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›› Politique intérieure

Le 4 mai, genèse du nationalisme chinois

Le développement du nationalisme.

L’affiche est celle du 2e épisode du « loup guerrier » 战狼, (2017) film au succès foudroyant en Chine, dont la bande annonce précisait que « Quiconque où qu’il se trouve se risquait à offenser la Chine sera tué ».


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L’épisode des guerres de l’opium perdues, assorti des concessions accordées aux étrangers est resté dans la mémoire chinoise comme une humiliation historique attisant la méfiance contre l’Occident et en premier lieu les États-Unis.

En mai 1996, 7 années après les réprobations morales occidentales qui condamnèrent la répression de Tian An Men, l’ouvrage “La Chine peut dire non - 中国可以说不 -" , rédigé par des intellectuels chinois déçus par les critiques anti-chinoises de l’Occident et des États-Unis que certains avaient pris comme modèle, dénonçait l’injustice des harcèlements infligés à la Chine par Washington, l’Occident et Tokyo.

Les récriminations allaient du refus d’autoriser l’entrée de Pékin à l’OMC, à l’appui apporté à Taïwan contre Pékin, en passant par l’arraisonnement en 1993 par l’US Navy du Yinhe 银河 - Voie Lactée - accusé par le Pentagone de transporter des composants d’armes chimiques à destination de l’Iran. Reprochant à l’Occident de traiter la Chine comme un bouc émissaire, le livre dénonçait aussi l’alliance de Tokyo avec Washington et réclamait que le Japon paye des dommages de guerre.

Le 7 mai 1999, la destruction de l’ambassade de Chine à Belgrade par des bombardiers diligentés par la CIA et venus en vol direct depuis une base du Missouri eut,80 ans après le 4 mai, un impact similaire sur les sentiments nationalistes chinois.

En 2008, un autre livre écrit dans l’optique de celui de 1996, "La Chine n’est pas contente - 中国不高兴 - dénonçait en vrac la prétention japonaise sur l’îlot Senkaku, la vente aux enchères en France de 2 têtes d’animaux en bronze provenant de l’ancien palais d’été pillé par les Anglo-Français en 1860 et l’intrusion des Occidentaux, dont la France, dans la question tibétaine.

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Avec comme point d’orgue l’annonce au 19e congrès en octobre 2017, des « caractéristiques chinoises » affichées contre les valeurs occidentales du droit et de la démocratie, les 30 années qui suivirent la condamnation unanime par les pays occidentaux de la répression de Tian An Men et, 10 ans plus tard, le choc ressenti par les Chinois des tirs de missiles américains contre un emprise diplomatique chinoise qui tua 3 diplomates, furent émaillées de nombreuses initiatives de Pékin dirigées contre la prévalence occidentale et américaine.

Toutes étaient empreintes d’un fort sentiment nationaliste dirigé contre Washington et ses alliés. Ainsi faut-il insister sur le rôle joué par la Chine et la Russie pour la création d’institutions et de regroupements de pays (Organisation de Coopération de Shanghai, BRICS, Banque des BRICS, Banque Internationale pour les Investissements d’Infrastructures), dont le but est de faire contrepoids à la prévalence occidentale et aux instances de la gouvernance économique mondiale comme l’OMC, le FMI et la Banque Mondiale dominées par l’Ouest.

Dans cette cristallisation anti-occidentale du nationalisme chinois mâtiné de marxisme revisité par le Maoïsme, l’actuel Président Xi Jinping, diplômé d’études marxiste de Qingua qui fut Directeur de l’École Centrale du Parti de 2007 à 2012 a joué un rôle important.

Sous son autorité, cité par Willy Lam, Li Junru, théoricien du Parti écrivait en 2012 que Mao « avait conduit le peuple chinois dans sa lutte contre la loi réactionnaire de l’impérialisme et le féodalisme, de telle sorte que la race chinoise garde la tête haute parmi les peuples du monde ».

Enfin, depuis une vingtaine d’années le Parti sous l’influence entre autres de Wang Huning, critique de la démocratie américaine, a produit un nationalisme conservateur volontariste et très centralisé qui commença à s’affirmer au moment même où l’URSS s’effondrait, tandis qu’à Pékin l’appareil réprimait durement le mouvement des étudiants de Tian An Men.

Conseiller des n°1 depuis Jiang Zemin, ayant lui-même puisé ses théories dans les thèses développées par le Français Jean Bodin au XVIe siècle inspirées de Machiavel et axées sur le renforcement du pouvoir politique et sa conservation, Wang Huning a articulé un corpus intellectuel qui répondait à la crainte suscitée au cœur du régime par la chute de l’Union Soviétique.

Il réagissait aussi aux pressions occidentales et de l’OTAN contre la Russie et la Chine au nom des droits de l’homme et de la démocratie identifiées à Moscou et Pékin comme une menace directe contre la légitimité de leurs systèmes politiques.

La conséquence logique fut le rapprochement stratégique sino-russe articulé à la pensée homothétique et très nationaliste de leur retour de puissance.

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En refaisant le chemin inverse depuis le 4 mai 1919, il est facile de constater que la nature des sentiments qui animaient les protestataires d’il y a un siècle où l’indignation et l’humiliation se mêlaient à la contestation d’un système profondément corrompu et injuste dominé par une oligarchie, fut progressivement déviée d’abord par l’illusion de la vertu sociale et populaire du Maoïsme, puis par une affirmation nationaliste anti-occidentale dont les ferments sont, depuis Tian An Men, instrumentalisés par le Parti.


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