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Le bilan de l’année du Singe et les défis du Coq

Groupes publics, l’Etat renforce sa main.

Cœur industriel du régime, les groupes publics comptent aussi beaucoup dans la dynamique des réformes et les discours officiels pour accréditer l’efficacité des restructurations. Mais, s’il est vrai que la conférence économique centrale de décembre 2016 a relancé l’idée de la bascule des groupes publics vers un système de propriété mixte publique – privée, reprise dans les plans d’action de plusieurs provinces en janvier, l’examen détaillé des mesures prévues pour que le Parti et la SASAC gardent le contrôle de la machine industrielle jette des doutes sur la portée réelle du processus.

Lancé à partir d’entreprises pilotes, le projet, conduit sous le contrôle serré des administrations locales, a un double but : 1) rénover les conseils d’administrations et le style de gouvernance pour plus de transparence et d’efficacité opérationnelle ; 2) faciliter l’apport de capitaux privés dans les groupes publics en affectant une valeur boursière à une partie des actifs industriels. Ce processus de modernisation du management des entreprises et d’évaluation boursière des actifs se poursuivra à l’initiative des provinces durant le plan quinquennal en cours et au-delà.

Parallèlement, revient sur le tapis – avec un site web officiel dédié au sujet - l’idée des « stock-options » à distribuer aux employés dans la limite de 30% du capital pour la totalité des stock-options et un plafond de 1% pour la valeur attribuable à chaque actionnaire. Là aussi des expériences seront lancées dans les provinces.

Mais en réalité la probabilité pour que les réformes aboutissent à une privatisation même partielle du tissu industriel public est faible. Plus encore, depuis 2013, la mainmise publique s’est alourdie. Alors que le gouvernement faisait connaître ces mesures, Xi Jinping réaffirmait son intention d’augmenter le contrôle du parti sur les entreprises d’État par le truchement de la Commission de Contrôle des Actifs de l’Etat (SASAC) - 国务院 国有资产 监督 管理 委员会 - Cette dernière créera à cet effet trois nouveaux bureaux de contrôle.

Mais, le plus important de ce nouvel encadrement politique des groupes publics est que le président du Conseil d’administration sera en même temps le secrétaire du parti de l’entreprise.

Loin de séparer l’entreprise et l’État, la tendance est donc au contraire d’augmenter le chevauchement entre les deux et de confondre les intérêts du parti et ceux de l’appareil productif public. Cette réalité diminuera notablement l’attractivité du projet de mixité public-privé du capital des groupes industriels. Plus encore, la SASAC a déclaré que toutes les décisions de niveau macro-économique devront être soumises à la supervision du parti qui fera des recommandations au Conseil d’administration.

Un regard en arrière permet de constater que la liberté d’entreprise – qui il est vrai fut à l’origine de vastes abus dans les années 80 – est en train de régresser, limitée d’un côté par le poids grandissant de l’État et du parti et de l’autre par un droit de regard – évalué à 30% - par le biais des stock-options, donné aux ouvriers.

Tout indique qu’en optant pour un contrôle plus serré de la machine industrielle, le parti a fait le choix de sacrifier le dynamisme économique à la sécurité politique et sociale.

La bonne aubaine de Donald Trump.

En retirant l’Amérique du « Traité Trans-Pacifique – TPP », regroupant 12 pays dont le Vietnam et le Japon mais qui, pour l’instant, excluait la Chine, le nouveau président américain a offert à Pékin un soulagement et une opportunité dans laquelle s’engouffreront les projets des nouvelles routes de la soie. A 9 mois du Congrès Donald Trump donne aussi l’opportunité à Xi Jinping de consolider sa stature politique.

*

L’analyse de la nouvelle donne commerciale en Asie suggère par exemple que le concurrent vietnamien qui ne bénéficie plus des préférences à l’export sur le marché américain et dont la pression compétitive est du même coup réduite, pourra moins facilement accueillir les délocalisations d’entreprises handicapées en Chine par les hausses des salaires et les coups croissants de l’immobilier et des charges.

Par ailleurs, la disparition de la solution de rechange au marché chinois offerte aux exportateurs du Pacifique par l’ouverture tarifaire américaine élimine la menace d’une concurrence dont les effets auraient pu affecter la balance commerciale chinoise.

Surtout, la suppression de la menace posée par la tentative du TPP d’imposer une normalisation juridique supranationale à l’avantage des groupes américains, exactement opposée aux intérêts chinois, apaise les inquiétudes de ceux qui voyaient dans la manœuvre américaine un concurrent sérieux aux projets des nouvelles routes de la soie.

Ayant une culture juridique ouverte et flexible d’autant plus floue que le Parti n’est pas prêt à se laisser subjuguer par des normes et un droit transnational des affaires aux effets destructeurs pour sa légitimité sociale et politique, Pékin se trouvait en effet en porte à faux. Face aux exigences de transparence, de réciprocité commerciale, de respect des règles du marché et du droit de propriété, le régime n’avait à offrir que le discours sur les particularités du « socialisme aux caractéristiques chinoises ».

La disparition du TPP qui prétendait installer des repères légaux et des normes commerciales concoctés pour gêner la Chine, laisse désormais la voie libre à la grande œuvre extérieure et tentaculaire du régime : les projets OBOR – One Belt, One Road – Yi Dai Yi Lu. L’ampleur de cette stratégie symbolise la capacité de riposte stratégique, commerciale et culturelle de la Chine. En même temps, elle dessine les limites de l’agressivité antichinoise de Donald Trump. Pour mesurer la capacité d’influence de la Chine dans l’ASEAN, lire : Le « Trans-Pacific Partnership – TPP - », nouvelle bévue stratégique américaine ?

En ramenant l’analyse à la situation intérieure en amont du 19e Congrès, dont tous les observateurs connaissent l’importance, on reconnaîtra que, dans ce domaine sensible des équilibres politiques internes au parti, la variable Trump est également une « divine surprise ».

Alors que Xi Jinping est engagé dans une opération de nettoyage moral et éthique secouant le parti de fond en comble, tandis que l’entreprise de réformes dont cette note mesure les difficultés, attise l’opposition des lobbies affairistes et les obstacles politiques, l’irruption d’une menace directe formulée dans le domaine tarifaire et commercial par le premier rival stratégique de la Chine consolide la position du n°1 chinois et renforce sa capacité à resserrer les rangs de la machine politique du régime.


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