemment sans avoir été consulté.
Qu’une adepte de l’État de droit se réclame de Bo Xilai dont toute la mandature à Chongqing a été marquée par d’infinies transgressions de la loi, ponctuées de tortures, d’exécutions expéditives en série de prévenus dont la culpabilité avait été pour certains extorquée et dont les avocats avaient été menacés et réduits au silence, révèle une appréciation très lacunaire de la situation politique intérieure ;
Qu’en plus Wang affirme vouloir travailler la main dans la main avec le régime en lui agitant sous le nez le spectre d’un de ses anciens membres aujourd’hui déchu et en prison pour avoir voulu remettre à l’honneur une forme de référence à Mao dont la nomenklatura conserve de très cuisants et tragiques souvenirs, tient à la fois du canular et de l’inconscience, à moins qu’il ne s’agisse d’une manipulation politique.
On aurait pu spéculer sur la mansuétude et l’humour de la machine politique qui lui aurait pardonné ses confusions et ses imprudences après quelques admonestations. Mais la référence à Bo Xilai renvoie à l’armée autrement plus dangereuse des adeptes de la Nouvelle Gauche qui ne prônent ni l’allégeance à la Constitution, ni les réformes politiques, ni la poursuite d’un développement néo-capitaliste créateur de grands clivages dans la société chinoise, laissant sur le carreau nombre de frustrés dont la mouvance se nourrit de populisme, et dont les déceptions et la colère peuvent devenir explosives.
Ainsi, ayant par inadvertance ou ignorance saupoudré son message politique de l’ingrédient explosif maoïste d’autant plus virulent que le mythe du « Grand Timonier » continue d’agiter les consciences d’une partie du peuple énervé par les injustices du développement, Wang Zheng a pénétré en terrain miné. Déjà surveillée par la police, elle risque de suivre le chemin de ceux qui, avant elle, avaient cru à la bienveillance politique du régime face à la création d’un nouveau parti politique. Ils sont nombreux.
Les plus fameux furent les fondateurs du « Parti Démocratique Chinois » qui à la fin des années 90 prônaient les élections libres articulées autour de l’existence de plusieurs partis politiques.
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Xu Wenli leur porte drapeau fut condamné à 13 ans de prison, puis exilé aux États-Unis. Zha Jianguo un de ses compagnons de route resta 8 ans en prison jusqu’en 2008. Après quoi il a fait appel du jugement l’accusant d’incitation à la subversion et a continué à ferrailler contre les injustices. Selon le site « Countdown for China », les autorités l’auraient forcé à s’éloigner de Pékin pendant le Plenum.
En octobre 2011, Chen Yuting une jeune femme de 21 ans idéaliste et déterminée annonça sa candidature indépendante à l’assemblée locale de Chaoyang un quartier de l’Est de Pékin. C’était une première qui fit long feu. Mais ayant abandonné sa quête à cause des tracasseries bureaucratiques que les petits chefs locaux lui jetèrent dans les pieds, elle ne fut pas inquiétée.
Liu Ping qui fut candidate dans un district du Jiangxi en 2011 et 2012 eut moins de chance. Non seulement la bureaucratie creusa sous ses pas les mêmes embuches, mais en plus elle fut battue quand elle tenta de faire connaître ses griefs à Pékin. Elle devait être présentée le 28 octobre 2013 au tribunal de Xinyu (Jiangxi) avec deux autres activistes qui dénoncent la corruption Li Sihua et Wei Zhongping. Mais leur procès a été ajourné.
Tous les trois sont membres de l’association des Nouveaux Citoyens fondée par Xu Zhiyong et accusés de participer à une association illégale, après avoir d’abord été accusés de subversion.
Xu Zhiyong fondateur des « Nouveaux Citoyens » qui ferraillent contre les abus de la peine de mort, les scandales alimentaires et pour la publication des avoirs des dirigeants, fut condamné en 2009 pour fraude fiscale, puis relâché après une forte pression des internautes. Il a été à nouveau arrêté le 29 août 2013. Lui aussi attend d’être jugé.
